La procrastination, ou comment un mécanisme cérébral va gâcher mes études.

Ô rage ! ô désespoir ! ô paresse ennemie ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette insomnie? Minuit quinze, j’entame la rédaction d’un exposé. On pourrait croire que je traverse une semaine un peu chargée, ou que j’ai juste décidé de travailler à cette heure tardive, mais ce n’est pas le cas. Il est minuit quinze, et j’entame mon seul exposé de la semaine, pour demain. En réalité, la “paresse” n’est pas un terme adéquat pour décrire ma situation, et je préfère parler de “procrastination”.

Qu’est-ce que la procrastination?

Si l’on en croit Wikipédia, la procrastination est « une tendance à remettre systématiquement au lendemain des actions (qu’elles soient limitées à un domaine précis de la vie quotidienne ou non). Le “retardataire chronique”, appelé procrastinateur, n’arrive pas à se “mettre au travail”, surtout lorsque cela ne lui procure pas de satisfaction immédiate. ».

Si on peut donner une définition de ce phénomène, il est toutefois difficile de l’expliquer. Les différentes études menées sur les procrastinateurs montrent que cette tendance est très probablement provoquée par des évaluations différentes du système effort/récompense.

Par exemple, si on demande à un procrastinateur d’effectuer une action qui lui demande un effort, il préfèrera la remettre au lendemain, son système de récompense considérant que la difficulté de l’effort diminue avec le temps. La procrastination serait donc due à une forme de défaillance du système de récompense, et serait explicable avec des notions de biologie. Cependant, les chercheurs qui travaillent sur la procrastination ne la voient pas comme une fatalité, et pensent que les tendances à procrastiner évoluent en fonction du temps.

En fait, la procrastination touche tout le monde, mais de manière plus ou moins forte en fonction des gens et du temps.

Témoignage d’un procrastinateur « hardcore »

Le fait que ces scientifiques considèrent qu’on peut sortir de la procrastination me rassure. La procrastination est un véritable enfer pour ceux qui la subissent. Du moins dans le cadre d’une société où le travail est une valeur centrale.

Pour commencer, chose évidente, la procrastination fait perdre du temps. Beaucoup de temps. Elle retarde en effet toute tâche importante au profit d’autres tâches; moins importantes voire complètement inutiles, comme traîner sur internet par exemple. Les algorithmes des “réseaux sociaux” sont d’ailleurs prévus pour cela: capter l’attention des utilisateurs, et stimuler leur système de récompense. Si on a déjà tendance à procrastiner, naviguer sur des plate-formes “sociales” ou “de divertissement” est un catalyseur de procrastination.

Alors, on se retrouve face à un choix: continuer à procrastiner, ou essayer de se libérer de ces catalyseurs de procrastination. Le premier est simple: on continue à perdre son temps, et à retarder son travail. Le second est plus compliqué: comment se libérer des réseaux sociaux qui se rendent indispensables? Comment mettre en pause facebook sans rater des messages privés et les posts des assos? On peut, mais ça demande des efforts; ceux-là même qu’on cherche à éviter. Enfin, comme le remarquent les chercheurs, il n’est pas rare que la procrastination soit associée à d’autres troubles psychologiques et traits de caractères “négatifs”: ennui systématique, impulsivité, faible estime de soi, apathie, et surtout, troubles de l’attention et de la concentration, dont la plupart des procrastinateurs sont particulièrement atteints.

Tous ces éléments, à dissocier de toute forme de “flemme” spontanée, donnent lieu à un travail intellectuel de moins bonne qualité, fait en moins de temps que possible, dans l’urgence et en fonction de “pics d’énergie” qui motivent la réalisation de ce travail. Mes travaux sont en général bouclés une heure avant que je doive les rendre, et mes examens révisés de la veille au soir pour le lendemain.

J’ai de la chance, car j’arrive à m’en sortir avec ce mode de travail, mais beaucoup de gens sont en échec scolaire ou professionnel à cause de la procrastination.

Conclusion(s)

Pour le moment je n’ai pas trouvé de moyen parfait de sortir du cercle vicieux que représente la procrastination. J’ai cependant développé des petites techniques, listées dans cette conclusion de manière non-exhaustive: des plugins pour navigateurs désactivant certains sites internet, organiser son emploi du temps à l’avance et de manière très précise, s’engager auprès des autres sur le travail qu’on compte fournir à un moment donné, apprendre à connaître ses besoins en termes de pause pendant l’effort, bien dormir, faire du sport.
En attendant de trouver un remède “miracle”, une évolution positive ou une reconnaissance et une prise en charge médicale adéquate de la procrastination, ces méthodes peuvent aider à ne pas entamer ses exposés la veille de leur production, à minuit quinze.

Pour aller plus loin:

Article de Sciences et Avenir sur la procrastination
TED talk “Inside the mind of a master procrastinator – Tim Urban” (en anglais)
Article du Monde “Pourquoi remettons-nous souvent les choses au lendemain?”

PS: Cet article a été écrit sur deux mois, preuve que même ici, la procrastination pose problème.

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