Importuner n’est pas séduire – réponse à la tribune des 100 Femmes

Mesdames les rédactrices et les signataires de la tribune du Monde des 100 femmes,

Vous avez exprimé votre volonté de laisser vivre une « liberté d’importuner », votre rejet du « puritanisme » et de la « haine des hommes » qui s’exprimerait aujourd’hui dans la société française. Depuis l’affaire Weinstein, la parole des femmes s’est libérée sur le thème des agressions sexuelles qu’elles ont pu subir de la part des hommes mais cela a pris un tournant qui vous déplaît.

Vous dites : « La galanterie [n’est pas] une agression machiste », certes, mais nous n’avons jamais parlé de galanterie dans les mouvements #BalanceTonPorc et #MeToo mais bien d’agressions, de harcèlement et de viols. Nous savons faire la différence entre de la drague anodine et de l’agression sexuelle, merci de ne pas remettre en cause notre jugement. Nous ne crions pas au loup pour rien, nous sommes bien assez entraînées à reconnaître une agression après en avoir été les cibles ou les spectatrices maintes fois pour la plupart d’entre nous. Qu’en est il des femmes lesbiennes, n’ayant aucune envie d’avoir une once de sexualité avec les hommes ? Est ce normal de forcer une sexualité sur elles qui n’ont aucune attirance pour les hommes, qui ne veulent ni de leurs baisers ni de leurs allusions sexuelles ? Il en est de même pour toutes les femmes.

De plus, vous parlez du fait que la libération de la parole enchaînerait les femmes au statut d’éternelles victimes mais c’est bien le contraire qui se passe, les femmes revendiquent le droit d’être libres de leurs actions, de leurs comportements sans être « importunées » comme vous le dites. Les femmes veulent reprendre le contrôle de leurs corps sans devoir se soucier de devenir des possibles victimes des hommes, car oui que cela vous plaise ou non, les femmes agressées sont bel et bien des victimes. Et elles ont le droit, ou non, de revendiquer ce statut de victimes. Que chacune fasse comme elle souhaite, et que l’on n’empêche personne de s’exprimer.

Vous écrivez d’autre part, «#MeToo a entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus ». Or #MeToo n’est pas un mouvement de délation mais de libération de la parole, car la délation est selon le dictionnaire du Larousse : « une dénonciation intéressée, méprisable, inspirée par la vengeance, la jalousie ou la cupidité. ». Où voyez-vous donc de l’intérêt ou de la vengeance dans ce mouvement ? Je n’y vois que des femmes essayant tant bien que mal de reprendre le contrôle de leurs corps après que leurs intimités aient été violé par ces hommes qu’elles dénoncent, espérant simplement être soutenues et entendues. Vous parlez des hommes salis par la « délation » des femmes, mais combien de femmes ont été salies dans leurs réputations, dans leurs crédibilité, à cause de cette sexualité libérée que vous revendiquez avec force, parce qu ‘elles ont osées être libres sexuellement et que des hommes, mais aussi des femmes, les ont « dénoncé ». C’est aussi cela que nous revendiquons. Cesser d’être à la merci des hommes sexuellement et avoir le droit d’exercer notre sexualité comme nous l’entendons.

Oui mesdames, « avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d’un dîner professionnel ou avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque », cela s’appelle une agression sexuelle et peut traumatiser les femmes qui les subissent, car la notion de consentement n’est pas présente. C’est ce consentement qui fait la différence, pourtant simple, entre le harcèlement et la séduction. Vous semblez trouver le besoin d’émettre un consentement absurde, voire tuant le désir, pourtant cela est si simple et naturel. Non, on ne vous demandera pas de signer un papier, juste d’exprimer un désir réciproque avec un très sexy « t’en as envie ? » chuchoté au creux de l’oreille ou un très mignon « je peux t’embrasser ? », par exemple, si surgit un doute sur l’envie de l’autre, femme comme homme.

