Au secours, Hollywood coule : les supers-héros et les franchises d’abord.

Y a-il un pilote dans Hollywood, Il faut sauver le soldat Hollywood, etc, de nombreuses options de titres étaient évidemment viables mais celui que j’ai sélectionné, au delà des nombreuses métaphores aquatiques réchauffées qu’il va me permettre de faire, m’autorise à poser certaines questions. Notamment y a t-il un iceberg ou Hollywood s’est sabordé ? Aura t-il droit à un canot, une bouée ou même une frite en caoutchouc ?

A l’échelle de l’Art, le cinéma est relativement récent, et le fait qu’il se soit développé et structuré aux USA, comme une industrie dès le départ, a eu et continue d’avoir des conséquences sur son fonctionnement, sur ce qu’il produit et comment il le produit. De là à dire que les logiques commerciales ont pris l’ascendant sur les logiques artistiques, il n’y a qu’un pas que j’éviterai de franchir grâce à la parade du « c’est plus compliqué que ça ». Je vais plutôt vous proposer un panorama général en m’attardant sur certains détails du paysage.
En ayant très peu à carrer des conventions et autres formalités syntaxiques, ce décorticage ne se fera pas nécessairement dans l’ordre, donc si t’attendais une dissert de droit constit, déjà, ta vie est triste et ensuite tu peux cliquer sur la croix.
Sinon devient Alice in Hollywonderland et suis le lapin en retard dans le trou !

  • « Recherche inspi désespérément » ou l’originalité en déroute dans les rues de L.A

A la fin des années 70-débuts 80’s, des voix se sont élevées à travers la presse de la côte ouest (New York notamment) et au sein de l’industrie cinématographique, accusant Steven Spielberg et Georges Lucas d’avoir tué le Nouvel Hollywood et son esprit. Pour la faire courte, c’est une sorte de Nouvelle Vague U.S, inspirée à la fois par les cinéastes européens (français et italiens notamment) et la contre culture des 50-60’s, avec la volonté claire de rentrer dans le lard de la bien-pensance U.S tout en redéfinissant les codes de mise en scène, d’esthétique, etc alors en vigueur. Un mouvement qui verra émerger des chefs d’orchestre (Scorcese, Ford Coppola, De Palma et les deux brigands prè-cités), et des chefs d’oeuvre (« Little Big man » et le sujet piquant des amérindiens, « Bonnie and Clyde » et son esthétisation de la violence, etc). 30 ans plus tard, si son esprit continue à infuser le cinéma U.S indépendant, force est de constater que la bataille est perdue, notamment parce que Stevie et Georgie ont crée une ADM (arme de divertissement massif) impossible à contrer.

Pour revenir à nos deux compères, les sorties des Dents de la mer en 76 / Star Wars en 77 vont donner naissance à un modèle qui va redessiner en profondeur l’industrie du cinéma : le blockbuster

Bien sûr, gros budgets et gros succès ont toujours fait partie d’Hollywood, mais ici, c’est la diffusion à échelle nationale et les campagnes de promotion qui caractérisent cette nouvelle poule aux œufs d’or. Les studios vont chacun se créer progressivement, un agenda de blockbusters, choisissant comme période idéale, pour que le public et les sorties s’agglutinent aux portes des cinémas, fin avril-début septembre. Or, désormais, cette « saison du blockbuster » s’étend quasiment de janvier à décembre, les studios abreuvant les spectateurs de nouveaux opus presque en permanence, transformant les multiplexes en fast-food de l’image.
Mais cette déferlante d’effets spéciaux ne laisse que peu de temps de respiration au cinéma indépendant U.S comme les films de studio qui seraient plus confidentiels ou plus intimistes que des Robots géants qui se transforment en rasoir Wilkinson entre deux explosions spermatiques d’un Michael Bay mécanophile. Peu d’air mais également peu de moyens. Prenez les 50 films les plus chers, sans prise en compte de la valeur des devises selon l’inflation (sinon j’ai tort en fait donc regarde vraiment pas), près de 30 ont été réalisés dans les années 2010 et les ¾ voir les 4/5 ont été réalisés au 21 ème siècle. Un blockbuster qui coûtait 80 millions dans les années 90 était déjà conséquent, aujourd’hui c’est le budget shampooing de The Rock. « Mais pourquoi les budgets ont il explosé à ce point ? », eh bien Corentin, c’est très simple, les fonds verts et les interview avec Angot et Moix, ça coûte bonbon (intellectuellement notamment)

Les progrès technologiques des 90’s, ont permis l’intégration de nombreux plans / d’images de synthèses (CGI : computerly generated imagery) dans les blockbuster, et leur part n’a cessé de croître, jusqu’à donner naissance à des films tournés entièrement sur fonds verts (Sin City, 300) ou à des créatures humanoïdes littéralement calquées sur des êtres humains (La planète des singes, Avatar, etc).

