Un été chez Ronald

Pendant que certains triaient des factures à Rueil (coucou Juliette) ou essuyaient les refus (coucou César), j’ai passé mon été à travailler à McDo, une expérience très enrichissante que je vais essayer de partager du mieux possible dans cet article.

Mon expérience à McDo a, on peut le dire, mal commencé. Rdv 9h le samedi 5 mai pour signer mon contrat, soit le lendemain du gala : sans surprise, j’arrive avec 45 minutes de retard avec une gueule de bois phénoménale et l’odeur de la bière qui me suit encore un peu. On a fait mieux comme première impression, je vous l’accorde. On pourrait me dire que je n’ai pas respecté ceux qui m’avaient embauché et qui m’attendaient pour me faire entrer dans l’entreprise. Je dirais que moi, au moins, je me suis pointé, puisque l’on me dit à 10h que la personne en charge de me faire signer mon contrat a en fait reporté mon arrivée au lundi, sans se donner la peine de me prévenir, bien entendu.

C’est ainsi qu’après quelques rebondissements, je signe mon contrat de 24h par semaine le lundi 7 mai, et après avoir regardé une vidéo sur l’hygiène, la sécurité et la sécurité alimentaire à McDo d’une durée de 30 minutes, on me lance dans le bain. S’ensuivent 4 mois de rushs, de paye pas terrible mais nécessaire, de clients malpolis et odieux, de ressentiment contre « les gens d’en haut », mais aussi, à ma grande surprise au vu des rumeurs que j’avais entendu sur les conditions de travail à McDo, de bons moments (souvent hors des rushs, mais parfois pendant), que ce soit avec les équipiers ou les managers.

Travailler à McDo, c’est d’abord apprendre un tout nouveau vocabulaire qu’une personne n’ayant jamais travaillé dans un fast-food aurait du mal à comprendre : « vas-y bump la commande » (c’est-à-dire l’effacer de l’écran), « envoyer les plateaux les gars » !! (Envoyer les sandwichs vers le comptoir), « plongez les gars plongez » (quand les clients se font de plus en plus nombreux, on plonge frites, nuggets, filets pour éviter les ruptures), et bien sûr le « attention c’est rentré », qui précède le « plongez les gars plongez », et qu’on entend au minimum 4 à 5 fois par rush. La prochaine fois que vous y mangez, vous entendrez forcément, si vous y faîtes attention, une de ces expressions. Vous aurez peut-être aussi la chance d’entendre « plus vite les gars plus vite », ou « putain mais t’es con » en fonction des managers, mais ça, c’est autre chose.

Au sein du restaurant, on distingue le Directeur, qui n’est présent que lors des gros rushs comme la fête de la musique ou les mercredis midis (sinon il travaille dans les bureaux McDo), les Managers (chemises blanches), les « Managers BTS » (les étudiants en BTS Management ayant choisi de faire leur alternance à McDo, chemises blanches également mais pas plus de 21 ans), quelques « Équipiers à Responsabilité », et enfin, au bas de l’échelle, nous, les « Équipiers Polyvalents » (certains en 35H, d’autres en contrat étudiant, en CDI 24h/semaine, etc). Après s’être changé, les équipiers regardent le « football », pour voir où le Manager de shift les a placés.

Pendant les rushs, il n’y a généralement pas de surprise, puisque les managers nous mettent aux postes où l’on est le plus efficace. En ce qui me concerne, j’ai passé la plupart des rushs en caisse, en service à table (apporter les plateaux aux clients), mais surtout, à la gestion des flux. Concrètement, la gestion des flux, c’est accueillir les clients, parfois les aider sur les bornes, les mettre sur la droite lorsqu’ils ont payé et attendent leur commande, envoyer à l’étage ceux qui mangent sur place et ont un beeper. Bref, vous l’aurez compris, ce n’est pas le poste le plus difficile, mais c’est tout de même un des plus ingrats, puisque à la gestion des flux, on est en contact direct avec le client, et quand quelque chose ne va pas (commande inexacte par exemple) c’est toi qui prend.

