#JeremstarGate, ou le reflet d’une société qui va mal

Cette affaire, qui fait les gorges chaudes des médias tels que Voici, Paris Match, intéresse même aujourd’hui des médias comme FranceTV, ou même BFMTV. Pour ceux qui n’auraient pas suivi cette histoire quelque peu complexe, voici un petit résumé.

Une vidéo de Julien Gisclon, alias Jeremstar en train de se masturber a été diffusée par un twittos et snapchatter connu du nom d’Aqababe (@stonesht). Cette vidéo aurait été diffusée suite au « vol » d’un scoop détenu par Aqababe mais publié par Jeremstar. Aqababe aurait ensuite reçu via sa boite mail des dossiers concernant Gisclon mais également un journaliste de Radio France, Pascal Cardonna alias « Babybel » et un certain réseau d’orgie et de prostitution de mineurs.
Loin du gossip créé et alimenté par le dénommé Aqababe et toute la twittosphère, qui transforme cette affaire en une bataille digne des Anges de la Téléréalité, il faut prendre en compte la gravité des faits en eux-mêmes, et surtout les problèmes de société soulevés.

Premièrement, Jeremstar est une icône nationale pour une partie des jeunes adolescents français (environ 400 000 vues sur une Story de 24h selon ses dires), connu en particulier pour ses liens avec le milieu de la téléréalité. Adulé par certains de ses fans, qui vont jusqu’à pleurer dans ses meetings pour le voir, il dispose d’une notoriété très forte sur un échantillon de population très influençable. Ce sont la grande masse des #TeamJeremstar, les twittos qui soutiennent Gisclon dans la tourmente actuelle. Si on devait comparer avec une autre affaire de ce genre, c’est comme si on avait vu l’apparition de #TeamDSK lors de sa dernière frasque : inconcevable me direz-vous. Cela relève sans doute de a provenance de Jeremstar, bâti par les réseaux sociaux, par les jeunes adolescents et livrant un contenu pour les jeunes enfants.
Il est d’ailleurs assez perturbant de voir des animateurs à destination des jeunes tremper dans ce genre d’affaire. C’est comme si à l’époque de nos parents, nous nous rendions compte que le Club Dorothée faisait du recel de petites japonaises. Mais voilà : le contenu du club Do’, qui séduisait les enfants avant, était bon enfant. Le contenu de Jeremstar, à savoir lâcher des pans (parfois très gênants) de vie privée de candidats de télé-réalité par des déclarations d’autres candidats dans un bain, sonne nettement moins gentillet.
Le fait que de nombreuses personnes se rangent d’un côté ou de l’autre et l’affichent fait penser aux conflits les soirs de SecretStory où Twitter s’embrasait pour une parole de travers. Le problème ici c’est qu’une affaire de proxénétisme pédophile en soit réduit à ce genre de débats.
Comment des enfants en sont venus à se ranger du côté d’une pseudo-star accusé de détournement de mineurs ? Les enfants sont aujourd’hui séduits par une société de délation, de secrets révélés, d’absence de morale et d’individualisme. Jeremstar, apologie de cette société, en devient donc adulé. Sa notoriété et l’hystérie de ses fans passe avant, ce qui semble quand même assez terrifiant quand on sait de quoi Gisclon est accusé.

Cependant, l’autre protagoniste de l’histoire, Aqababe, ne doit pas être oublié. Pour vous faire un petit retour sur ce twittos/snapchatter disposant lui aussi d’une petite notoriété, il s’est fait connaître sur Twitter en postant sa Story, dans laquelle il insulte copieusement une femme de ménage qui aurait jeté tout sa marijuana en nettoyant sa chambre. Son deuxième buzz est celui des deux photos de messagerie Instagram dans lequel il montre une conversation entre Booba et Astrid Nelsia (jeune femme dont la notoriété tient au fait d’avoir des seins énormes et d’avoir couché avec la moitié des rappeurs US et Fr depuis 2 ans), dans lequel le rappeur émérite confirme consommer de la cocaïne.
Son dernier exploit est donc avant tout le leak d’une vidéo dans laquelle Jeremstar se masturbe.
Vous l’aurez compris, l’homme est bâti sur le bad buzz, la critique des autres, l’insulte. Ragaillardissant, mais en somme fortement semblable a son antagoniste. Il se définit lui-même comme « lanceur d’alertes ». J’ai toujours du mal à voir comment on est passé de Snowden à un prépubère hargneux qui montre Booba demandant de la cocaïne. Cela fait lien avec ce détachement qu’ont les gens de l’information ; tout ce qui relève du fait-divers, indifféremment du niveau de gravité, est crédité de légitimité et d’importance (on va pas se mentir, tout le monde se fiche que B2O soit cocaïnomane ou de la taille de pénis de Gisclon).

