Tanzanie : le président interdit aux écolières et étudiantes de poursuivre leur scolarité après une grossesse

Le président de la Tanzanie John Magufuli, lors de son discours annuel de commémoration de l’indépendance, a gracié plus d’une centaine de prisonniers, et notamment deux prisonniers condamnés pour les viols de 10 fillettes âgées entre 8 et 10 ans.

Cette déclaration est apparue le même jour que la décision d’arrêter des élèves et étudiantes enceintes, pour les interroger et ainsi, selon lui avoir plus d’informations sur leur violeur présumé, et donc pouvoir les punir (la peine pour viol s’élevant à 30 ans). Au total 5 jeunes filles ont été arrêtées pour ce motif. Et évidement, les journaux occidentaux ont fait l’impasse sur le sujet.

Le président avait ordonné en juin qu’aucune élève enceinte ou ayant déjà donné naissance ne soit autorisée à retourner à l’école. Pour le président, laisser ces filles aller à l’école alors qu’elles sont enceintes, pourrait inciter les autres jeunes filles à avoir des relations sexuelles. Il ajoute que les mères adolescentes devraient plutôt chercher des formations professionnelles plutôt que de tenter de finir leurs études. Les écoles quant à elles estiment qu’il y aurait 8000 jeunes filles scolarisées qui seraient enceintes chaque année.

  • Des grossesses trop souvent non-désirées.

Human Rights Watch a recensé les raisons qui contribueraient à la grossesse précoce chez les adolescentes en Tanzanie. Et ceci inclus le mariage d’enfants, le manque d’information par rapport à la sexualité et la reproduction, et évidement les violences sexuelles et l’exploitation sexuelle.

En ce qui concerne le mariage, les filles peuvent se marier à l’âge de 15 ans avec le consentement des parents, et 14 avec le consentement de la cours de justice Tanzanienne. Aujourd’hui près de 2 filles sur 5 sont mariées avant l’âge de 18 ans.

Le manque d’informations par rapport à la sexualité et la reproduction peut aussi être attribué à l’absence de cours d’éducation sexuelle, ainsi que le manque très clair d’information et de distribution de moyen de contraception ou de moyen de protection. L’avortement est évidement interdit dans ce pays, ce qui conduit à un taux de mortalité assez élevé chez les femmes qui tentent d’avorter par des moyens illégaux et dangereux.

Et évidement les jeunes filles et femmes subissent des violences sexuelles et des viols. Parfois même au sein de l’école. Il a plusieurs fois été reporté que des professeurs avaient agressé et harcelé sexuellement leurs élèves, en les poussant parfois à avoir des relations sexuelles. Ce problème persiste puisque les autorités gouvernementales, et scolaires ont échoué à désigner comme responsable ces mêmes professeurs, qui usent de leur autorité pour obtenir ce qu’ils veulent de leurs élèves.
Ces pratiques sont assez répandues en Tanzanie dans l’école et sur le chemin de l’école. L’UNICEF a recensé par des questionnaires qu’un peu plus d’une fille sur dix serait victime d’agressions sexuelles exercées par un professeur.

  • L’école : lieu d’émancipation ou d’entrave.

Le plan d’action national du gouvernement 2017/18-2021/22 sur la protection des enfants et des femmes a déclaré qu’il y avait effectivement une forte violence à l’encontre des enfants dans l’enceinte de l’école !

Et c’est sans compter sur les risques encourus sur le chemin de l’école. En effet, le trajet en direction de l’établissement scolaire est souvent long, et se fait la plupart du temps à pied, très tôt le matin, ou tard le soir, c’est ce qu’explique le rapport sur la Tanzanie écrit par Human’s Rights Watch. L’école étant déjà chère pour certains parents, il leur est difficile de payer le bus à leurs enfants. Et parfois, des hommes motorisés qui prennent le même chemin que ces jeunes filles, n’hésitent pas à leur demander des faveurs sexuelles en échange d’un trajet. Parfois même ce sont des conducteurs de bus, ou des commerçants.

Les conducteurs de bus, selon le témoignage de Renata âgée de 15ans, publié dans le Rapport d’Human’s Right Watch, n’aimeraient pas prendre dans leur bus des étudiants puisqu’ils ont un tarif préférentiel, mais ils accepteraient volontiers de les faire monter en échange d’une faveur sexuelle. Si elles refusent toutes relations avec le chauffeur, il peut les menacer de les faire arriver en retard, Les jeunes filles pour pouvoir poursuivre dignement leur cursus scolaire et sous la pression de ne pas arriver en retard, acceptent les relations sexuelles, et peuvent tomber enceinte.

D’autres étudiantes, vivent dans de modeste commodités pour pouvoir continuer leurs études, elles sont ainsi loin de leur village dans de vétustes bâtisses. Ces bâtisses loin du village parental et de toute surveillance sont souvent cibles de violence sexuelle. Alors qu’elles voulaient simplement se rendre plus facilement à l’école, elles en sont aujourd’hui bannies.

  • Un contrôle des ventres omniprésent.

Le plus étonnant c’est que malgré le peu de dispositifs médicaux liés à la contraception, chaque mois, les filles scolarisées doivent passer un examen médical pour savoir si elles sont enceintes ou non. Que ce soit par de simples tests d’urine, ou parfois même par un touché abdominal, le résultat est le même : Si elles sont enceintes, elles seront expulsées de l’école, et leurs parents seront notifiés par un courrier ou même un sms/email. Ces tests réguliers, sont des atteintes à l’intimité de ces jeunes filles, et mènent beaucoup de filles, dans la peur d’être stigmatisée, à quitter l’école d’elles-mêmes rapporte Human’s right watch. Ces tests auraient permis la détection de 55 000 grossesses entre 2003 et 2015 selon le centre de recherche des droits à la reproduction (. Soit 55 000 étudiantes ou élèves n’ayant pas eu le droit de finir leurs études.
et 1/3 des femmes âgées entre 21 et 24 ans déclarent avoir eu leur premier enfant avant l’âge de 18 ans. La Tanzanie serait alors selon l’Unicef, l’un des pays ayant le taux de grossesses adolescentes le plus haut.

Avant la déclaration du président, l’expulsion d’élèves enceinte était autorisée en Tanzanie grâce à la loi qui déclarait que l’expulsion d’élève pouvait être ordonnée quand un élève a commis une offense envers la moralité. Bien qu’aucun détail sur la définition du mot « offense » n’ait été donné, les officiers de police ont souvent interprété la grossesse comme tel. Mais aujourd’hui la grossesse est clairement un motif propre à un arrêt de scolarité.

Alors que deux violeurs pédophiles sont graciés, des filles enceintes sont punies et interdit de scolarité le même jour. Ces annonces ont renvoyé un message bien précis : le viol est un crime dont on peut se repentir, mais la grossesse est un pêché irréparable de la part d’insouciantes.

 

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