Pendant mes 4 mois à McDo, j’étais en formation comptoir, c’est-à-dire que j’ai été « formé » à tous les postes à l’avant du McDo, comme les frites, les boissons, les desserts, la caisse et le piano (assemblage des commandes), et je n’ai donc pas été formé en cuisine. J’étais aussi un « closer », c’est-à-dire que je travaillais le plus souvent jusqu’à la fermeture du restaurant (23h). A la fin de ces 4 mois, je dirais que travailler à McDo, ce n’est pas pour tout le monde, parce qu’il faut être vif, apprendre très vite à faire plusieurs tâches à la fois, et surtout, ne pas être susceptible, et gérer son stress et la pression : les « plus vite plus vite plus vite » pendant les rushs sont légions, on m’a même plusieurs fois dit d’encaisser plus vite (alors que le temps que le client met à aligner ses pièces pour payer son Big Mac, vous en conviendrez, ne dépend pas de moi …). Ne pas être susceptible aussi, puisque certains équipiers ont reçu des remarques du genre « J’ai hâte que tu te fasses virer » (l’équipier en question est effectivement parti quelques semaines plus tard, départ dont tout le monde était au courant plusieurs semaines avant puisque la personne à l’origine de cette remarque a « involontairement » fait fuiter cette information), mais aussi « putain mais t’es nul » ou encore « t’es mignon mais t’es con ».

Il y aussi beaucoup de rumeurs sur le travail à McDo, l’entreprise de restauration rapide étant souvent associée à une exploitation physique et psychologique des salariés.

Tout d’abord, il n’est pas rare que les managers s’énervent contre les équipiers ou leur disent d’aller plus vite dans la tâche qu’ils ont à accomplir : il faut savoir que le manager n’a besoin que d’un seul coup d’œil sur un écran pour savoir si l’équipier fait bien son travail, puisque à McDo, sans surprise, tout est « timé » : à partir du moment où le client valide sa commande sur la borne, les équipiers en cuisine ont un certain nombre de secondes pour réaliser la commande, tout comme l’équipier aux boissons ou celui aux frites, et même celui à la caisse, sous peine que leurs écrans soient dans le rouge. Il leur arrive donc de perdre leur calme parce que les équipiers dont ils ont la charge ne font pas des bons temps ou des produits de mauvaise qualité.

Beaucoup d’équipiers ne supportent pas qu’on leur dise, voire qu’on leur crie d’aller plus vite, ce qui a engendré, en partie, de nombreuses démissions au cours de l’été (une quinzaine en juillet, une dizaine en août). C’est de là que viennent surement les rumeurs d’une certaine « exploitation psychologique » à McDo, puisque les équipiers en question ont continué à travailler jusqu’à ce qu’ils n’en puissent vraiment plus de McDo. Une équipière a même quitté son poste après qu’un manager lui ait demandé de « ne pas pleurer devant les clients » (elle venait de rompre avec son copain).

De manière générale, les managers et la direction ont une faible considération envers les équipiers. Un équipier ayant travaillé le soir de la finale de la coupe du monde s’est par exemple vu demander de faire des heures supplémentaires jusqu’à la fermeture du restaurant, alors qu’il finissait de base à 21h. Ayant refusé, la direction pour le « punir », l’a mis en close tous les jours pendant les 3 semaines suivantes (alors qu’il est quand même venu travailler ce soir-là, contrairement à de nombreux autres équipiers, dont moi !) Il faut aussi souligner qu’à McDo, presque personne n’est licenciée : on fait tout plutôt pour que l’équipier mauvais démissionne, quitte à l’humilier en public. Un équipier s’est ainsi fait insulter de « cassos », « boloss », etc pendant les 2h de rush, parce que d’une part il avait fait une erreur, mais surtout parce que la direction voulait et veut toujours qu’il parte.

Il arrive aussi parfois qu’on travaille avec des superviseurs, des personnes travaillant à McDo pour inspecter les restaurants. Sauf que comme dans toute entreprise, on s’habitue avec les personnes avec qui on travaille : j’ai par exemple adapté ma conduite et mon attitude à la manageuse qui crie, à celui qui met la pression pour rien, à celui qui nous laisse une grande liberté du moment que le travail est fait. Par contre, quand ces superviseurs se pointent, il faut absolument s’habituer à leurs manières de faire, sinon on se fait réprimander.

