Une autre analyse de la situation au Venezuela

Wesh wesh les ami.es (ouais, ‘faut que j’arrête avec cette vanne). Comme beaucoup de personnes ces dernières années, je me suis récemment pas mal intéressé à la situation vénézuélienne. Sur le constat, tout le monde semble d’accord: le gouvernement Maduro fait preuve d’une dérive dictatoriale et gère la crise économique de son pays d’une main de fer. Seulement, tous ces articles n’évoquent que 2 acteurs: Nicolas Maduro (sous entendu Nicolas Maduro et son Gouvernement) -responsables de tous les maux ou presque- et l’opposition salvatrice (parfois personnifiée par une ou plusieurs figures de celle-ci). En creusant un petit peu, à travers des publications universitaires, des articles de presse spécialisée ou encore en visionnant des interviews, on y découvre une réalité plus complexe, ou chaque acteur politique et économique du Vénézuela joue un rôle dans le sort du pays.

Si le sujet de la situation du Venezuela revient si souvent dans les informations, c’est, -comme rappelé en introduction- pour dénoncer les actions de Nicolas Maduro, président du Venezuela, ou montrer les manifestations visant celui-ci à Caracas… ou bien pour attaquer le camarade Jean-Luc, qui a montré à plusieurs reprises son soutien au pouvoir vénézuélien en révisant les informations “officielles” sur le Venezuela.

Les nombreux chiffres et faits avancés par les différents articles et reportages sont justes: 2500% d’inflation, une émigration de masse des vénézuéliens vers les pays voisins, un smic à 15 euros mensuels, des médicaments absents à 80%, et des besoins de base tels que l’eau courante difficile d’accès à certains endroits.
Les faits concernant les crimes et délits, tels que le commerce de drogue et les 26616 assassinats en 2017 sont également corrects. Les reproches au sujet de la corruption du Gouvernement et de l’opposition le sont également. Seulement, si celui-ci a une bonne part de responsabilité dans les problèmes de son pays, Nicolas Maduro n’est pas le seul acteur de la dégradation de la situation vénézuelienne.

  • CE QUE VOUS NE CHAVEZ (PEUT-ÊTRE) PAS
    Compteur de blagues nulles: 3.

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Commençons par rappeler le problème majeur du pays. Plus de 50% du PIB vénézuélien est représenté par l’exportation de pétrole, exploité à 95% par PDVSA, l’entreprise d’exportation étatique du Venezuela. Depuis la baisse progressive des prix du pétrole, et ce particulièrement depuis 2012, peu avant l’arrivée de Maduro au pouvoir, le pays rencontre des difficultés économiques. PDVSA étant la principale source de commerce avec l’international, elle est, en tant qu’entreprise d’État, associée à la redistribution des richesses: en Bolivars vénézuéliens d’une part pour la majorité de la population vénézuélienne, et en dollars, pour le privé (revendus à tarifs préférentiels contre des bolivars) qui doit acheter toutes sortes d’utilitaires à l’international, notamment les médicaments dont nous parlions plus tôt.
Seul problème: le privé est en grande majorité associé avec l’opposition et réduit les disponibilités des différents produits pour déstabiliser celui-ci. Par exemple, en 2004 sous Hugo Chavez, le secteur privé a reçu 608 millions de dollars à taux préférentiel pour l’achat de médicaments, en 2014 avec Maduro, il reçoit 2,4 milliards: pourquoi alors n’y a t-il plus de médicaments?

Au Venezuela, impossible en effet de passer outre l’aspect politisé des choses: tandis que certain.e.s soutiennent la présidence de Maduro, d’autres cherchent à le déstabiliser. Toute action de l’une ou l’autre des parties peut être présentée sous un prisme positif ou négatif. Par exemple, le secteur privé déstabilise le pouvoir en influençant la satisfaction de la population. Certain.e.s estiment que cela est tout de même de la faute du Gouvernement, incapable de gérer la situation.