Le coût de ces derniers reste néanmoins une question délicate à traiter, car cela dépend du nombre de plans en CGI, l’ampleur de ces derniers, le découpage selon les séquences ou les personnages, la présence de doublure numériques, etc. Ce que je peux vous dire en revanche, parce que je suis pas totalement un escroc, c’est qu’ils occupent une place importante dans les productions actuelles. La massification et la démocratisation des NTIC et de l’accès à internet met chacun à portée de clic des studios et de leur stratégie marketing. Youtube, Facebook, etc soit autant de canaux pour permettre à chaque film une certaine exposition, une certaine visibilité en plus des méthodes traditionnelles (interview télévisuelles, tournée promotionnelle à travers l’Europe et désormais l’Asie).

Mais si tous les studios ont accès à cette visibilité, comment se distinguer et comment attirer le spectateur, comment convaincre le consommateur que mon produit vaut plus qu’un autre ? La réponse est simple, il faut occuper l’espace, stimuler les synapses et immerger l’utilisateur dans la promotion . En bombardant notamment le web de teaser de 5 secondes composé de money shots (plans généralement plus coûteux que ceux du reste du film). Ou en conviant des chroniqueurs internet et des journalistes de médias numériques aux projections-tests (des avants-premières pour des échantillons-tests ou des « professionnels » de la presse et du cinéma) qu’ils fassent indirectement la pub du long-métrage en question en donnant leurs avis sur Twitter / FB / Google + (nan jrigol cé un réso 2 pouyeux). Et occuper l’espace est devenu d’autant plus primordial que la survie des studios repose en grande partie sur une poignée de poids lourds cinématographiques sensés leur garantir une certaine santé financière.

En effet, après la figure du blockbuster, vient celle du Tentpole soit la vache à lait, la poule aux œufs d’or, le tamanoir à fourmis , en clair, des films aux budgets pharaoniques (entre 250 et 350 millions de dollars) aux couvertures publicitaires gigantissimes et aux ambitions démesurées (entendre : un braquage au box office et un passeport pour le panthéon du cinéma et de la pop culture). Dans l’industrie « récente » (-d’1 siècle) du cinéma, l’arrivée du Tentpole a coïncidé avec le développement des premières grosses franchises hollywoodiennes du début des années 2000, soit la série des Matrix / pirates des caraïbes / Fast and furious, etc. Et les studios se sont engouffrés dans la brèche sans billet retour car désormais la franchise est devenue la frite en mousse qui les empêche de boire la tasse

Miser sur une marque connue, un univers et des personnages établis et familiers du grand public, c’est réduire les risques financiers et augmenter les chances de faire péter le champagne. Ces dernières années ont donc vu la multiplication de tentatives de franchises, d’établir des futurs univers à explorer, etc, mais les ¾ ont fini dans les abysses de la mémoire cinéphilique. Cette ruée vers l’or a pris un aspect dégénératif lors de l’arrivée de 2 paramètres : les Young-adult movies et les films de comics. Le premier vous les connaissez, il s’agit de saga mettant en scène des jeunes gens confrontés à des situations extraordinaires, et qui devront affronter maints dangers et maints adversaires dont leurs hormones. La liste est longue donc on se contentera des poids lourds, entre Twilight, Hunger Games, le Labyrinthe, etc.

Mais pour chaque gros succès young-adult, combien de machine à cash tuées dans l’oeuf ? Combien de « Les âmes vagabondes », de « the mortal instruments : la cité des ténèbres » ou de « Sublimes créatures » ? Ce dernier représentant un des plus beaux bides, avec 65 millions de budget et 20 millions au box office US, si jeune et déjà tant endetté…le défaut majeur de ces productions, en le disant poliment, c’est de prendre les spectateurs pour des cons en leur offrant des histoires aussi balisées qu’un triathlon pour aveugle. Bien sûr, vous pourriez répondre qu’Hollywood pratique ça depuis des décennies, et vous auriez raison. Seulement, les clichés ou les carcans habituels sont revisités, permutés, parfois moquées de manière méta, mais ici, ils sont purement photocopiés et copiés-collés, des produits manufacturés qui font passer l’envie d’y goûter tant ils sont prévisibles. Une caractéristique familière au deuxième

D’ailleurs, on ne le présente plus, tant il parasite nos écrans tel un science-piste donnant son avis sur tout et (surtout) n’importe quoi sur les réseaux sociaux (#tmtc #ShereKhan #tigrou). Attention, je ne suis pas raciste de ces films, j’ai moi même un ami super-héros très bien intégré, mais la réussite du modèle commercial de Marvel a poussé les studios à construire leur propre caravelle pour aller explorer les rivages du nouveau monde, pas pour apporter les lumières de leur civilisations, mais pour piller de juteux filons financiers.