Le plus important pour faire face à la manière dont les équipiers sont traités, c’est de ne jamais se taire, et toujours répondre, de la manière la plus calme possible. Si un équipier se fait insulter en public devant les clients, il doit répondre (même si cela n’arrive que peu souvent, cela dépend encore une fois des caractères et des personnalités de chacun) pour d’une part se faire respecter, et éviter que cela se reproduise, et d’autre part, pour rappeler à l’équipe dirigeante que la relation hiérarchique n’excuse pas le manque de certaines règles de civilité (surtout que c’est gênant pour eux s’ils se font réprimander devant les clients par un équipier). Une cliente a même dit à un équipier devant le directeur de ne pas se laisser faire parce que « vous avez des droits ».

Mais c’est beaucoup trop facile de critiquer le comportement des managers sans comprendre les raisons, et je dirai même les justifications, de leur frustration et de leur énervement : le métier de manager à McDonald’s est à mes yeux l’un des métiers (voire le métier) les plus difficiles dans l’entreprise dans le sens où ils sont tenus responsables de chaque échec pendant leur shift : on attend du manager McDo qu’il gère tout, alors que leur réussite ne dépend en grande partie pas d’eux.

Le manager de shift place les équipiers à leurs postes mais ne peut pas faire tout à leur place et si l’équipier en question est un boulet, les temps sont mauvais et c’est le manager qui prend : la frustration et la pression sont donc maximales pour les managers, sans compter les nombreux aléas et imprévus qu’ils doivent gérer, parfois en plein rush (un client qui paye deux fois à la borne parce qu’aucun ticket n’est sorti, une cliente qui casse une chaise et renverse son plateau sur elle, etc.). Une manager a même pleuré et craqué en plein rush, après que le directeur l’ait appelé en plein shift pour lui dire qu’après avoir consulté les écrans (qui étaient tous dans le rouge), il voyait qu’elle ne remplissait pas les objectifs : il peut le penser, mais je ne pense pas que lui dire cela en plein rush ait contribué à améliorer les temps de services.

Cela m’amène à parler de la « direction », et par cela j’entends « les gens d’en haut », ceux qui viennent de manière ponctuelle au sein du restaurant et travaillent majoritairement dans les bureaux. C’est ces personnes-là qui mettent une grande pression sur les managers. Si vous saviez combien de fois j’ai insulté ces personnes (dans ma tête, bien sûr …). La plupart du temps le soir, pendant des rushs à 5 équipiers McDo contre 80 clients, pensant à eux, qui devaient être tranquillement chez eux alors que c’est à cause de ces mêmes personnes qu’on se faisait rusher puisqu’ils n’avaient pas daigné mettre plus d’équipiers en ces périodes de vacances, afin de faire un maximum de profit.

Les plannings d’été ont donc été catastrophiques, même si la faute ne revient pas entièrement à McDo au vu des nombreuses démissions, ce qui veut dire que les petits rushs des soirs d’été se sont transformés en travail non-stop pendant 2h30, avec des équipiers occupant jusqu’à 4 à 5 postes à la fois. En ce qui concerne la mise en place des plannings, elle dépend du chiffre d’affaires prévu (la direction accorde un certain nombre d’équipiers au manager de shift en fonction des prévisions des recettes) et des chiffres d’affaires de l’année N-1 (c’est-à-dire que les prévisions du 3 juillet 2018 se sont faites par rapport aux chiffres réalisés le 3 juillet 2017). Or, entre-temps, le McDo de Saint Germain-en-Laye a connu d’importantes rénovations, attirant davantage de monde, et rendant de ce fait les prévisions plus difficiles, et donc les rushs plus difficiles.

Malheureusement, il n’y a pas que les plannings d’été qui ont été catastrophiques : avec honnêteté, l’équipe de direction et les managers sont compétents en ce qui concerne la gestion même du restaurant. Par contre, au niveau administratif, je ne trouve pas d’autre terme que le mot lamentable : un équipier a par exemple pris des congés payés, validés par le directeur en personne en tête à tête, mais à son retour on lui a demandé où il était ! Il se trouve que la feuille de congés payés a été perdue ou a été mal transmise, et ça aurait pu mal se passer si l’équipier en question n’était pas allé voir le directeur pour lui rappeler qu’il n’avait pas « déserté » son poste mais qu’il était juste parti en vacances.

