Une « Union des Droites »pas si évidente

L’année 2017 aura été, chacun le sait, synonyme d’intenses recompositions politiques: délitement des partis traditionnels, émergence d’une force centrale incarnée par la figure d’un président jeune et dynamique, leadership de Jean-Luc Mélenchon et de la France Insoumise à gauche… Bien des facteurs annonçant la constitution de nouveau clivages.

Si l’on a parlé un clivage « mondialistes contre patriotes » au second tour de la présidentielle entre un Emmanuel Macron incarnant l’euro-libéralisme et le progressisme sociétal et une Marine Le Pen figure de proue du national-populisme et d’un certain traditionalisme sur les questions culturelles et identitaires (mettant fin à une alternance classique entre deux partis de gouvernement de gauche et de droite), force est de constater qu’un grand nombre de responsables politiques et éditorialistes croient encore en l’existence d’une division entre une droite et une gauche. Cette division ne serait plus marqué sur un clivage économique mais d’avantage sur des critères culturels et identitaires.<

C’est cette idée qui pourrait servir de tremplin en vue d’une unification de la droite d’ici aux prochaines grandes échéances. Pour le célèbre et très décrié éditorialiste Eric Zemmour, c’est aujourd’hui la bataille « de civilisation » qui doit engager la droite dans sa réflexion politique. En clair, les querelles de parti doivent cesser dans la mesure ou ceux ci peuvent s’entendre sur l’essentiel (à savoir les valeurs) dans le cadre d’une doctrine « pas d’ennemi à droite» et appelle a envoyer définitivement les centristes à Macron. C’est autour de ce même principe que Patrick Buisson (le célèbre conseiller de Nicolas Sarkozy) défend une union des électorats populaires et conservateurs dans le catholicisme social, seule équation possible pour assister au retour au pouvoir de son camp politique.

Cette idée d’une union entre la droite « bonapartiste » et la droite «légitimiste» n’est pas nouvelle. Elle avait en effet déjà été évoquée à plusieurs reprises dans l’Histoire de la cinquième république: lors des municipales de 1983 ou les listes RPR et FN avaient fusionné pour battre l’Union de la Gauche à Dreux, ou encore aux régionales de 1998 ou les élus FN des conseils régionaux du Languedoc-Roussillon, de Rhône-Alpes et de Picardie avait fait élire des présidents UDF-RPR à la présidence. Cependant, aucun accord tacite ou officiel n’a jamais été passé au niveau global entre les tendances de la Droite. Avec la constitution d’une forme de tripolarisation du spectre politique, nombreux sont les commentateurs et acteurs politiques, tels Philippe de Villiers ou encore le sulfureux maire de Béziers Robert Ménard à appeler à l’union au de la des chapelles politiques.

Les récentes évolutions politiques internes aux différents partis connotés « à droite » ou à « l’extreme droite » tel LR ou le FN ont supposé depuis quelques mois un possible rapprochement entre ceux ci: d’un coté au Front National, ou le départ de Florian Philippot en septembre a entériné la fin de la primauté de la ligne « sociale-souverainiste » pour une ligne plus identitaire. Et de l’autre aux Républicains, ou le plébiscite en faveur de Laurent Wauquiez semble laisser croire à un retour des « fondamentaux » de la Droite.

Dupont-Aignan lance le mouvement

Si l’on attendait un appel du pied de la présidente du FN au président des Républicains, ou inversement, on ne peut qu’être déçus. C’est le député de l’Essonne Nicolas Dupont-Aignan, président fondateur de Debout la France et double candidat aux présidentielles, qui s’est embarqué dans cette lourde tache depuis quelques mois. Soutien (in)attendu de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, celui qui avait réuni près de 5% des suffrages sur une ligne très axée sur les questions d’identité mais aussi sur la récompense du travail, appelait de ses voeux à « battre une gauche minoritaire dans les idées » (en infléchissant le programme lepéniste sur la question de l’euro notamment).

Depuis sa réélection comme député, celui ci évoque ouvertement cette nécessaire union entre les électorats des Républicains, de son parti et du Front National autour d’un véritable programme commun de gouvernement (à l’instar de ce qui avait été réalisé par le PS, les Radicaux et le PCF en vue de la présidentielle de 1974). Evoquant un nécessaire travail en amont, l’ancien maire de Yerres à lancé en octobre une initiative internet baptisée « les Amoureux de la France » ouverte à tous. Cette plateforme interactive a pour objectif de faire voter et proposer les internautes sur un potentiel programme présidentiel et à reçu près d’un million et demi de contributions.

