L’absentéisme parlementaire : une spécificité française ?

Depuis quelques semaines, l’hémicycle de l’Assemblée Nationale est secoué de turbulences. Leur cible ? Le président de l’institution, François de Rugy, et sa politique agressive en matière d’absentéisme parlementaire.

En effet, si cela fait de nombreuses années que le problème ressort régulièrement, le Président de l’Assemblée Nationale, membre du groupe LRM, semble le premier bien décidé à en finir avec l’absentéisme outrancier des députés. Jusqu’alors, toutes les tentatives de trouver une législation pour forcer les députés ou sénateurs à être plus présents se sont soldées par un échec, souvent après avoir rapidement été abandonnées, à l’image du texte déposé en octobre 2007 au Sénat, rejeté après la première lecture seulement ; et parfois après avoir été votées mais être tombées dans l’oubli.

Avant d’avancer plus loin dans la polémique du moment, remettons les choses en perspective. Qu’en est-il du taux de présence effectif des députés ?

D’aucuns se souviennent du reportage de « L’œil du 20 Heures » de France 2 en janvier 2017 qui examinait l’assiduité parlementaire des candidats à la Présidence de la République. Les résultats étaient à la fois surprenants et aberrants, et questionnaient sur l’écart, que dis-je le fossé, entre l’image médiatique que certains candidats arrivaient à renvoyer et la réalité.

Commençons par le député de l’Essonne que beaucoup d’entre nous ne connaissent que trop bien en raison de son fiasco électoral, Nicolas Dupont-Aignan, qui affiche un consternant 24% de présence. Mais il ne s’agit pas de faire des candidats « mineurs » la bête noire de l’Assemblée, car ils sont loin d’être les seuls. Jean-Luc Mélenchon, par exemple, brille par son omniprésence médiatique et par son absence parlementaire, puisque le député européen Front de Gauche ne s’est présenté qu’à 15% des sessions parlementaires. Mais n’oublions surtout pas Marine Le Pen et ses 36%, ni François Fillon et ses 22%, sans parler de Benoît Hamon qui culmine à 37%.

Quand on repense à la résolution commune de former un nouveau traité renforçant les liens franco-allemands adoptée par l’Assemblée Nationale et une délégation du Bundestag en France à l’occasion du 55ème anniversaire du « Traité de l’Elysée », la tradition française d’absentéisme parlementaire saute aux yeux. En effet, si la délégation du Bundestag et plus généralement le Bundestag en général en Allemagne était au complet, le vide côté français laisse un goût amer de désarroi, de déception, et de honte.

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Ceci nous ramène à François de Rugy. En effet, consterné devant ce manque d’investissement des Représentants de la Nation, a annoncé il y a une dizaine de jours vouloir « appliquer strictement » les sanctions contre les députés « multirécidivistes de l’absence ». Ces sanctions, d’ordre financier principalement, ont pour but de forcer les députés à assumer pleinement leurs fonctions qu’ils délaissent bien trop souvent au profit d’autres activités, la plupart du temps professionnelles. Ainsi, ces derniers se sont brusquement retrouvés au bord du gouffre face à la détermination du Président quant à l’aboutissement de ces mesures, qui pourraient faire culminer « l’amende » à une somme d’environ 4000 euros, ce qui est loin d’être négligeable.

Depuis cette date fatidique où pour une fois un Président de l’Assemblée Nationale a osé poser des barrières strictes contre l’absentéisme parlementaire, les députés de droite comme de gauche se déchaînent contre François de Rugy. Bien évidemment, le PS et LFI sont à l’origine des critiques les plus dures quant au Président, mais cela n’a rien d’étonnant étant donné leur statut d’opposition parlementaire. Ce qui surprend cependant, c’est outre les critiques LR, que l’opposition émane même d’un certain nombre des députés LRM eux-mêmes, notamment la figure principale du groupe LRM chez les députés, Richard Ferrand.

Malgré une « révolte » comme l’hémicycle n’en avait pas connu depuis longtemps, François de Rugy semble bien décidé à appliquer les sanctions, arguant qu’il en va de l’image de la démocratie française et de ses institutions, qui sont victimes de la critique incessante et justifiée concernant l’absentéisme des députés, absentéisme qui donne à penser à nombre de citoyens que les députés ne travaillent pas et sont, pour ainsi dire « payés à rien faire ».

C’est donc dans une lutte sans merci contre les députés et pour l’image de la France que le Président de l’Assemblée Nationale s’est lancé, au risque de se faire submerger par la forte contestation parlementaire qui ne veut se voir contrainte pour rien au monde.

Au-delà du débat actuel, la question de l’absentéisme parlementaire interroge sur l’intérêt que ces représentants qui ont été élus par vous et moi portent au devenir de la Nation et de ses citoyens.

Certains députés, qui acceptent d’aborder la question, mettent en évidence le fait que n’étant élus que pour 5 ans, nombre de députés continuent à travailler pour avoir des revenus fixes, et que c’est pour ça qu’ils ne se présentent pas à toutes les séances.

Y aurait-il un problème quant à leur rémunération, ou plutôt quant à la façon dont elle s’opère ?

Cependant, même s’il est possible que ce facteur ait de l’influence, il ne semble être qu’une des multiples facettes d’un problème parlementaire bien plus complexe.

Caroline Chambon

 

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