Hé ! Mademoiselle !

Lundi soir, 20h30, mes ami.e.s m’attendent à Paris, je suis sensée les rejoindre.

Mais je ne veux pas y aller toute seule. Je ne veux pas y aller toute seule parce que j’ai pas envie de prendre le RER seule le soir. Parce que je suis en jupe. Parce que je suis une fille. Et parce que c’est la nuit.

À chaque fois que je sais que je dois prendre les transports, je fais attention : Je ne mets pas de jupe, pas de talons.

Si je dois être en jupe pour un événement, je la mets dans mon sac et je me change sur place.

C’est la même chose quand je me promène dans la rue. Je m’adapte, je fais attention.

Je me souviens particulièrement d’un jour, en fin de Terminale. Il faisait beau, et chaud. Mais sachant que j’allais dans le centre-ville, à coté de la gare, et pleins de « gros lourds », j’ai mis un pantalon. Un pantalon beige, accompagné d’un débardeur blanc avec un hibou dessus. Je pensais ainsi être tranquille pour mon trajet.

Peine perdue.

Une voiture m’a klaxonnée, une autre s’est arrêtée, le conducteur me proposant de monter et je me suis fait sifflée et interpellée.

Juste parce que j’étais là, une fille dans la rue.

« Hé mademoiselle ! Vous êtes charmante ! T’as un 06 ? »

Chers collègues masculins,

Peut être avez vous déjà proféré de telles phrases à l’encontre de quelques filles dans la rue.

Peut être y avez vous déjà assisté sans réagir.

Peut être avez vous déjà pris la parole contre ces harceleurs du quotidien.

Mais cela ne vous a jamais été adressé. Car vous êtes nés garçons. Je suis née fille.

Et être née fille, cela signifie que avant 14 ans, on aura déjà été traitées de conne, de salope de pute et de bien d’autre choses par les garçons. Mais c’est « juste pour rire« , un truc que les garçons font.

Etre née fille, cela signifie que dès la puberté, dans une période où ton corps change et que tu as du mal à t’accepter, tu commences à entendre des onomatopées sur ton passage.

Être née fille, cela veut dire affronter dès que tu as l’audace de mettre un pied dehors, les regards insistants, les mots blessants et les gestes indécents. Que l’on soit en jupe, en short, en jean, en jogging du dimanche ou même en combinaison de ski.

Être née fille, cela veut dire ne pas pouvoir faire un mètre sans se faire apostropher.

Être née fille, c’est ne pas oser mettre des jupes dans le métro de peur de se faire coller la main aux fesses par un étranger et de sentir tous ces regards lubriques qui parcourent vos jambes vos fesses et vos seins.

Ces regards qui scrutent, plein de désir malsain toutes les parcelles de ce corps souvent non accepté. Ces regards qui vous font baisser la tête, accélérer le pas et changer de trottoir.

Baisses les yeux, tais-toi, ravale ta colère. Fais semblant d’être au téléphone, d’écrire un sms, de ne pas entendre à cause de la musique dans tes écouteurs… on essaye toutes les techniques vous devriez peut être en essayer une : nous laisser tranquilles.

Parce que le parcours d’une fille vers son travail ne doit pas être un 3000m steeple avec obstacles.
Parce que les compliments c’est comme les bonbons : quand ça vient de quelqu’un qu’on aime bien c’est chouette quand ça vient d’un inconnu chelou dans la rue on n’en veut pas.
Parce que avec les filles c’est pas comme dans Pokémon Go, le but ce n’est pas de les attraper juste parce que tu les croises.
Parce que c’est pas la femme de ta vie que tu croises à chaque coin de rue, c’est la femme de SA vie. Et qu’elle devrait pouvoir sortir sans avoir le sentiment de ne faire que traverser un territoire dominé, revendiqué par les hommes ou sans avoir l’envie de porter une armure complète.

Je me suis posée une question plusieurs fois et je suis sure que nombreuses sont celles qui ont fait de même : est-ce que ça marche ? La réponse doit surement être négative sans quoi ils auraient fini par abandonner.

Est-ce que une fille une fois s’est arrêtée et à dit « Ah merci pour le compliment je fais de la gym en ce moment c’est bon pour les muscles fessiers » ?

Ou encore « Oh mais oui bien sur ! Mon numéro c’est le 06 57 68 69 04 » ?

Mais aussi « Est ce que je suce ? Oui mais seulement si tu retournes. » ?

Ou encore « Oh mais oui bien sur allons boire un verre et puis après on ira sauvagement baiser à l’arrière de ma voiture«  ?

Non. Jamais. Et pourtant le harcèlement continue. On continue à se sentir comme des morceaux de viande fraîche. Encore et encore.

On nous dit de pas mettre de jupes trop courtes, on nous dit de se faire discrète, on nous dit de pas trop se maquiller sinon ça fait pute, on nous dit de pas jouer, on nous dit que c’est de notre faute, on nous dit de cacher nos seins, cacher nos jambes et comme ça nous serons tranquilles. Mais au lieu de nous éduquer pour ne pas que nous nous fassions harcelées, on devrait les éduquer eux les harceleurs à nous respecter.

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