Parcoursup : un APB sélectif ?

Le 13 mars dernier a été close la procédure de choix des vœux sur la nouvelle plateforme d’accès à l’enseignement supérieur français, Parcoursup, qui remplace la plateforme Admission Post-Bac. Le nouveau système est le reflet des réformes de sélection à l’entrée de l’université introduites par le gouvernement LRM qui font débat au sein du monde politique comme de la vie étudiante. Le syndicat étudiant UNEF a d’ailleurs basé sa campagne de représentation étudiante dans les universités sur une position antisélection.

  • Mais qu’est ce que ces réformes signifient concrètement ?

Tout d’abord, bien évidemment, il en résulte que les lycéens ne seront plus égaux face à l’entrée dans les filières auparavant « non sélectives », c’est-à-dire les universités publiques. En effet, l’essence-même de la réforme réside dans le fait qu’au lieu de traiter le problème du nombre excessif de demandes dans certaines filières (STAPS, Droit, Psychologie…) en utilisant des algorithmes sélectionnant les candidats au hasard, les universités auront maintenant la possibilité de sélectionner leurs candidats à partir de critères prédéfinis. Ce débat entre hasard et sélection est essentiellement le débat récurrent dans notre société, c’est-à-dire entre une société basée sur l’égalité des chances et une société méritocratique.

  • Comment fonctionne le nouveau système Parcoursup ?

Chaque étudiant inscrit a le droit d’émettre 10 vœux et 20 sous-vœux, contre 24 vœux avec le système APB. Ceci à la différence près que contrairement au fonctionnement d’APB, les candidats n’ont pas à classer leurs choix, ce qui en soit est une bonne chose dans la mesure où avant, l’étape de classification des vœux représentait souvent un véritable dilemme pour les étudiants. Avec Parcoursup, ils doivent seulement indiquer une préférence qui ne sera en aucun cas transmise aux établissements mais permettra d’orienter des étudiants qui n’auraient pas eu de formation à l’issu du processus de sélection vers des études qui se rapprocheraient le plus possible de leurs préférences.

  • Que cela change-t-il pour les étudiants ?

Pour eux, cela signifie bien plus de démarches et de documents à remplir. En effet, il est maintenant obligatoire pour chaque formation, même les facultés, de rédiger une lettre de motivation de 1500 caractères maximum, sauf indication contraire. En plus de cela, certaines formations demandent un CV assez classique, ce qui effraie des lycéens généralement peu en contact avec la vie active. Evidemment, les bulletins de première et de terminale seront pris en compte.

Pour l’entrée en fac, la lettre de motivation est elle aussi obligatoire. Bien évidemment, au vu du nombre important de dossiers attendus, les premiers dossiers choisis seront départagés sur la base du bulletin et des notes dans certaines matières particulièrement regardées par les universités.

Par exemple, les facultés de droit recherchent chez leurs futurs étudiants une certaine « aptitude à la logique ». Par conséquent, les notes en sciences économiques et sociales en filière ES et en mathématiques en filière S auront une importance particulière dans l’examen des dossiers de candidature dans cette filière. La lettre de motivation, ainsi que le CV, permettront de départager les candidats ex-aequo sur la base de la motivation, mais aussi de la conception d’un projet professionnel clair et informé. Les présidents des universités ont aussi spécifié qu’ils accorderaient beaucoup d’importance à la connaissance de leur formation par les étudiants, étant donné qu’une connaissance approfondie de la formation reflète logiquement une réflexion quant à son choix.

La filière d’origine va-t-elle compter ? Si techniquement elle ne devait pas être trop prise en compte, les universitaires ont bien spécifié qu’à notes égales dans une matière, le candidat choisi serait celui provenant de la filière dans laquelle la matière en question serait la plus approfondie.

Le 12 mars dernier, le Sénat a voté de justesse un amendement sur la loi « pour une République numérique » qui permet aux établissements d’enseignement supérieurs de ne pas renseigner explicitement les algorithmes qui seraient utilisés pour départager les étudiants. En effet, le gouvernement avait voté dans cette loi un article permettant le « secret des délibérations ». Cependant, le Sénat, arguant que le problème de non transparence posé par APB n’était pas résolu avec Parcoursup, a voté un amendement pour faire en sorte de permettre la connaissance par les candidats de la façon dont les algorithmes vont être réalisés. Bien entendu, avec Parcoursup un jury universitaire va aussi être mis en place pour rendre la sélection plus « humaine » en quelque sorte. Mais bien que le vote de la loi ait été retardé, la majorité LRM à l’Assemblée Nationale met en danger la survie de l’amendement voté par le Sénat puisqu’en dernier recours, c’est l’Assemblée Nationale qui tranchera.

Finalement, le débat qui traverse la société semble loin d’être clos, car si la mise en place d’une sélection à l’entrée de l’université apparaît comme plus juste envers les excellents élèves qui avec le système APB se voyaient parfois refuser leur choix ; la tradition d’une société de « l’égalité des chances » et de la « seconde chance » semble s’opposer à cette réforme fondamentalement structurelle. C’est donc bien tout le système français qui est remis en question par le gouvernement LRM, qui semble bien décidé à aller au bout de la réforme malgré l’opposition étudiante.

Le vote de la loi relative à la protection des données personnelles est donc loin d’être entériné, et le texte de loi sera bientôt soumis à une commission mixte paritaire qui tentera d’en finir avec un débat qui divise la société depuis près d’un an. Finalement, le conflit semble finalement se résumer à l’opposition entre « secret des délibérations » et droit de connaissance des principaux concernés…

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