Une « Nouvelle » Calédonie ?

Peu de gens connaissent le statut de la Nouvelle-Calédonie. Certains pensent logiquement DOM ou TOM. Or, l’île principale et son petit archipel ont un statut bien particulier. Pour comprendre cela, il faut revenir brièvement sur son histoire.

Colonisée en 1853 par la France, l’île pacifique devient un TOM et non plus une colonie en 1946. L’île est, tout au long de sa colonisation et jusqu’en 1998, le terrain de tensions parfois fortes et violentes entre indépendantistes et anti-indépendantistes. Elle est d’autant plus divisée qu’elle abrite en son sein une population indigène, les kanaks, qui bien que moins nombreux que les autres habitants, doivent être pris en compte si l’espoir d’une indépendance harmonieuse et pacifiée veut être préservé. En 1998, finalement, est signé l’accord de Nouméa, dans lequel la France admet les problèmes liés à la colonisation de l’île et engage donc par conséquent tout un processus de transfert de compétences et d’intégration des kanaks à la société. C’est ainsi que progressivement, la santé et l’éducation ont été transférées, qu’en 2010 la Nouvelle-Calédonie a choisi son hymne, son drapeau qui est assorti du drapeau kanaky, élément essentiel d’un rapprochement entre les deux populations. Tous ces transferts devaient permettre de poser la question de l’indépendance à partir de 2014, et aujourd’hui une date pour un référendum d’indépendance a finalement été décidée.

Édouard Philippe s’est rendu durant quatre jours sur l’île au début du mois de décembre 2017 pour parler d’une transition en douceur, dans le consensus, avec l’affirmation d’un référendum final vers novembre 2018. Bien qu’il ait assuré au Congrès de la collectivité que l’État prendrait en charge l’organisation du référendum, pour un pays qui a connu plus de 160 ans de statut français, un an pour se décider et s’organiser est une période extrêmement courte. Seulement, contrairement à ce que donne à voir l’actualité sur le sujet, tout n’est pas que marche joyeuse, tous main dans la main vers l’indépendance en toute sérénité. La question kanak n’est toujours pas réglée, et il en va de même pour le problème des inscriptions sur les listes électorales comme pour celui de la façon dont s’opère cette marche vers la « décolonisation ». En effet, face à un Président de la République française contre l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, la situation ne peut qu’être empreinte de complexité.

Un quart des terres relève d’un statut particulier : ce sont les réserves où les peuples kanaks vivent. Leur particularité est qu’il est inscrit dans leur statut qu’elles ne peuvent être hypothéquées. Ainsi, les banques et autres fonds sont dans la majorité des cas réticents à investir, faute de manque d’une garantie, ce qui se voit aujourd’hui dans les écarts de développement entre les terres kanaks et le reste de l’île. Heureusement, une réponse à ce problème a été trouvée en la création d’un fond de garantie il y a quelques années, mais la différence reste encore importante, et ce au détriments des peuples kanaks.
Pour ce qui est des listes électorales, les problèmes de fraude sont importants. L’accord de Nouméa de 1998 a défini le règlement en matière d’inscription sur les listes électorales. Cependant, aujourd’hui un certain nombre de personnes y figurent alors qu’elles ne devraient pas, ce qui pose la question de la légitimité des résultats du référendum 2018. Et même si le Premier Ministre a réussi à faire inscrire quelques kanaks en plus pour rassurer l’ONU lors d’une réunion à Matignon, en contrepartie les conditions d’inscription sur les listes électorales pour les autres résidents ont été assouplies, ce qui tend à revenir au problème de base.

Finalement, un référendum mais pourquoi ? On pourrait très bien s’imaginer que la Nouvelle-Calédonie gagne à rester française pour ce qui est des subventions et du statut privilégié. Cependant, l’indépendance pourrait réduire le coût de la vie aujourd’hui très élevé dans la mesure où la majorité des importations de l’île proviennent d’Europe, ce qui fait s’envoler les prix associés aux frais de transport. Avec l’indépendance, la Nouvelle-Calédonie pourrait alors mieux s’intégrer dans la zone pacifique et en devenir un acteur important. Ceci est d’autant plus vrai que l’île possède de riches ressources de nickel qui contribuent fortement à la croissance économique grâce à leur exportation. Cependant, le fait que ce soit une matière première et non pas un produit fini ne permet pas un profit exceptionnel. Sans parler des dégâts écologiques qui sont peut-être la raison de la baisse du tourisme sur l’île.

Et comment, concrètement, ce référendum se prépare-t-il ? Un petit groupe de travail a été constitué pour travailler sur le référendum et la question de l’indépendance de manière plus générale, assortie d’une « commission des sages » ayant en quelque sorte pour but de surveiller tout cela. Des voix se font entendre pour que la souveraineté totale de l’île soit considérée comme une issue possible, ce qui rend d’autant plus cruciale la consultation de 2018. Finalement, on ne sait pas trop ce qu’il se passe, étant donné que les moyens mis en place n’ont pas des intentions claires, et que leur utilité n’est pas nécessairement prouvée. Il est à se demander si le but n’est pas de semer le doute et l’incertitude dans les esprits pour aboutir à un résultat en faveur de la Nouvelle-Calédonie française, ce qui serait sans aucun doute l’issue la plus avantageuse pour la France. C’est ainsi qu’après Matignon, l’Élysée et le Sénat se rendront à leur tour sur l’île : mission de propagande ou simple visite cordiale avant l’échéance ? Les kanaks doivent visiblement se réunir et trouver un moyen de faire leur propre propagande, pour ne pas se faire oublier dans le tourbillon des événements. Si le « oui » l’emporte, ce qui semble aujourd’hui encore peu envisageable, cela sera un choc pour la France comme pour la Nouvelle-Calédonie…

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