En parlant de gravité, nous arrivons ici au cœur de l’histoire, avec Babybel. Bien que se rapprochant physiquement du petit fromage, les accusations dont il fait l’objet sont bien plus rances. Pascal Cardonna, en effet, serait accusé via les sources d’Aqababe (dont nous reparlerons) d’orgies sexuelles avec des mineurs, ainsi que de pratiques sexuelles contre récompense. Certes, rien n’est prouvé. Mais si cela s’avère vrai, un autre problème se pose. Le réseau de proxénétisme de Cordonna se base sur des rencontres avec Jeremstar en échange de prestations sexuelles en tout genre (nudes, fellations, acte en lui-même).
Comment des enfants peuvent-ils accepter de se donner de cette manière pour rencontrer leur idole ? La représentation de la sexualité, biaisée, représentée comme un moyen d’accéder au succès (on repense à la sextape de Kim Kardashian, bad buzz finalement positif pour la star, aux clips musicaux actuels, et mêmes au manigances journalières des candidats de téléréalité), exposée en permanence à tes jeunes esprits malléables, est sans aucun doute une explication.
Une autre peut être celle de la fascination pour une idole. Il ne faut pas se voiler la face, cette pratique a sans doute dû être utilisée par des dizaines d’idoles à travers le monde. Cela amène également à questionner le monde du spectacle, de la téléréalité, de l’instantanéité aussi. Les enfants sont habitués à voir que la sexualité est un moyen d’obtenir presque tout ce qu’ils veulent. Finalement, cela revient à pleurer pour une sucrerie, ou faire les tâches ménagères pour obtenir le droit de sortir. L’acte sexuel, banalisé, perd de sa sacralité et devient juste alors un nouveau moyen d’arriver à ses fins pour les enfants.

Enfin, nous avons une affaire qui montre aussi toute l’étendue de la fake news et des preuves invérifiables. C’est notamment pour cela que je n’ai cité aucun des trois protagonistes, pour la bonne et simple raison que les seules preuves présentes sont des mails, des captures d’écran de messageries privées ou de tweets, et que si on devait tout prendre pour argent comptant, l’an dernier Juppé nous aurait souhaité un bon Ramadan.
Aqababe étant spécialiste du bad buzz, on peut largement supposer que parmi toutes ses preuves, qui selon lui abondent, de nombreuses sont inventées par lui, ou même par ceux qui lui envoient. Quoi de mieux pour devenir quelqu’un de connu, faire plus de 250rt que de passer pour la victime de la star Jermestar ?
Là aussi, dans une affaire censée être sordide et dégoûtante, tout le monde se bat dans la boue pour sortir son petit bout de buzz. Le traitement fait par les médias est d’ailleurs alarmant : comment une affaire de proxénétisme est d’abord traitée par la presse people avant la presse d’information ? Comment des émissions à rayonnement national comme Salut les Terriens peuvent soutenir quelqu’un accusé de proxénétisme ? Si il y a présomption d’innocence, n’oublions pas la présomption de culpabilité. Si même les cadors de la télévision française comme Ardisson ne font pas preuve de plus de recul qu’une collégienne, les médias semblent avoir eux aussi un grand problème.

Certes, les réseaux sociaux sont des lieux de clash, d’insultes, c’est le cas et personne ne me contredira. Tout le monde règle désormais ses comptes dessus, ils deviennent la plaque tournante de photos et screens en tout genres relevant de la vengeance sordide. Quoi qu’on en dise, on a tous jeté un œil, ri (ou protesté), liké, retweeté un clash qui nous a interpellé. Or, depuis la diffusions de nudes, des tweets répétés, des publications insta ciblées, des story compromettantes, on touche au harcèlement.
Ce harcèlement, de plus en plus banalisé (on pense à ce mec qui a mis les photos de son ex en train d’exécuter une fellation le 31 décembre 2016, congratulé par certains de ses pairs), devient monnaie courante, voir même la norme pour certains. Le harcèlement ou l’humiliation publique sont toujours sources de buzz.
Il devient normal de sortir les screens des nudes de son ex si elle nous a trompé. Et on sait pourquoi : l’image sur les réseaux, celle par laquelle on s’exprime, on est celui qu’on choisit d’être, est aussi voir plus importante que celle de la réalité. C’est donc ce qui nous fascine et nous pousse à aimer le clash de ce genre, à le banaliser : voir comment des gens qui ont une image lisse, parfaite, travaillée, sont en fait des gens comme les autres. Ceux qui le révèlent deviennent des héros, ceux ayant réussi à trouver la faille. Leur image s’en trouve alors améliorée, ainsi que leur notoriété. C’est donc aussi ce qui explique l’acharnement de certains à détruire les autres, d’une part pour se protéger eux-mêmes, d’autre part pour montrer sa supériorité et pour acquérir sa notoriété.
C’est le syndrome du pervers narcissique : Racamier, psychanalyste, nous dit : «  la perversion narcissique est une organisation durable caractérisée par la capacité et le plaisir de se mettre à l’abri des conflits internes et en particulier du deuil, en se faisant valoir au détriment d’un objet manipulé comme un ustensile ou un faire-valoir ». De plus en plus d’internautes le deviennent (moi y compris, tout comme un certain nombre d’entre nous), à un niveau variable, mais pour certains comme nos chers Jeremstar ou Aqababe le cas relève presque de la pathologie.

Pour conclure sur cette histoire, et pour vous montrer mon âme de twittos enjouancé et aimant quand même rire de tout, voici un petit tweet de @CironeJeremie :

jeremstar

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