« La Chine Conquérante » : retour sur la conférence du 22 janvier avec Jacques Gravereau.

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Lundi 22 janvier 2018, l’amphitéâtre Jean Cocteau de l’IEP de Saint-Germain-en-Laye a accueilli Jacques Gravereau, auteur du livre  La Chine Conquérante  paru en janvier 2017. Cet ouvrage est loin d’être son premier sur la Chine, et c’est par un discours respectueux que Matéo, notre président de l’association Les Rencontres, a accueilli le spécialiste.

C’était également l’inauguration d’un partenariat avec le Rotary Club de Saint-Germain-en-Laye. Le président de l’association était présent, ainsi que le futur président, Gérard Horvilleur, qui nous a présenté le conférencier, l’un de ses vieux amis d’école qu’il avait perdu de vue jusqu’à peu. Jacques Gravereau a publié 11 livres dans sa carrière, enseigné à HEC et à Sciences Po, dirigé un think tank pendant 25 ans et est à ce jour le meilleur connaisseur de la Chine et du Japon en France. J’essaierai, du mieux que je le peux, de relater ces deux heures de conférence pour tous ceux qui l’auraient ratée.


 

Une fois les présentations faites, la conférence a pu débuter et nous avons vu monter sur l’estrade un homme plein d’énergie et sans langue de bois. En effet, monsieur Gravereau n’a pas hésité, tout au long de la conférence, à user de l’humour, tant à propos des autres que sur lui-même. Nous retiendrons tout particulièrement la référence à Sartres qui « nous a emm*rdés la vie jusqu’à plus soif » ainsi que l’allusion à un personnage que tout un chacun reconnaîtra avec sa description : « regardez l’autre qui s’agite avec sa mèche blonde ».

Mais Jacques Gravereau n’était pas uniquement présent en tant qu’humoriste, il nous a également donné une analyse concise permettant de comprendre la Chine, sa force, sa culture et les enjeux par rapport à cette dernière dans le monde aujourd’hui dont le principal est bien évidemment la question que tout le monde se pose : « La Chine va-t-elle nous manger ? »

La réponse à cette question est partagée : « oui, mais pas tout de suite » a dit le conférencier. En effet, nous avons tout de même un pays qui représente 20% de la population mondiale et qui, à la mort de Mao, présentait un PIB par habitant de 180$ qui a maintenant atteint les 8000$. Ceci a été possible grâce aux 10% de croissance par an du géant, soit un doublement tous les 6 ans, pour finalement atteindre 6,9% de croissance aujourd’hui. Ainsi, Monsieur Gravereau affirme qu’au niveau du PIB, « dans 3 ans, la Chine aura créé une France de plus » et qu’en 2030 elle aura rattrapé le PIB américain, au moment où sa population commencera à baisser. La Chine se rapproche donc à grande vitesse du statut de leader économique mondial.

  • En quoi cela nous concerne-t-il ?

Il est vrai que nous, français, étant déjà derrière la Chine économiquement parlant, pourrions ne pas nous soucier de cela. Or, comme l’a expliqué Jacques Gravereau, depuis la fin de la seconde guerre mondiale c’est le modèle anglo-saxon de théorie du contrat qui s’est imposé dans le monde. Or, aujourd’hui ce modèle est remis en cause par la Chine qui peu à peu, commence à être en mesure d’imposer ses propres règles du jeu.

C’est un véritable choc culturel. Selon le conférencier, qui a enseigné à HEC en Chine, il existe un fossé entre chinois et occidentaux dans la mesure où les premiers affirment que seuls les chinois peuvent comprendre la Chine. Cette idée profondément ancrée dans l’imaginaire collectif chinois est une arme que le gouvernement chinois utilise pour convaincre la population du caractère supérieur de la civilisation chinoise qui aurait vocation à dominer culturellement le monde.

Et aujourd’hui, cette domination semble de plus en plus possible. En effet, la Chine gagne en puissance économique bien plus vite que le reste de la planète. La planète économique double de taille tous les 20 ans quand le poids économique de la Chine a été multiplié par 10. De plus, si la Chine est le premier pays exportateur du globe, l’augmentation des salaires a permis à « l’usine du monde » de commencer à délocaliser elle aussi.

Ainsi, il était impossible de parler de classe moyenne en Chine il y a 20 ans, alors qu’aujourd’hui la classe moyenne chinoise représente 400 millions de personnes, ce qui signifie 400 millions de consommateurs et propriétaires potentiels. Cependant, Monsieur Gravereau tente de calmer l’engouement quant à ces chiffres en rappelant que la richesse par habitant reste limité car 8000$ par habitant, c’est 40 000$ de moins qu’aux Etats-Unis.

