La supériorité humaine est un mensonge social. Petit rappel sur la théorie de l’évolution.

Comment démontrer qu’un fanzouz est aussi évolué qu’une poule ? Ou comment repenser la position de l’espèce humaine dans le vivant.

L’évolution c’est basique. La théorie de l’évolution apprise à partir du collège en SVT est essentielle pour appréhender la place de l’humain dans le vivant. Pourtant, elle est très mal comprise et régulièrement instrumentalisée à dessein idéologique, voire interdite d’enseignement dans de nombreux pays, comme ce fut le cas dans plusieurs états des USA jusqu’à très récemment et en Turquie depuis quelques mois. Il est donc nécessaire de rappeler les bases.

Simple. La théorie de l’évolution n’est PAS qu’une hypothèse qui vaut n’importe quelle autre explication.

En langage scientifique la « théorie » est le stade le plus sûr et vérifié face à un problème donné. Pour qu’une théorie soit crédible elle doit être confrontée aux faits sur une longue durée, ce qui est le cas pour la théorie de l’évolution. La théorie de l’évolution a régulièrement été démontrée comme la plus probable que l’on connaisse et l’entièreté des recherches actuelles se font dans son sens au grand dam des lobbys religieux.

Basique. L’Homme ne descend PAS du singe.

L’Homme comme tous les animaux ne descend de rien. En fait, il n’existe pas de rupture dans l’évolution, on est donc incapable de déterminer à quel moment nous serions passés du singe à l’homme. Pour être plus clair : Si je donnais la main à mes parents qui eux même donnent leurs mains à leurs parents et qu’ainsi on remontait sur des millions d’années, il serait impossible de dire à partir de qui nous sommes devenus des hommes.

Ce sont la plupart du temps des micro-variations du génome* sur des millions d’années qui ont provoqué les changements observables. Même si il peut y avoir des changements « brutaux » entraînant des modifications sur l’espace d’une ou 2 générations seulement  (cf. hypothèse des équilibres ponctués de Gould et Elredge), ces modifications restent mineures à l’échelle globale. Il n’y a donc pas les Hommes d’un côté et les « singes » de l’autre.

De même, cet état de « singe » est aussi éloigné de nous que des chimpanzés. Autrement dit, les chimpanzés sont aussi évolués que les humains. Enfin, pour battre en brèche cette représentation on peut ajouter que ni les différentes espèces humaines qui ont existé ni les singes ne descendent du « singe ». Nous avons un ancêtre commun, encore inconnu, situé vers 6 à 7 millions d’années, un « primate » sans doute arboricole mais qui n’était pas un singe au sens commun du terme.

évolution

La représentation classique ci-dessus est très erronée, ou en tout cas elle induit en erreur. L’homme n’est pas la suite « logique » d’un singe. Cette image ne montre pas qu’à chaque étape de l’évolution de nos ancêtres communs de nombreux autres embranchement sont imaginables et existent ! Ainsi plusieurs espèces humaines ont coexisté, Néandertal et sapiens pour les 2 plus récentes (présence des deux espèces simultanément il y a 40.000 ans). Ce dessin est également faux et semble indiquer que l’évolution signifie être plus grand, plus beau, plus intelligent, bref meilleur… Or comme l’on a vu, l’évolution c’est une adaptation, il n’existe donc pas de « logique » vers laquelle l’Homme tendrait indéfiniment.

Simple. Les Hommes SONT des animaux / Les Homme ne sont PAS les plus évolués.

D’abord, les hommes sont biologiquement des animaux (ou métazoaires). Les métazoaires constituent, en classification du vivant, l’ensemble des animaux.

Ils répondent donc à des conditions : ce sont des êtres eucaryotes (avec des cellules comportant un noyau et plusieurs autres éléments dans la cellule), pluricellulaires, hétérotrophes (besoin de ressources extérieures pour vivre) et généralement mobiles.

Nous sommes donc des animaux, à la différence du règne végétal (qui fait également partie du vivant) et d’autres règnes (fungi ou bacteria). La similitude génétique avec les chimpanzés, gorilles et orang-outans semble indiquer une proximité génétique avec les autres primates, signe de notre appartenance au règne animal au même titre que les autres animaux.

Deuxième point, nous ne sommes pas les plus évolués, il n’est pas possible d’être « plus ou moins évolué », ceux qui ne sont pas adaptés disparaissent par la sélection naturelle.

