Chasse et « big five » – le braconnage en Afrique

Juan s’applique. Lentement, il aligne l’animal et le bout de son fusil. Clic, blam, paf. Il appuie sur la détente, la balle atteint l’animal qui s’effondre. Quelques minutes plus tard, dans la jeep qui le ramène au camp, il raconte ses exploits à sa femme :
«Si tu avais vu comment il s’est effondré, dire qu’une balle suffit à abattre une telle bête ! J’aimerais qu’on y retourne l’année prochaine, que je puisse enfin faire mon Big five…»

Comme des milliers d’Européens, Juan a passé ses vacances en Afrique centrale. Par pur plaisir, distraction ou pour prouver sa puissance, il a décidé de se rendre au Botswana pour y chasser l’éléphant.
Vous pensez que cette histoire n’est plus d’actualité ? qu’elle illustre une pratique aujourd’hui révolue et que des juridictions ont aujourd’hui été mise en place contre ces pratiques ? Pourtant, cette histoire ne date que de 2012.
Mais alors, quel impact la chasse a-t ’elle aujourd’hui ? où se déroule-t-elle et qui sont les chasseurs ? et tout simplement, qu’est-ce qu’un Big five ? Avant d’aborder la question de la chasse aujourd’hui, il est nécessaire de revenir sur son histoire (nous nous concentrerons sur le cas africain)

  • Afrique, 1880-1960.

Avec la colonisation, l’Afrique devient peu à peu le terrain de chasse le plus prisé des chasseurs Européens. Le territoire africain apparaît riche en animaux de toutes sortes, féroces et dangereux, impressionnant pas leur taille ou leur pelage. La chasse a alors trois raisons d’être :

  • Elle a d’abord pour but de protéger les populations.

Comme chacun sait, la cohabitation des hommes et des animaux a souvent posé problème, que ce soit lors de l’installation d’hommes, de l’établissement de pâturages, … Pour le cas africain, on dénote de nombreux exemples. Ainsi, des animaux obstruent les voies de chemin de fer, détruisent les récoltes lors d’incursion nocturnes (ça parait drôle mais encore aujourd’hui, les dégâts sur les cultures demeurent un enjeu majeur, notamment dans le cas des éléphants contre lesquels les paysans ne peuvent pas lutter, représentant jusqu’à 10,8% des récoltes détruites au Mozambique, d’après Hoare, 1999). Dans d’autres cas, les humains sont sujets d’attaques, comme lors de construction d’infrastructures, comme lors du chantier d’un pont au Kenya en 1898, où deux lions ont enlevé entre 28 et 31 ouvriers avant d’être tués. Ces incidents mènent à des actions organisées par des chasseurs seuls ou des équipes. Ainsi, dans les années 40, J. A. Hunter, chargé de veiller au bon fonctionnement des voies de chemin de fer, abat 996 rhinocéros, 81 éléphants et 29 buffles. En Ouganda, une équipe, pour protéger les récoltes, décime 3992 éléphants. La chasse n’est alors pas récréative : les cadavres ne sont pas prélevés, mais abandonné, on n’utilise pas leur fourrure, cornes ou défenses. La chasse est plutôt utile, si on en exclut les dérives, ce qui est difficile. Il faut toutefois constater que ces problèmes sont toujours d’actualité, mais que les victimes animales moins importantes.

  • La chasse est ensuite commerciale.

En effet, certains attributs d’animaux sont très prisés, dès le début de la colonisation, étant considérés comme luxueux, exotiques, ou pour des objets du quotidien. L’ivoire sert par exemple à fabriquer des boules de billard ou des touches de piano, avant l’invention du plastique. Le développement du jeu de billard le long du XIXe et son importation aux Etats-Unis provoque ainsi une véritable saignée dans la population d’éléphant. Les cornes de rhinocéros sont broyées, ayant des supposées vertus magiques ou médicales. Ce type de chasse demeure encore aujourd’hui, le prix très élevé de l’ivoire ou des cornes incitant même les chasseurs à violer l’espace des réserves pour s’approvisionner.

  • Enfin, la chasse est « sportive ».

La pratique de la chasse en Afrique, du safari, se développe le long de la fin du XIXe et du XXe, elle devient alors un loisir. Elle est même théorisée par E. Hemingway en 1936 dans Les neiges du Kilimandjaro (superbe nouvelle lisez-la). Ce dernier considère qu’un chasseur, pour profiter pleinement d’un safari, doit abattre un lion, un léopard, un éléphant, un rhinocéros et un buffle. De nombreux riches Européens, décident donc de voyager en Afrique afin de réaliser ce type de chasse, très valorisée, synonyme de courage, de puissance et permettant parallèlement de refaire la déco de leur salon à base de peaux de divers animaux, têtes de fauves, de buffles.