Mais la Chine, c’est aussi un espace politique hors du commun et un « mode d’emploi » spécifique auquel nous, occidentaux, ne sommes pas habitués. Nous avons effectivement pour la première fois une puissance mondiale montante avec un parti communiste au pouvoir qui compte quelques 89 millions de membres. Ceci signifie une « glaciation politique » étatique qui s’ajoute à la corruption généralisée qui règne dans le parti. Monsieur Gravereau ajoute que la définition de la ligne politique du pays est apparue avec la formule de Deng Xiaoping, qui a gravé dans la constitution que la Chine était dans une « économie socialiste de marché ». Pour nous, cela paraît contradictoire mais selon Jacques Gravereau, les chinois eux ont bien compris que cela signifiait qu’ils « pouvaient s’enrichir mais ne pouvaient pas parler de politique ». Le parti communiste chinois contrôle ainsi fortement la population et se sert de plus des technologies les plus modernes pour le faire. Le conférencier nous raconte entre humour et effroi l’exemple des toilettes à reconnaissance faciale qui ont été mises en place dans le pays.

Il est vrai qu’il ne faut pas oublier que, comme le dit de façon très simple l’auteur, « on a l’image de chinois qui pour faire des ateliers et monter des pièces sont bons, mais un certain nombre d’entreprises chinoises émulent les grandes occidentales ». Il nous donne l’exemple de Huaweï, le nouveau géant chinois de la télécom qui est aujourd’hui le premier dépositaire de brevets au monde en matière de télécom. Et c’est vrai que nous avons presque tous aujourd’hui un ami qui possède un téléphone Huaweï. Nous avons donc une Chine qui « émule les Etats-Unis ».

Cette puissance économique et industrielle est cependant à double-tranchant. Ainsi, si l’on prend l’exemple des taux de particules fines, on voit que le seuil de dangerosité de l’OMS est de 25 nanogrammes par mètre cube, ce qui correspond à peu près aux taux enregistrés à Paris. Or, si on prend le jour de Noël 2016 à Pékin, ce taux atteignait le niveau effrayant de 500 nanogrammes par mètre cube. La Chine est donc, et c’est bien connu, le plus gros pollueur mondial et cela a des effets désastreux sur l’état des eaux et des ressources naturelles du pays de manière générale.

Mais la Chine fait peur, notamment à ses voisins, car ses velléités expansionnistes ne cessent d’être de plus en plus pressantes. Ainsi, le détroit de Malacca par lequel le commerce mondial passe est considéré selon les chartes comme des eaux internationales. Le problème est que la Chine ne voit pas les choses sous cet angle puisqu’en regardant une carte chinoise des frontières maritimes, force est de constater que la Chine intègre dans son territoire des zones sensées appartenir au Vietnam ou à la Malaisie, ainsi qu’à Taïwan qu’elle ne reconnaît toujours pas comme indépendant. Ceci semble être tributaire de la volonté chinoise depuis Jiping de « restaurer la grandeur de l’empire chinois » selon le maître de conférence. Mais ce n’est pas tout : le gouvernement chinois crée également des bases logistiques dans l’Océan Indien, en Birmanie, au Pakistan, au Djibouti et au Mali, ce qui n’est pas sans inquiéter l’Inde qui se sent encerclée. Tout ceci semble illustrer le grand projet des « nouvelles routes de la soie » d’expansion chinoise à l’horizon 2049, pour célébrer le centenaire de la Chine communiste.

Or, si la puissante Chine est expansionniste, elle se heurte tout de mêmes à de grandes civilisations et zones géopolitiques, comme le rappelle Jacques Gravereau. Il fait ici allusion à la Russie et tous les pays de l’ex Union soviétique, ainsi qu’aux membres de l’ASEAN, à l’Inde, la Corée, etc. Le maître de conférence finit par dire que « les chinois vont avoir une tectonique des plaques très compliquée, si il y a une guerre ce sera probablement avec l’Inde ». Ainsi, entre puissance économique, pauvreté toujours marquée chez une grande partie de la population, gros problèmes écologiques et tensions régionales dues à l’expansionnisme, la Chine renvoie une image mitigée mais reste une exception mondiale.

Après quelques questions puis le mot de la fin de Matéo, la conférence s’est achevée et ceux qui le désiraient ont pu se rendre dans une autre salle avec l’auteur pour acheter son livre, discuter et obtenir un autographe.

Caroline Chambon

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