Pour faire simple, Marvel a planifié l’expansion de son univers cinématographique en le découpant en phases, alternant entre les films en solo, les liant avec des intrigues / personnages communs, et les films en équipe qui tournent chaque page. Seulement voilà, trop pressés qu’ils sont d’être pétés de thunes, les studios ne réfléchissent plus en termes de temporalité ou de cohésion scénaristique mais simplement en terme de vitesse d’exécution. Plus vite l’univers sera installé, plus vite l’on pourra enchaîner les suites, les spin-off et autres prequels.

C’est d’ailleurs la stratégie entreprise par Disney avec Star Wars depuis le rachat de LucasArts en 2012, avec le spin-off de Han Solo censé sortir cette année. Mais sacrifier cette cohérence sur l’autel du profit, c’est faire un produit plutôt qu’un film et paradoxalement suivre une logique commerciale ne constitue pas une garantie de retour sur investissements. L’exemple le plus flagrant serait sans doute la maison d’édition DC, en partenariat avec Warner.Bros, principale concurrente de Marvel dans le monde de l’édition. Son naufrage actuel constitue presque un cas d’école tant il a été fulgurant. En termes financiers déjà. Les 2 plus gros films de l’univers jusqu’à maintenant soit Batman vs Superman et Justice League auraient coûté en tout, en comptant les budgets marketing près de 800 millions, pour un box office de près de 1,5 milliards, soit un ratio frôlant 2, là où un film doit dépasser les 2,5 pour être rentable.

Au niveau artistique, nous sommes face à des œuvres bouffies et charcutées au montage, l’une débordant et vomissant des références à tous l’univers DCEU jusqu’à l’indigestion, l’autre tellement retournée, découpée puis recollée et tellement cabossée que même les Bogdanov l’ont pris pour leur 3ème frère. Les films n’existent plus comme des œuvres en soi, mais comme des rampes de lancement pour des suites potentielles, ne laissant plus l’histoire ni les personnages respirer, noyés par des litres d’expositions scénaristiques portant sur les futures aventures. Et ce syndrome dépasse aujourd’hui le cadre super-héroïque, car tout le monde veut sa part du gâteau quitte à mal copier la recette. « Le Roi Arthur, la légende d’Excalibur », « Warcraft » et aujourd’hui même les remakes sont assaisonnés ainsi, comme la tentative de relance d’Independance day resurgence qui a bidé comme jamais.

Rassurez vous, les films de super-héros sont encore très rentables et continuent de maintenir l’industrie sous perfusion à la manière des Westerns durant les 50-60’s, et ont encore de beaux jours devant eux. Mais en tant qu’amoureux transi du blockbuster, je ne peux que me questionner face à cette avalanche d’absence d’originalité et ce raz de marée de remakes servant d’oeillières à des cavaliers fous. Au vu de la fuite des auteurs, réalisateurs, etc vers les « oasis de paix » que sont Netflix et HBO, ou encore les outsiders au budget riquiqui mais aux succès déments (ex : Blumhouse produisant Get Out pour environ 5 millions et rapportant près de 200 millions), la réponse pourrait bien être problématique. Et si l’Asie, notamment la Chine, développe une véritable industrie cinématographique, servant son soft power, je peux vous garantir que les exécutifs hollywoodiens se mettront à parler mandarin !

J’aurais pu évoquer les scandales gangrenant Hollywood, des agressions sexuelles enfin abordées et en partie sanctionnées, à la pédophilie, cancer rongeant l’industrie en souterrain et qui ne va sans doute pas tarder à exploser également, ou du système français, cette « exception culturelle » , son rapport ambivalent au blockbuster et au cinéma dit « de genre ». Mais déjà y a pas la place et encore moins le temps, je suis épuisé et toi aussi j’imagine, alors que t’aies aimé ou exécré, manifeste toi et shalom-salam salut !

Le R

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