Certains sont célèbres comme T. Roosevelt, qui, la conscience rassurée après la création des parcs de Crater Lake, Wind Cave et Mesa Verde, décide de compenser en rapportant plus de 3000 trophées d’animaux abattus. Alors qu’elle est au départ plutôt archaïque et improvisé, la chasse connait une organisation croissante, notamment au début du XXe, avec des tours organisés pour la réalisation de Big five par les autorités ou des organismes. Les chiffres sont impressionnants : entre 1860 et 1930, entre 25 000 et 100 000 éléphants sont abattus chaque année, les Big five sont décimés, s’éteignent dans certaines régions, la population d’éléphant est réduite de 80% en Tanzanie, le léopard disparait en Afrique du Nord. Ces différentes chasses ont mené au même résultat : la diminution drastique de nombreuses espèces sur tout le continent africain. Des premières mesures sont prises dès les années 30 : les gouvernements décident de créer des parcs nationaux où la chasse est interdite, comme le parc national Kruger en 1926 en Afrique du Sud. Toutefois, cela ne permet pas d’enrayer la chute démographique : la population d’éléphant passe de 5 000 000 en 1930 à 500 000 en 2000. Si la chasse est interdite en 1973, elle laisse place à de nouvelles pratiques.

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« speak softly, and carry a big stick.« ; pour les éléphants, Teddy se contentera d’une bonne vieille Marlin M – 1893

D’une part, les interdictions n’arrêtent pas les individus venus chasser pour la vente. Ceux-ci sont d’autant plus attirés par l’appât du gain. Ainsi, le trafic d’ivoire, de peaux ou de corne bat son plein dans les années 70-80. D’autre part, les chasseurs s’adaptent aux nouvelles législations. Des éco-safaris apparaissent. Le principe est simple : on ne tue plus les animaux mais on les endort à l’aide de fléchettes sédatives le temps d’une photo. Résultat : les animaux sont endormis plus de 10 fois par mois. La pratique est donc interdite rapidement. La chasse d’animaux en captivité élevés à cette fin n’étant pas interdite, elle se développe rapidement : 1000 lions sont abattus en 2009 dans ces conditions. « Seul » problème (si l’on tolère la chasse) : les animaux en question sont d’abord enlevés bébés dans la nature, voire des parcs naturels : on en revient à la question du braconnage. Cette pratique est alors également interdite en 2006 mais les animaux ne pouvant être remis en liberté (ils sont nés en captivité), elle perdure. Ainsi, 16 400 étrangers sont venus en Afrique entre 2006 et 2008 pour participer à des safaris de chasse privés. On retrouve notamment ce cher Juan (Carlos : le roi d’Espagne), qui a participé à une de ces charmantes entreprises en 2012. Moins connue, la séduisante Kendall Jones qui aurait réalisé son big five dès l’âge de 14ans. Enfin, on notera la présence des enfants de D. Trump, avec une chasse au léopard. Ils sont aidés : de nombreux organismes proposent sur internet des chasses avec « résultats garantis ». Ces organismes sont dénoncés périodiquement par l’opinion publique, sans que cela n’ait un réel impact, résultant du privé. Il reste toutefois un axe où les Etats et organismes peuvent réellement lutter : le braconnage. Il représenterait entre 7 et 23 milliards de dollars par an et est en forte accélération depuis les années 2010.

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Entre allégeance à Franco et crise en Catalogne, Juan prend un repos bien mérité

La lutte contre le braconnage demeure un enjeu immense pour les Etats. Tout d’abord, le braconnage sur leur territoire est une violation de leur souveraineté. Ensuite, les parcs nationaux constituts un revenu considérable pour leur économie et un parc naturel sans animaux perd de son intérêt. Enfin, les revenus du braconnage permettraient de soutenir des groupes armés antiétatiques. Ainsi, la lutte contre le braconnage est sans merci et les moyens déployés sont importants : des budgets sont débloqués, des actions conjointes avec des organisations internationales comme WWF, des drones, caméras thermiques et autres innovations sont également utilisées. Les gouvernements saisissent alors de stocks immenses, comme en 2016, où le gouvernement du Kenya a confisqué plus de cent tonnes de défenses d’éléphants et une de corne de rhinocéros. Il se trouve alors devant un dilemme : vendre afin de récolter des fonds pour lutter contre le braconnage : après tout, les animaux sont déjà morts ; détruire pour ne pas stimuler l’offre. La tendance est à la destruction des stocks. Une autre solution serait d’opérer systématiquement les éléphants et les rhinocéros à la naissance afin que leur défense/corne ne soit plus convoitée, en leur plaçant une défense/corne postiche sans valeur marchande. Cela est possible, des recherches vont dans ce sens…

B.D

Pour plus de contenu :
Etudes sur les problèmes de cohabitation

Pour les futurs tueurs, résultats et photos souvenirs GARANTIS ici

Plus sérieusement : Etude effectuée par l’ONG WWF

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