J’ai aussi bien rigolé quand fin juin, je remplissais une feuille de congés sans solde pour 4 misérables petits jours de vacances fin juillet : or, une semaine avant mon départ en vacances, je vois que je suis inscrit sur le planning pendant la semaine où j’étais censé être absent. On me dit alors que mes congés ont été refusés. Sympa d’avoir prévenu les gars, surtout qu’il y a une case exprès sur la feuille des demandes de congés « validation du directeur ». Heureusement, se rendant compte de leur faute (celle de ne pas m’avoir transmis l’information), j’ai pu prendre mes 4 jours de repos. Bref, de l’avis de tous les équipiers McDo à qui j’ai parlé, l’administratif et la transmission des informations sont un des gros points noirs à McDo.

Pendant la rénovation du McDonald’s de Saint Germain-en-Laye, les employés McDo étaient envoyés au McDo de Montesson, où on leur avait dit qu’ils ne feraient pas de « closes » parce qu’ils habitaient loin et qu’il y aurait même une navette pour ramener les équipiers travaillant à Montesson à Saint-Germain-en-Laye. Aucune de ces deux promesses n’a bien sûr été respectée. Le/la déléguée du personnel à McDo avait d’ailleurs annoncé aux équipiers que ces derniers ne devraient travailler à Montesson que 10 jours, et ils toucheraient le chômage en attendant la réouverture du McDo de Saint-Germain-en-Laye. Certains ont dû travailler pendant 4 mois à Montesson.

Plus grave que l’administratif et la pression constante à McDo, j’ai subi, au moins de juin, un abus de pouvoir de la part de la direction. Je suis loin d’être le seul au vu de ce qu’on entend dire sur McDo, mais cela ne rend pas ces pratiques acceptables pour autant. On m’a en effet obligé (et pas demandé) à travailler le soir de la fête de la musique, soir de grande affluence pour McDo. Or, il se trouve que la fête de la musique tombait un jeudi, pendant mes jours de repos. Je parle d’abus de pouvoir puisque je cite mot pour mot ce qu’on m’a dit : « si tu viens pas jeudi, tu fais pas partie de l’équipe ». Or, à ce moment précis, j’étais encore en période d’essai, et ce jusqu’au 7 juillet.

Quoi qu’en dise le contrat de travail, les salariés et les employeurs ne sont pas égaux, comme j’en ai fait l’expérience ce jour-là. Cette phrase aurait très bien pu dire « si tu ne viens pas, t’es pas solidaire avec les autres équipiers », mais moi, dans le contexte qui m’était propre, je l’ai interprétée comme « si tu ne viens pas, on ne renouvelle pas ta période d’essai ». Coïncidence ou non, j’ai reçu ma convocation pour la visite médicale deux jours après, validant ainsi ma période d’essai. Enfin, il m’apparaît important de souligner que les équipiers McDo dénoncent, bien plus que les conditions de travail, le manque de reconnaissance de l’entreprise, de la direction et des managers à leur égard. Je prends ici l’exemple d’un équipier à qui on a fait sauter sa prime parce qu’il n’avait pas repassé sa chemise : les managers et la direction oublient d’un seul coup tous les services rendus, tous les soirs où on est resté plus longtemps que nos heures prévues pour que leur rush se passe bien, et ne retiennent que le soir où tu t’es pas pointé ou le jour où ta chemise n’était pas repassée.

Enfin, le dernier gros point négatif de McDo, c’est la formation. Pourquoi ? Parce que concrètement, il n’y en aucune. Le mardi midi 8 mai (deuxième jour de travail), on m’a mis aux frites en m’expliquant maximum 45 secondes comment ça fonctionnait. Et encore, on ne m’a pas tout montré, j’ai dû apprendre plein de choses par moi-même ou demander à des équipiers à côté. Du coup, j’étais forcément nul, et celui qui a instinctivement un don naturel pour faire des frites McDo de qualité tout en étant pas en rupture (pas assez de frites par rapport aux commandes), promis, je lui paye son Domac. Comme j’étais lent, je n’ai pas salé une seule fois les frites pendant les 3h de rushs. Sorry. Et encore, je m’excuse à moitié, parce que je ne prends pas toute la responsabilité ; si on m’avait formé et expliqué correctement comment ne pas être en rupture, j’aurais surement pu saler les putains de frites.