L’initiative, si elle demeure un grand pas en avant en levant le tabou de l’Unité programmatique, s’avère cependant globalement timide. Malgré la notoriété de ce mouvement (indirectement réalisée par les plaisanteries de Quotidien et de Yann Barthès), on est encore très loin d’un grand programme de gouvernement commun. En naviguant sur le site, on observe en revanche tout un catalogue de propositions, proches ou recopiées du programme de Dupont-Aignan pour 2017 qui sont au final ré-approuvées par un public majoritairement favorable à celui ci (et ce malgré l’appel au bidouillage de la part de l’émission de TMC). L’initiative n’a d’ailleurs reçu que quelques soutiens à la marge hors DLF, si ce n’est celles de Jean-Frédéric Poisson du PCD, de la députée de l’Héraut Emmanuelle Ménard ou encore de l’ex président du FNJ Julien Rochedy. Le projet de cette plateforme se veut donc celui d’un mouvement de patriotes, hors des appareils politiques. Cependant, l’absence de soutien de la part de grandes personnalités pourrait peser sur la renommée de ce projet et a des contributions plus larges de la part du public.

L’impasse des appareils et l’absence de personnalité unificatrice

Si des idées communes à tous les électeurs de droite existent indubitablement (réduction de l’immigration, soutien aux artisans et commerçants, retour de l’autorité et du mérite..). La question de sa traduction concrète en une véritable force politique capable de remporter des échéances électorales se pose. C’est en réalité la ou réside une partie non négligeable du problème.

Tout d’abord, une union des appareils politiques semble totalement impossible à moyen terme: si l’élection de Laurent Wauquiez avait dressé les cheveux sur la tête de bon nombre d’éditorialistes craignant une Union des droites, ses déclarations concrètes font état d’un refus net de la part de l’élu de Haute-Loire: pas question d’une alliance avec le Front National ni avec Dupont Aignan (dont il évoque un choix de second tour « sans retour »). Désormais secondée par la juppeiste Virginie Calmels et marqué « à la parka» par Valérie Pécresse (pas spécialement ouverte sur la question), il en faudrait beaucoup pour que Wauquiez embarque le parti dans cette initiative (si ce n’est en virant les plus modérés, ce dont on peut douter). La disparition politique des députés de la Droite Populaire comme Jacques Myard, Nicolas Dhuicq ou encore Thierry Mariani (qui sont favorables à un rapprochement avec le FN) ne penche pas non plus la balance en la faveur de cette stratégie.

Il en est de même pour le nouveau FN, dont la présidente dénonce de façon quasi quotidienne le président des Républicains et n’évoque pas pour le moment ce projet. En bref chacun reste dans sa chapelle espérant grappiller l’électorat de l’autre en attendant des jours meilleurs.

L’union des électorats en revanche nécessiterait la présence ou l’existence d’une personnalité suffisamment forte pour rassembler l’ensemble de la droite au sens large (le fameux culte du chef propre à la droite). Toutefois, le « Macron » de la droite demeure invisible sur les écrans radars: du coté des chefs de parti, Laurent Wauquiez accumule les sondages catastrophiques malgré une prestation correcte au cours de L’Emission Politique du 25 janvier. Marine Le Pen, qui ne se considère elle même pas comme étant de droite, est lourdement handicapée par son échec au débat d’entre tours. Nicolas Dupont-Aignan pourrait apparaître comme un potentiel unificateur au point même que l’on évoque son nom pour une potentielle liste FN-DLF aux européennes. Mais ses différents louvoiements politiques au cours de sa carrière et son manque de sérieux (cf les polémiques sur les vaccins et sa focalisation sur des sujets dérisoires) pourraient attenter à sa crédibilité.

Reste l’hypothèse du recours (propre aussi à la droite française), qui pourrait être l’ex députée du Vaucluse Marion Maréchal Le Pen. Profondément conservatrice et s’étant toujours déclarée favorable à une alliance élargie à droite, elle pourrait être ce trait d’union. Si cette hypothèse avait été évoquée par plusieurs media notamment l’hebdomadaire The Economist, l’ex benjamine de l’Assemblée nationale n’a toutefois pas l’intention de revenir au centre du jeu à terme.

Toutefois, rien n’exclut un retour contraint ou précipité, de même que l’émergence d’une personnalité inconnue qui pourrait réaliser cette union à la manière de ce que vient de réaliser le jeune chancelier Sebastian Kurz en Autriche. Un exemple dont les partisans de l’Unité pourraient s’inspirer: rajeunissement du personnel politique, volonté réelle d’aller au de la des appareils traditionnels, story-telling d’un message politique basé sur la confiance et non sur la critique et la méfiance. Bien loin de ce que semble dégager la droite française à l’opinion publique en ce début 2018.

