Pourquoi Star Wars a bien failli ne jamais voir le jour

La hype Star Wars est peut-être retombée pour beaucoup de gens, mais c’est pas le cas de par chez nous. Alors, aujourd’hui, et en exclusivité totale, le Grand Pari vous raconte la production hasardeuse du premier épisode de la saga galactique (non, pas intergalactique : ça se passe dans UNE galaxie lointaine, très lointaine, c’est pas compliqué, si ?), autrement dit, Star Wars IV : Un nouvel espoir. Au passage, j’en profite pour dire que si vous comptez bingewatch tous les épisodes, ça se regarde comme suit : Rogue One, 4, 5, 6, 2, 3, 7, 8. Pas autrement. Et non, je n’ai pas « oublié » La Menace Fantôme. Y’a Jar-Jar dedans, putain. Je regarde pas un film dans lequel y’a Jar-Jar. Par principe. Mais je diverge.

En 1973, George Lucas est un réalisateur reconnu des hautes sphères du cinéma, mais inconnu du grand public. Son premier film, THX 1138, passe inaperçu auprès de lui, bien qu’applaudi à Cannes. Mais le succès d’American Graffiti, en août 1973, confère au jeune Lucas ses premières lettres de noblesse. A ce moment-là, il décide de refuser le tournage d’une superproduction, Apocalypse Now, pour se concentrer sur un projet qu’il mûrit depuis le début des 70s : un film de SF. Problème : qui acceptera de financer les 3 millions de dollars nécessaires au projet ? Et encore, ce n’est qu’une première estimation : le tournage chaotique et notamment les scènes filmées en Tunisie exploseront le budget, qui passe à 7 puis à 11,5 millions de dollars.

  • Un nouvel espoir… ?

Mais la notoriété de Lucas et surtout la fin de ce que Peter Biskind appella le « Nouvel Hollywood » et ses héros plus développés ont achevé de construire un contexte favorable à la production de Star Wars. La Fox, qui vient de produire La Planète des Singes, est toute disposée à financer le projet de Lucas. Et rigole doucement lorsque ce dernier annonce ces conditions : il veut être rémunéré comme un producteur, pas comme un réalisateur. Autrement dit, il revendique le contrôle artistique du film, ainsi que les droits de merchandising, d’édition musicale… et des éventuelles suites que pourrait engendrer son film. La Fox accepte d’emblée : à l’époque, elle pense que La Guerre des Etoiles fera un flop. Lucas est le seul à y croire, et à la Fox, on l’imagine déjà jouer seul avec ses milliers de poupées Dark Vador invendues…

Les doutes de la Fox ne vont faire que croître à mesure que Lucas, aidé par des amis et des mentors haut placés (Steven Spielberg, son vieil ami, prédit un futur radieux à la saga stellaire de Lucas), dépasse le budget initialement alloué, réclamant 4 millions de dollars supplémentaires quelques mois avant la sortie du film, pour retourner deux scènes. Les processus d’écriture sont chaotiques, et c’est sur le tard que Lucas décide de faire de Vador le père de Luke –initialement, ce dernier était supposé apprendre du Seigneur Sith que c’était Obi-Wan qui avait tué son père… La Fox ne se fait pas d’illusion : Star Wars sera un échec commercial. Elle ne s’inquiète même pas de réaliser une avant-première : point de tapis rouge ni de petits fours pour ce qui deviendra l’une des franchises les plus rentables du cinéma. La sortie officielle du film n’est programmée que dans trente-deux salles (à l’échelle des Etats-Unis, c’est très peu). Comme il l’avait fait pour American Graffiti, Lucas fuit quelques jours avant les premières projections : il s’envole, accompagné de sa femme Marcia et des époux Spielberg, pour Hawaï. Il ne veut pas voir ça.

Star Wars sort le 25 mai 1977 sur les écrans. Il rencontre un succès national immédiat, et, par le bouche-à-oreille, réalise très vite l’un des meilleurs démarrages que le cinéma américain ait connus alors. Le premier jour, le film remporte 255.000 dollars, 8.000 dollars par cinéma. L’été 77, tous les enfants jouent à Star Wars. En quelques mois, il atteint la barre des 100 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis, devenant le film le plus rapide de l’histoire d’Hollywood à réaliser cet exploit commercial.

  • Des States en manque de couilles

Bref, c’est plutôt balèze. Comme vous pouvez vous en douter, si Lucas est agréablement surpris par le succès de son film dont il avait déjà prévu, dans le scénario originel, de produire une ou plusieurs suites, la Fox tombe des nues. Pourtant, comme nous le dit Thomas Snégaroff, historien et enseignant à Sciences Po Paris (mais un chic type quand même), dans son essai « Star Wars : Le Côté obscur de l’Amérique », l’enthousiasme massif pour le film aurait pu être prédit, avec de très, très bonnes jumelles.

En 77, l’Amérique en a assez des héros complexes, des Jeunes Werthers, de leurs souffrances, des Lauréats, bref, du Nouvel Hollywood. Pour remettre un pays entier d’aplomb après une Guerre du Vietnam calamiteuse, il leur faut des couilles. Enfin, plus précisément, des personnages principaux couillus, bourrus. Et c’est comme ça que des films comme Star Wars, et surtout Rambo ou Rocky (dont le personnage est certes complexe lorsqu’on fait l’effort de se pencher un peu sur le sous-texte, mais qui reste en apparence l’histoire d’un tas de muscles qui se réhabilite) peuvent voir le jour, et impacter durablement les mémoires.

C’est comme ça aussi que Ronald Reagan, plus cowboy que les vrais cowboys, s’impose face à un Jimmy Carter aux semblants fragiles, figure maternelle d’une Amérique qui a besoin d’un nouveau papa. Un peu comme Luke Skywalker. Mais c’est une autre histoire…

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