Le sang de tes règles ou l’encre de ta plume

Tous les mois du sang coule de mon vagin. C’est rouge, mon corps entier me blesse, je me sens faible.
Par chance, je suis née en France, dans un milieu aisé, et j’ai l’opportunité de me soigner et de me protéger pendant cette période difficile. Alors je mets une coupe menstruelle pour empêcher ce sang de couler sur mes vêtements. D’autres iront au supermarché acheter des protections hygiéniques peu hygiéniques et surtaxées. Puis je prends un médicament, ou deux, ou trois, parce que cette douleur est forte. Et si vraiment, ça ne va pas, je resterais me reposer chez moi.

Mais les autres, elles font comment?

Les réfugiées, les sans domicile, les femmes rurales, les femmes incarcérées, les moins aisées. Celles qui finalement n’ont pas les moyens de se soigner ni d’acheter des protections hygiéniques à 4€ par mois. Beaucoup d’entre elles ne se protègent pas, ou se protègent mal en utilisant du tissu, du papier journal, ou même de la boue afin d’absorber le flux sanguin. Vous l’imaginez bien, cela engendre de nombreuses infections. En plus de cela, beaucoup d’entre elles souffrent en silence, ne peuvent se soigner, et ne peuvent parler des problématiques liées aux règles à cause du tabou mondial instauré autour de cette variation physiologique que la moitié de la population vivra, vie, ou a vécu. Ainsi, certaines jeunes filles pensent qu’elles souffrent d’une maladie car personne ne leur explique ce que sont les règles.

Dans l’Inde rurale, 2 jeunes filles sur 10 sont absentes de l’école parce qu’elles ont leurs règles (ONG Plan India). De la même manière, 1 jeune africaine sur 10 ne va pas à l’école lorsqu’elle a ses règles (Unesco). J’ai rencontré ces jeunes filles. Ça peut paraître absurde, mais les raisons de leur absentéisme mensuel est finalement assez simple : tu ne peux pas te protéger, ce sang coule sur tes jambes, il n’y a pas de toilettes à l’école, tes camarades rient de toi, tu ne vas pas à l’école. Tu rates des cours à cause de tes règles, ce corps que tu ne comprends pas et que tu ne contrôles pas te fait honte. Finalement, tu n’arrives plus à suivre les cours. Oui, les règles sont la cause d’un sérieux décrochage scolaire. Le sang de tes règles t’empêche de faire couler l’encre de ta plume. Tes menstruations deviennent un frein à ta scolarisation.

Qui aurait cru qu’une si petite chose engendrerait un problème de si grande ampleur?

Le tabou des règles génère un problème économique, social, et sanitaire qui touche la moitié de la population.

Alors assez, assez de voir le corps des femmes maltraité, réifié, prohibé, discriminé. Le corps des femmes ne doit pas être un obstacle à la scolarisation. Mes règles sont naturelles, Mes règles sont belles, Mes règles sont rouges, Mes règles sont tous les mois. Le Washington Post a recensé 5000 euphémismes pour décrire les règles partout dans le monde ! Si seulement on parlait ouvertement des règles, peut être que ces jeunes filles iraient à l’école. Il est temps que les femmes cessent de subir leurs périodes et commencent enfin à les vivre avec dignité.

Chanson d’un collectif australien, I got That Flow

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