Désolé aussi si vous avez mangé des glaces à l’allure dégueulasse le 7 mai, c’est ma faute aussi. Si vous êtes en cuisine, vous aurez forcément des brûlures les premiers jours. Pire que de ne pas former, « les équipiers déjà bons » peuvent être méprisants. Ok, c’est chiant de former les nouveaux, j’en ai fait l’expérience en Septembre et franchement je comprends. Mais aller jusqu’à dire « oh nan la flemme putain, tu ne veux pas te le coller stp ? ». Sympa, vraiment sympa, ça met tout de suite à l’aise. De mon avis, les managers et la direction n’ont pas à se plaindre du fait qu’un équipier est nul, puisque c’est en partie leur faute si un équipier n’a pas été bien formé. Mais à la fin de mes 4 mois à McDo, je savais tout faire au comptoir, même les postes où je n’ai jamais été formé. Parce qu’à McDo, il faut se former soi-même (c’est ce qui est attendu de nous du moins) en observant, en posant des questions pendant qu’il n’y a pas de rushs : on ne m’a jamais montré comment faire les salades ou être au piano, j’ai appris en observant.

Enfin, et promis, j’en finis avec les points négatifs à McDo, quelque chose qui m’a bien énervé mais aussi bien fait rigoler pendant mes 4 mois à McDo, c’est les publicités mensongères que l’on voit sur FB ou Instagram mettant en avant le travail d’équipe à McDo. Même les managers rigolaient avec nous quand on regardait les vidéos ensemble. A croire parfois que le Community Manager n’a jamais mis les pieds dans un McDo. Ce qui ressort le plus de ces vidéos, c’est que travailler à McDo, c’est travailler en équipe. C’est en partie faux, et en partie vrai. Faux parce que le système McDo pendant les rushs, c’est du travail à la chaîne : chacun a un poste et répète les mêmes gestes pendant 2h sans quitter son poste.

Le bruit aussi : à mon deuxième jour, plusieurs équipiers me regardent en souriant en me demandant si j’ai bien dormi la nuit dernière : ils savaient tous qu’en m’endormant, j’entendais encore le bruit des Timers des frites. Comme évoqué plus haut, TOUT ce que fait l’équipier à McDo est minuté. Surtout, un travail d’équipe suppose à minima solidarité et entraide si l’équipier fait face à des difficultés. Pendant les rushs, c’est généralement chacun pour soi, et si l’équipier fait une erreur, il fait dysfonctionner toute la machine McDo. Mais je maintiens que cette vision de McDo comme travail à la chaîne est en partie fausse, puisque en réalité cela dépend des équipiers et des managers : certains managers préfèrent que l’on reste coûte que coûte à son poste, tandis que d’autres n’hésitent pas à aider les autres dès qu’ils n’ont eux-mêmes rien à faire (par exemple personne à encaisser), et là on peut vraiment parler de travail d’équipe. Mais ça ne plaît pas à tout le monde : je m’étais fait réprimander par le directeur en personne pour avoir osé dépasser mes fonctions en aidant celle qui plongeait les frites alors que j’étais Runner frites (et que donc je pouvais facilement revenir à mon poste …).

Mais plus que les plannings foireux de la direction, ce que j’ai détesté par-dessus tout à McDo, c’est les clients. Ayant passé la majorité de mon temps à McDo en contact avec les clients (caisse, gestion des flux,…), j’en ai vu de toutes les couleurs : à ce connard qui nous a engueulé parce que soit disant on avait oublié 2 Big Macs, 1 Mcflurry et d’autres choses, alors qu’avec le nouveau système, on sait si oui ou non des produits ont été oubliés (puisque tout se fait à la commande …), les clients qui ne se mettent pas sur la droite « parce qu’ils sont bien ici à gauche ». A ce client qui me claque des doigts pour que je nettoie sa table. A ces clients qui viennent à McDo et qui se plaignent de devoir commander aux bornes « on perd l’humain » (tu t’attends à quoi en venant à McDo aussi).

