Nicolas Sarkozy sur TF1 : le jeu des 5 différences avec la vérité

Le jeudi 22 mars, Nicolas Sarkozy, tout juste sorti de sa mise en examen, était invité à s’expliquer sur le plateau du JT de TF1. Cette apparition télévisée a suscité des réactions variées.

Si le débat sur la sincérité de l’ancien Chef de l’Etat fait rage, et les opinions divergent, il semble qu’il n’y ait pas de doute possible face au fact-checking. De nombreux articles de presse et allocutions télévisées ont permis de démêler le vrai du faux à la suite de ces intenses vingt minutes.

En voici donc un petit résumé, en cinq points, pour ceux qui n’auraient pas eu le temps de s’y pencher !

  • 1. Nicolas Sarkozy n’était pas à Paris le 26 janvier 2007… INCORRECT

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On commence par l’une des affirmations les plus connues et disputées du passage télévisé.
« Le 26 janvier, je n’étais pas à Paris, j’étais en Poitou-Charentes. »
Aussi étonnant que cela puisse paraitre, Nicolas Sarkozy a menti sur un fait très facilement vérifiable. Ce qui a d’ailleurs été fait dans les heures suivantes, avant d’être largement relayé sur les réseaux sociaux. En effet, ce jour-ci, il est apparu sur un reportage France 2 ; il assistait alors aux obsèques de l’Abbe Pierre à Paris. Next ?

  • 2. Le document produit par Mediapart en 2011 est un faux… INCORRECT

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Un bref rappel, d’abord : ce fameux document, qu’il cite a de nombreuses reprises, est une note datée de 2006 qui a été publiée en 2012 par Mediapart. Son fond ? Un accord de principe, signe par le chef des services secrets extérieurs libyens, Moussa Koussa, stipulant le versement de 50 millions d’euros en faveur de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy.

Un document dont la véracité a été violemment contestée de Nicolas Sarkozy, qui a assigné Mediapart en justice. Dans l’un des passages les plus retenus de son allocution télévisée, celui-ci sort une feuille qu’il cite. « Un document judiciaire, signé par les officiers de police judiciaire qui ont enquêté sur le document Mediapart », précise-t-il. Dans ce passage, il est stipule qu’il existerait « une forte probabilité pour que le document de Mediapart soit un faux ».
Or, l’enquête a été conclue par un non-lieu en 2017 : il n’a pas pu être prouvé qu’il s’agissait d’un faux matériel. Le document cite provient donc probablement d’enquêtes préalables, qui ont depuis été largement démenties par la Justice.
« Tout le monde sait que c’est un faux ! Et je précise que les deux prétendus signataires du document Libyen, M. Moussa Koussa et M. Bachir Saleh, ont tous les deux dit de la façon la plus formelle que ce n’était pas leur signature et que ce document était un faux. ».
Ici, il ne s’agit pas d’un mensonge mais plutôt d’une imprécision. Interrogé sur le sujet, M. Moussa Koussa n’a pas affirmé que c’était un faux mais que ce n’était pas sa signature… Malgré que l’origine et le contenu du document soient vrais.

  • 3. Les accusations envers Nicolas Sarkozy ont commencé en mars 2011, a la veille de l’intervention française pour renverser le régime Libyen. INCORRECT

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Cette déclaration sous-entendrait l’existence d’un complot mis en place par le clan Kadhafi a son encontre. Une rhétorique dont il a d’ailleurs usé et abusé durant sa prise de parole sur TF1.
« Ça a commencé quand ? Les Français doivent savoir. Le 10 mars 2011, je recois les opposants de Kadhafi a l’Elysée. Le 11 mars, M. Kadhafi commence à parler du financement de ma campagne. Jamais avant il n’en avait dit un mot. »
En 2007, quatre années avant que la guerre éclate, des preuves avaient en réalité été consignées sur un carnet appartenant à Choukri Ghanem, l’ancien ministre libyen du pétrole. Il avait noté à la main une partie des versements effectués au Président de la République ainsi qu’a ses proches.
Le petit détail qui n’en est pas un ? Choukri Ghanem a été retrouvé noyé pendant l’entre-deux-tours de la campagne présidentielle. Une mort qualifiée de « hautement suspecte » par les services de renseignements américains.

  • 4. Nicolas Sarkozy décrit Takieddine comme un « sinistre individu » et un « menteur ». OUI MAIS…

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Ziad Takieddine, un puissant marchand d’armes franco-libanais, a déclaré avoir remis en main propre 5 millions d’euros, en provenance direct de la Libye, à Nicolas Sarkozy. Cette accusation résulte d’une relation devenue tendue entre les deux hommes.
Cependant, il faut rappeler qu’avant ces événements, il était un proche collaborateur du clan Sarkozy. M. Takieddine avait servi d’intermédiaire dans divers dossiers franco-libyens a partir de 2005… Et avait invité les amis proches du Président en vacances sur son yacht.

  • 5. La présidence de Nicolas Sarkozy n’a jamais favorisé les intérêts du régime Libyen. Elle a contribué à le renverser. OUI MAIS…

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L’ancien Chef de l’Etat a semblé indigné des accusations proférées a son égard par la Justice : « On indique que j’aurais été compromis de façon passive de façon à favoriser les intérêts de l’Etat et du régime libyen. C’est une monstruosité ! »
Pourtant, cette accusation ne parait pas irrationnelle. Rappelons-le, la France de Nicolas Sarkozy n’a pas toujours été hostile au régime de Kadhafi. En décembre 2007, elle l’avait reçu en visite officielle et conclu avec lui des accords d’armement importants. Cette visite hautement controversée, ironie du sort, avait eu lieu le jour de l’anniversaire de l’adoption par les Nations Unies de la Déclaration universelle des droits de l’homme…

S’il incombe à la justice la lourde tâche de continuer son travail d’investigation au sein d’un dossier de 25 tomes, cette allocution a eu le don d’agacer bon nombre de magistrats. Evelyne Sire-Marin, magistrate et vice-présidente du TGI de Paris déclarait la semaine dernière à France Info : « Quand on n’a pas réussi à convaincre les juges, on peut essayer de convaincre l’opinion publique ».
Ces raccourcis, imprécisions et mensonges risquent pourtant de ne pas jouer en la faveur de l’ancien Président de la République, dont la cote de confiance frôlait à peine les 20% lors de sa dernière année de mandat.

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