Classe ouvrière, cinéma américain et avenir politique : retour sur la conférence avec Aurélie Filippetti

Un jour, une personnalité célèbre (ou peut-être un chef étoilé, qui sait) a dit : « Il n’est jamais trop tard pour apprécier les bonnes choses ». Effectivement, pour compléter les récents articles du Grand Pari sur les diverses conférences dont nous ont délecté ces chères Rencontres de Sciences Po Saint-Germain, nous avons de ce fait décidé de revenir sur la première à avoir entamée la saison.

Souvenez vous, l’association avait, en octobre dernier ouvert les festivités avec la venue de Aurélie Filippetti, ancienne Ministre de la culture sous la présidence Hollande, de 2012 à 2014. Cet échange tourné principalement sur la carrière d’Aurélie Filippetti et de son avenir en politique a laissé place à un débat avec les étudiants sur divers sujets, riches en idées.

  • Aurélie Filippetti : fille d’ouvriers devenue normalienne, puis ministre.

       Commençons par revenir sur le début de cette conférence, axé sur la carrière même de cette ancienne ministre socialiste, passée par la rue d’Ulm et professeure de lettres modernes. Petite-fille d’un ancien immigré italien, antifasciste, communiste, résistant et déporté, c’est de façon très naturelle que cette femme a choisi de rentrer dans les rangs socialistes. Durant cette conférence, Mme Filippetti a particulièrement insisté sur le passé de cette classe ouvrière Lorraine dont elle est issue, qu’elle relate par ailleurs dans son ouvrage de 2003, Les derniers jours de la classe ouvrière.

En tant qu’étudiants à SciencesPo, ce fût d’autant plus un témoignage qui a pu nous interpeller. Dans les années 60, la Lorraine était considérée comme le « Texas français », une appellation qui semble bien loin à présent. En effet, il a suffi de quelques années pour que les mines et usines de Lorraine soient rasées, ne laissant aucune valeur mémorielles et historiques à ces anciens ouvriers. Un traumatisme ancré qui, selon elle, explique que le bassin houiller de Lorraine ait connu un virement de bord politique. Cette classe ouvrière est passée d’un vote partisan communiste ou socialiste à un vote de droite voire d’extrême droite.

Ainsi, il semblerait, selon Filippetti, que l’un des enjeux de l’Etat dans un avenir proche, sera bien entendu de réussir à redynamiser ces territoires. Les politiques publiques doivent véritablement concentrer leur énergie non pas sur un développement de territoires déjà vitaux, mais bien sur des régions plus nécessiteuses, si elles veulent pouvoir se dire réellement efficaces.

 

  • Son expérience en tant que ministre

       Dans un second temps, Aurélie Filippetti est revenue sur son expérience ministérielle. Une chose dont on espère que les futur.e.s ministres diplômé.e.s de St Ger ont su retenir, c’est l’importance du job en Cabinet Ministériel comme tremplin. Concernant sa vision de la culture et des politiques mises en place, elle est notamment revenue sur le pass culture, que le Président Macron souhaite mettre en place pour les jeunes.

Loin d’être une bonne politique pour un véritable accès à la culture des jeunes de milieux populaires, ce pass est pour elle un moyen de plus qui servira à financer de grands groupes multinationaux. En y réfléchissant bien, cela serait quand même préférable que l’argent de ces Pass se retrouvent à financer des cinéastes indépendants plutôt que des boîtes de production hollywoodiennes comme, allez au hasard, la Weinstein Company. C’est en ce sens que l’ancienne ministre préconise une mise en place de fléchage de ces pass culture. Bon après, pas sûr que tout le monde apprécie des réductions pour le festival international de Thérémine à Châlons-sur-Saône (aussi dommage que cela le soit).

Dans tous les cas, il est important de combattre une hégémonie culturelle américaine imposé par leur politique ultra-libérale. Au Mexique, depuis 1994 et le Traité de l’ALENA, le libre-échange a produit un tel effet que plus aucun film mexicain ne sorte dans les cinémas mexicains. Cette stratégie de diffusion massive du cinéma américain relève de la simple et pure conquête idéologique, puisque ces films sont amortis dès leur sortie aux USA.

Aurélie Filippetti a continué en insistant sur l’efficacité des politiques de défense culturelles qu’ont pu mettre en place l’Inde et la France entre autres. Cela leur a permis de garder une richesse culturelle, indépendante, comme nous le montre bien le succès des films bollywoodiens, pour notre plus grand plaisir des yeux et des oreilles. En France, c’est 200 millions de tickets de cinéma qui s’écoulent chaque année, avec une diversité notoire dans la nationalité des réalisateurs.

  • L’avenir et le devenir du Parti Socialiste

Pour terminer cette rencontre, c’est sous la casquette de membre du Parti Socialiste que Aurélie Filippetti s’est adressée à nous, en nous expliquant son désir d’un mouvement politique européen transnational. En fin de conférence, l’ancienne élue nous a fait part de son envie de prendre du recul vis-à-vis du parti et de la politique.

Ainsi, que n’était donc pas notre surprise face à l’annonce de cette dernière le 18 janvier dernier, de rejoindre le mouvement de Benoît Hamon, « Génération.s » ! Enfin bon, cela, c’est un autre débat.

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