Cannes 2018: le festival des femmes?

8 mois après l’affaire Weinstein, la vague de libération des femmes dans le milieu cinématographique se fait peu à peu ressentir au Festival de Cannes, ce dont ce dernier a bien besoin.

«Les femmes ne sont pas une minorité dans le monde» affirmait Cate Blanchett et Agnès Varda le 12 mai à l’occasion d’une montée des marches exclusivement féminine lors de la 71e session du festival.

L’observation menée par l’association « Deuxième Regard » présente des chiffres alarmants à propos de la participation féminine dans le fameux festival cannois et plus généralement dans le monde du cinéma. L’étude du collectif 50/50 pour 2020 sur la place des femmes dans la compétition officielle du Festival de Cannes nous apprend que la proportion des réalisatrices sélectionnées en compétition officielle à Cannes n’a jamais dépassé 20% (malgré une légère augmentation ces dernières années). En effet, seuls 82 films sur 1727 films sélectionnés depuis 1946 ont été réalisés par des femmes, soit un total de 5%. Plus grave encore seule 2% des palmes d’or et 7% des grands prix ont été remportées par des femmes depuis 1980.Une autre préoccupation se focalise autour de la direction des festivals qui est 100% masculine avec à sa tête Thierry Fériaux, délégué artistique et directeur général depuis 17 ans.

On observe cependant une sensible amélioration pour ce qui est du jury avec la nomination de Cate Blanchett comme 12e présidente du jury du Festival. Si la monopolisation masculine du monde du 7e art est indéniable il est néanmoins important de jeter un œil sur les efforts qui sont entrepris pour réduire cet écart.

Le cinéma a une puissance énorme en terme de transmission d’une certaine vision du monde, et du rapport hommes-femmes. C’est par ailleurs un milieu qui regroupe un nombre phénoménal de femmes qui sont malheureusement peu reconnues pour leur travail comme l’indique l’éloquence des chiffres qui précèdent. Ainsi le combat visant à promouvoir l’égalité et la parité au sein du cinéma a une importance primordiale sur l’image des femmes dans le monde.

C’est pour toutes ces raisons que l’association Deuxième Regard choisit d’utiliser la renommée du festival pour alerter les esprits sur cette grave question de représentation des femmes dans le monde du cinéma. Le but de ce réseau est donc de « soulever les stéréotypes de genre dans le cinéma et militer pour l’égalité hommes-femmes dans l’industrie ».

Fondée en 2013, avec la signature d’une Charte pour l’Égalité entre les femmes et les hommes dans le cinéma, signée par Aurélie Filippetti (alors Ministre de la Culture), Najat Vallaud Belkacem (alors Ministre des Droits des Femmes), qui, ne nous méprenons pas, ont fait la majeure partie de leur travail en signant un bout de papier et laisse à Frédérique Bredin (Présidente du CNC) et Véronique Cayla (Présidente d’Arte et Marraine de l’association) la charge de mettre concrètement en œuvre les objectifs fixés; cette association se revendique comme un laboratoire d’idées et un centre d’observation visant à informer et à sensibiliser à propos de cette question cruciale, mais a également pour ambition d’orienter la prise de décisions politiques pour améliorer la situation.

Le collectif « 50/50 pour 2020 » de l’association est entièrement dédié au festival de Cannes. Cette branche est à l’origine de la montée des 82 femmes le 12 mai 2018. Loin d’être anodin ce chiffre représente le nombre de films réalisés par des femmes invitées à concourir au sein du Festival depuis 1948. Cette montée des marches avait pour but de donner un coup de projecteur à cette problématique préoccupante mais surtout à l’inégalité salariale. 300 personnalités du cinéma, dont Tonie Marshall, Léa Seydoux ou Houda Benyamina (la réalisatrice de Divines) appartiennent à ce collectif dont le but est d’atteindre une égalité entre les hommes et les femmes dans le milieu du cinéma.

C’est dans cette optique qu’a été signée le 14 mai 2018 une charte pour la parité et la diversité dans les festivals de cinéma, d’audio-visuel et d’image animée. Le coté réjouissant de cette initiative réside également dans le fait que ce sont trois qui en sont à l’origine, à savoir Thierry Fériaux (délégué général du Festival de Cannes), Édouard Waintrop (Délégué général de la Quinzaine des réalisateurs) et Charles Tesson (délégué général de la Semaine de la Critique).

Cette charte s’engage à « genrer » les statistiques habituelles notamment concernant les films sélectionnés, à rendre transparente la liste des membres des comités de sélection et programmateurs, et enfin à tenir un calendrier de transformation des instances dirigeantes des Festivals pour parvenir à la parité parfaite.

Ce projet bien qu’aussi séduisant qu’Iris Mitternaere défilant sur la Riviera semble pour l’instant légèrement utopiste bien que plein de bonne volonté. Espérons que tout cela ne reste pas de l’ordre de la science-fiction.

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