D’un point de vue global (sur le long terme) tous les êtres vivants sont « les plus évolués » possibles par rapport à leur environnement. Autrement, ils ne seraient pas vivants. Toutes les espèces vivantes ont des ancêtres qui ont subi la sélection naturelle (ou sélection domestique dans le cas des céréales par exemple). Ainsi, dans deux environnements différents l’ancêtre commun du chimpanzé et du genre homo (dont est issu l’homo sapiens sapiens) a subi des contraintes naturelles et de reproduction qui ne font survivre que les plus adaptés dans chacun des environnements. La nature sélectionne donc des génotypes** spécifiques. Nous nous sommes donc adaptés de manière différente mais pas « plus vite » ou « mieux ».

De manière globale, on ne peut pas évoluer plus rapidement ou mieux puisque c’est l’environnement qui conditionne l’évolution. Ainsi, sur le temps long tous ceux qui ne meurent pas sont les plus/mieux évolués. D’ailleurs la phylogénie*** ne représente pas les trajectoires évolutives comme une ligne qui tendrait vers l’homme mais plutôt une arborescence avec à chaque fin de branche une espèce.

Nous sommes conditionnés à nous penser supérieurs. Or, biologiquement un ver de terre actuel est aussi évolué qu’un humain dans son propre environnement. Voici une représentation beaucoup plus respectueuse de la théorie de l’évolution :

évolution 2.jpg

De façon plus vulgarisée on peut aussi imaginer une représentation tel que :

évolution 3.jpg

Il est intéressant de noter que ces représentations en « buissons » sont présentes dès les travaux de Darwin en 1859.

Voilà ce qu’est la théorie de l’évolution. Une théorie qui décrypte pourquoi chaque espèce a telle ou telle caractéristique. Elle démontre que sur le temps long l’environnement modifie le bagage génétique de chaque espèce. Par différenciation des génomes* on obtient des espèces, toutes aussi évoluées, et qui ne descendent pas l’une de l’autre.

Cela montre bien que l’argument de l’intelligence est, selon moi, un prétexte pour conserver et justifier la discrimination qu’est le spécisme.

En revanche, le débat autour de la nature humaine englobe une autre dimension. Celle de l’âme, de la conscience et des idées. Est-il légitime de penser l’être humain comme supérieur et/ou différent du reste du règne animal ?

C’est ce que tente de déconstruire l’antispécisme en défendant l’idée que la discrimination entre espèces n’est pas justifiée au même titre que le racisme et le sexisme [NDLR : retrouvez la tribune de Enzo sur l’antispécisme ici].

Si l’on admet que l’humain est une espèce plus intelligente que les autres (principe qui est très critiqué aujourd’hui), cela suffit-il pour discriminer selon l’espèce ? Si l’on prend un point de vue spéciste il est correct de dire, « Je pense que l’humain est plus intelligent donc nous sommes supérieurs ».

Néanmoins, trois arguments peuvent s’y opposer :

– En premier lieu, un problème de définition, qu’est-ce que l’intelligence ? C’est une question que même les spécialistes n’ont pas tranché.

– Le deuxième contre-argument est un constat : l’argument du manque d’intelligence a justifié le sexisme et le racisme pendant des siècles, sans aucune base scientifique correcte.

– Enfin celui des « cas marginaux » (= terme utilisé dans la littérature scientifique dans le domaine de l’éthique). Les cas marginaux sont les humains qui ne font pas la preuve de leur intelligence à cause de lourds handicaps. Un humain dans le coma démontre moins d’intelligence qu’un chimpanzé. Cela justifie-t-il qu’on le traite moins bien qu’un chimpanzé ? La réponse est évidemment non. Cela montre bien que l’argument de l’intelligence est ,selon moi, un prétexte pour conserver et justifier la discrimination qu’est le spécisme.

Pour aller encore plus loin, les scientifique semblent aujourd’hui se tourner vers l’intelligence végétale. A l’heure où les spécialistes parlent de neurobiologie végétale, où on sait que les plantes communiquent, s’entraident… est-il légitime de penser l’homme supérieur aux végétaux ?
Ainsi, Vincent d’Almeida, paléontologue ayant évolué en prof de SVT, qui a participé à cet article, recommande chaudement « la Foire aux dinosaures » et « Et Dieu dit  » Que Darwin soit ! « : science et religion, enfin la paix ? » de J. Gould afin d’affiner votre avis sur le sujet.


Petites définitions :
* Génome : Ensemble du matériel génétique, c’est-à-dire des molécules d’ADN, et de certains ARN, d’une cellule.
** Génotype : Ensemble des caractères somatiques ou psychologiques qu’un individu ou une espèce reçoit par transmission héréditaire et qui sont véhiculés par les gènes. En gros , l’ensemble des propriétés de ton corps qui sont produites par tes gênes.
*** Phylogénie : La phylogénie caractérise la filiation des espèces au cours de l’évolution et, par extension, les relations de parenté entre espèces.

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