Les femmes ne demandent pas à être protégées, seulement à être respectées en tant qu’êtres humains ayant la même valeur que les hommes. Non, nous ne haïssons ni les hommes ni la sexualité, nous aimerions d’ailleurs en jouir sans avoir la peur au ventre de se faire agresser. Nous voulons aimer les hommes, ou pas pour celles qui préfèrent les femmes, sans en avoir peur, nous voulons avoir une sexualité dans laquelle nous sommes toujours entièrement consentantes. Le féminisme n’est certainement pas la haine des hommes, seulement la revendication d’être leurs égales dans la sexualité, entre autre bien sûr, la revendication de pouvoir être d’accord dans chaque acte de nos vies sexuelles. Nous refusons simplement la violence.
Pauvres hommes victimes de leurs pulsions sexuelles en situation de misère sexuelle ayant besoin d’agresser des femmes ! Vous dites vouloir défendre les hommes mais à quoi les rabaissez vous ? Les hommes tout comme les femmes ont des envies sexuelles qu’ils sont capables de contrôler et sont en capacité d’attendre un consentement sans pour autant forcer leur interlocutrice, quitte à risquer d’être frustrés comme on dit, ce qui arrive à tout le monde. Le refus fait partie de la vie de chacun et les hommes ne sont pas de pauvres enfants de deux ans faisant une crise après qu’on leur ai refusé un gâteau.

Vous dites vouloir « élever vos filles de sorte qu’elles soient suffisamment informées et conscientes ». Oui, élever vos filles de manière à ce qu’elles soient conscientes de leurs droits, maîtresses de leurs corps, mais aussi et surtout éduquer vos garçons pour qu’ils sachent respecter les femmes, leur demander un consentement et qu’ils comprennent qu’elles ne sont pas à leurs dispositions et qu’elles ne leurs doivent rien.
Selon vous, « Les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité ». Les « accidents », sérieusement ? De plus, vous ne pouvez décider pour les femmes si une agression n’atteint pas leurs dignités. Certaines se sentent atteintes dans leurs chairs, sont changées à jamais et perdent toute estime d’elles-mêmes. En effet, d’autres ne s’en formalisent pas, continuent leurs vie comme si de rien n’était, et c’est une chance, mais nous ne pouvons exiger de chacune qu’elle fasse de même.
Enfin vous écrivez, « Notre liberté intérieure est inviolable. Et cette liberté que nous chérissons ne va pas sans risques ni responsabilités. » Vraiment ? Est ce donc le coup du sort si nous sommes victimes de ces hommes ? Ne pouvons nous donc rien n’y faire ? Notre sexualité est-elle inexorablement liée à la violence masculine ? C’est donc nous les femmes qui sommes responsables des agressions ?

Je veux pouvoir sortir le soir, faire le tour du monde, mettre une jupe, m’allonger dans un parc, danser en boîte, prendre le métro, mettre du rouge à lèvres sans craindre pour ma tranquillité à chaque instant, et c’est mon droit. J’ai le droit de revendiquer le fait de ne pas vouloir être importunée à chaque moment de ma vie sans être une puritaine. Gardez pour vous votre « liberté d’importuner » et si vous pensez que la liberté sexuelle ne peut être sans, je propose que vous revoyez votre définition de « liberté sexuelle » qui peut, et qui doit, être sans la violence masculine.

Je regrette que votre tribune ai autant de visibilité, pas seulement pour ce que vous y dites mais aussi car vous êtes des femmes. La société et les médias sont toujours plus enclins à pointer du doigt les comportements sexistes chez les femmes que chez les hommes, comme pour légitimer la culture du viol, la société patriarcale alors qu’ils sont le résultat d’une misogynie internée. On vous a invité partout, comme si vous étiez légitime à parler du féminisme et de la libération de la parole des femmes, alors qu’en vous lisant, on comprend que vous n’y connaissez rien. J’espère qu’un jour les femmes sauront se soutenir et ne pas se mettre des bâtons dans les roues, encore plus sur des sujets qui concernent leur émancipation.

Clara Ramsi

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