  • UN ETAT IMPUISSANT ET UNE CRISE DU MODÈLE

En réalité, même si la violence des oppositions et la corruption peuvent laisser croire certain.es à des dérives dictatoriales, le Venezuela semble avant tout traverser une crise du fonctionnement de son Etat providence. Mis en place dès 1999 par Chavez, il a permis une réduction de 50% de la pauvreté entre 2003 et 2011 au Venezuela.
De la même façon qu’à la suite du choc pétrolier de 1970-80, dans les pays occidentaux, affaiblis par leurs dépenses en pétrole, l’État-providence vénézuélien dont les recettes faiblissent est fortement remis en cause par les libéraux.ales et les conservateurs.trices. De plus, l’Etat social de Maduro semble de plus en plus en peine pour remplir ses objectifs tandis que la capacité de l’État à assurer certaines fonctions diminue. Les fonctions telles que la santé sont alors de plus en plus déléguées au privé, qui déstabilise l’État en régulant lui-même la disponibilité des biens et services. D’autre part, pour certains domaines dans lesquels il souhaite garder sa mainmise, l’État préfère attribuer des fonctions, allant de l’aide sociale jusqu’à la sécurité intérieure à des groupes de personnes ou milices indépendantes de l’Etat, s’étant simplement déclarées comme “soutiens du Gouvernement”, plutôt qu’à des services privés professionnels.

  • UNE SCÈNE POLITIQUE DE PLUS EN PLUS CONFLICTUELLE

Au sujet de la scène politique, sur laquelle Maduro est accusé de bloquer ses adversaires, il s’agit plutôt d’un “jeu politique” entre les deux camps. Cette opposition s’est intensifiée depuis 2015.
En 2015 en effet, les chavistes perdent les élections législatives. Le président de l’assemblée nationale (issu de l’opposition) fait prêter serment à tous les députés, y compris à 3 députés de l’opposition reconnus coupables de fraudes, en signe de défiance au Gouvernement. La majorité annonce ensuite publiquement être favorable au renversement de Maduro, qui bénéficie d’une popularité moins importante que celle d’Hugo Chavez. De nombreuses manifestations, d’abord pacifiques puis à dérives violentes s’organisent contre le Gouvernement.
En 2017, même si elle fait débat, l’élection et l’installation de l’assemblée constituante réclamée par Maduro crée une accalmie dans les violences du pays. 2 élections sont annoncées: une élection régionale, emportée par les chavistes. L’opposition était alors fragilisée à cause des nombreuses manifestations à son initiative qui n’ont été que sources de violences, au lieu d’être sources de changement. Celle-ci ne se laisse pas faire, déclare considérer qu’il y a eu “fraude”, et déclare ne pas se présenter aux municipales à venir. Une partie de l’opposition se présente quand même. Cependant, pour participer à la présidentielle du 22 avril prochain, le code électoral stipule que les partis doivent se présenter aux élections précédentes ou se faire re-valider devant un conseil électoral, présentant un nombre suffisant de voix populaires pour être acceptés. L’opposition étant constituée en coalition de partis opposés au pouvoir, cela rend l’organisation de la prochaine présidentielle très compliquée. Ajoutons à cela l’inéligibilité d’Henrique Capriles, l’un des principaux opposants à Maduro, condamné pour corruption en juin 2017, ainsi que les désaccords de plus en plus présents au sein de la coalition de partis: on en ressort alors avec une opposition très affaiblie.
Le Gouvernement et ses opposants jouent régulièrement sur les mentions de la Constitution et du code électoral pour présenter la situation d’une manière ou d’une autre: l’un présente les textes et se défend d’être dans la légalité, les autres accusent le Gouvernement de les bloquer. Quoiqu’il en soit, face à une opposition affaiblie Maduro pourrait être réélu à la présidence du Venezuela le 22 avril prochain.

En guise de conclusion, je tiens à rappeler que la situation au Venezuela est un sujet partial. C’est un des rares régimes à constitution “socialiste” et le pays dispose des plus grosses ressources en pétrole du Monde, en plus d’être à 5 jours seulement des États-Unis. Ces deux points seuls en font un enjeu diplomatique majeur pour les Etats, d’opinion pour les acteurs politiques ou d’analyse pour les intellectuels. Il n’est donc pas étonnant d’observer que le pays est sujet à de nombreuses prises de parti, autant de la part d’individus que d’acteurs “officiels”.

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