Les problèmes idéologiques de fond

Au delà des divergences de personnalités et d’orientations d’appareils politiques, reste le problème de fond : quelle droite pour gagner? Additionner les scores des différents partis politiques est possible mais la question demeure la finalité de l’objectif. Le sociétal et l’identité sont essentiels mais ne font pas tout: des propositions fermes sur l’immigration et l’identité nationale façon Nicolas Sarkozy ne prendront plus aussi facilement et ne peuvent constituer un aboutissement. Sur le terrain économique, les divergences demeurent patentes entre une grande partie des membres du bureau politique des Républicains et des sympathisants qui dénoncent le manque de vigueur d’Emmanuel Macron dans ses réformes, et un FN toujours critique du libéralisme économique. Pour le politologue Gael Brustier, c’est ce clivage essentiel et non secondaire comme certains le prétendent qui empêche une alliance potentielle (du moins pour le moment). Un compromis (ou une évolution doctrinale) devra s’avérer nécessaire sur ces questions pour réunir les différentes tendances.

Il en est de même pour la question du souverainisme qui pourrait être la victime collatérale d’une Union des Droites. La défense des souverainetés contre l’Europe de Bruxelles semble de plus en plus passer au second plan du coté de ses opposants historiques: Dupont-Aignan, auparavant à la pointe du combat contre la monnaie unique a beaucoup évolué sur cette question depuis 2012, de même que le F.N semble avoir mis de l’eau dans son vin avec le développement d’un projet de réforme de l’UE baptisé « Union des Nations Européennes » présenté en janvier par Marine Le Pen. On est désormais bien loin de celle qui se voulait candidate du Frexit en 2016 et qui avait basé l’essentiel de son projet sur cette question. Enfin coté LR: difficile d’y voir clair entre un Laurent Wauquiez qui plaide pour un recentrage sur l’Europe des Six états fondateurs et les multitudes de tendances à l’intérieur de son parti.

Cet apaisement relatif est tout à fait compréhensible sur le plan électoral face à une opinion réticente à une opposition frontale à l’UE, majoritairement attachée à la construction européenne et rétive à une sortie de l’Euro. Toutefois sur le plan plus « pratique » ce passage au second plan de la question européenne pourrait s’avérer délicat en vue de la réalisation d’un programme de
rupture, y compris sur les questions migratoires. Rappelons nous Nicolas Sarkozy en 2010: alors que le président français se voulait tenant d’une ligne intraitable sur les Roms, son refus d’aller en opposition avec l’UE lui a valu les remontrances de la Commissaire européenne Viviane Reding qui est parvenue in fine à contraindre la France à accepter ceux ci sur son territoire au nom de la citoyenneté européenne. Cet exemple, comme beaucoup d’autres, illustre à la perfection l’adage : « pas d’identité sans souveraineté » de l’écrivain David Desgouilles.

Autre problématique qui empêche une union des droites sur le modèle autrichien ou italien: la question du Gaullisme et du Républicanisme. Le « parti gaulliste » historique, dont LR apparait comme le continuateur historique (malgré ses ambivalences) s’est toujours historiquement posé en opposant au FN (partisan de l’Algérie française). Même si cette divergence est de moins en moins marquée depuis le fameux second tour de 2002, renoncer à cet héritage au nom d’une alliance provoquerait un bouleversement majeur dans l’histoire de la droite classique qui ne serait sans doute pas sans conséquence.

Une unité complexe, qui prendra sans doute du temps

Au regard des différents éléments évoqués, tant dans les personnalités, les appareils politiques mais aussi la question centrale des idées; il apparait qu’une hypothétique unité des différentes droites apparait extrêmement complexe. Cette unité, si elle peut s’avérer nécessaire en vertu de la clarification politique, prendrait très certainement un temps considérable au regard des différents événements. Rappelons qu’a gauche, la mise en place d’un programme commun et son application a pris pratiquement dix ans entre 1972 et l’arrivée au pouvoir de Mitterrand en 1981.

Se posera également la question de la solidité de cette union et de la volonté réelle des personnalité et militants d’aller vers cette stratégie, la encore les précédentes unions réalisées à gauche dans l’Histoire nous démontre à quel point il est difficile de le faire perdurer (mais cette question demeure encore lointaine alors que celle ci n’est pas encore constituée).

Toujours est il que la brutalité et la vitesse d’enchainement des événements politiques peut laisser à penser que le rassemblement pourrait s’accélérer (ou au contraire se complexifier). Rappelons nous que personne n’imaginait une telle recomposition du paysage politique voici encore deux ans. Tout peut donc aller très vite. Les élections européennes de l’an prochain, propices à des fusions de listes pourraient donner lieu à un hypothétique rapprochement. Une union qui pourrait finalement s’imposer face à la menace d’une nette distanciation de l’opposition par LREM.

A suivre.

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