A celui à qui on a oublié une frite et qui me demande dans le plus grand des calmes « Ça mérite bien un sundae caramel ? ». A vous les sales, à qui on donne des plateaux pour manger, mais qu’on retrouve quand même du ketchup, des nuggets et des frites par terre et sur les tables. A ce client qui dit dans le plus grand des calmes à mon manager « pourquoi ça prend trop de temps, faites-le travailler le Pak-Pak la bas ». A cette cliente qui se plaint que sa commande est froide, mais qui a mangé la moitié, parce qu’on avait passé 20 minutes à la chercher dans le McDo parce qu’au lieu d’inscrire sur la borne le beeper qu’elle avait pris, elle avait mis « le jour de son anniversaire » (on n’est pas à Starbucks merde). En tant qu’équipiers, on n’a malheureusement pas le droit de répondre aux attaques des clients, ce qui est hyper frustrant : il m’est déjà arrivé de revenir chez moi, à 23h30, sans pouvoir dormir tellement j’étais énervé contre un client. Et c’est tellement jouissif quand un manager répond et clash le client lourd, parce que d’une part on ne peut pas le faire en tant qu’équipier, et surtout c’est tellement rare.

Je me suis quand même fait plaisir pendant ma dernière semaine de travail, où j’ai embrouillé un client qui m’avait énervé de manière répétitive pendant 4 mois (il ne voulait pas se mettre à droite parce que « votre chemise est pas repassée », en le disant bien fort devant les managers ; il ne répondait pas quand j’appelais sa commande, préférant discuter avec ses potes, bref un connard). Ça valait largement les soufflantes que je me suis pris par les managers après avoir gueulé, mais je ne l’aurais sûrement pas fait si je n’étais pas à une semaine de la fin de mon contrat de travail.

Mais le pire du pire des clients, c’était le jour de la fête de la musique : les gens bourrés qui t’insultent parce que tu leur demandes de ne pas rester devant l’entrée ; travailler à McDo un soir de la fête de la musique, ça fait vraiment perdre foi en l’humanité : les gens sont malpolis et pire que tout, on aura beau faire un millier de marches pour le climat, si à notre échelle individuelle, on n’est pas assez civilisé pour ramasser ses propres déchets, je ne donne pas cher de l’avenir de la planète (avec 2 autres équipiers on a mis 1h entière à ramasser tous les déchets McDo, rien que sur la terrasse …).

Malgré tout, McDo ne comporte pas que des points négatifs : c’est aujourd’hui l’un des seuls métiers où tu peux commencer de « rien » (en tant qu’équipier) et finir cadre : le directeur a commencé à McDo il y a 25 ans en tant qu’équipier, sans diplômes, et aujourd’hui, en terme de nombre de zéros sur le compte en banque, on peut dire qu’il a réussi. C’est le cas de bien d’autres (comme la RH ou certains managers) même si aujourd’hui il est de plus en plus difficile de monter sans diplômes au sommet de la hiérarchie. McDo reste aussi une entreprise où l’on travaille avec des personnes issues de toutes les catégories sociales, et tous les âges, ce qui a été à mes yeux très enrichissant. Surtout, malgré tous les points négatifs que j’ai évoqué dans mon article, je garderai de mon expérience à McDo un bon souvenir, surtout grâce aux nombreuses fois où j’ai rigolé avec les autres équipiers ou les managers. De manière générale, travailler à McDo, c’est vivre McDo : on mange McDo et on reste souvent avec les autres équipiers McDo dans la salle équipiers.

En ce qui concerne l’hygiène, vous pouvez toujours venir manger au McDo de Saint-Germain-en-Laye sans problème : elle est impeccable, les procédures sont respectées par les équipiers et les managers n’hésitent pas à aller dire à un équipier s’étant juste gratté les cheveux d’aller se laver les mains. Toutefois, certains équipiers viennent travailler alors qu’ils sont malades (parce que la direction et les managers ne croient jamais les équipiers lorsqu’ils sont absents, même quand ils ont un certificat médical pour justifier leurs absences), et même s’ils se lavent les mains régulièrement, il existe toujours un risque de transmission des maladies.

Surtout, en sous-effectif, et même pendant les rushs, on n’a parfois pas le temps de se laver les mains (alors que les procédures stipulent qu’on doit se laver les mains au moins une fois par heure). Dans la même idée, rien de « périmé » n’est servi aux clients : les DLC (dates limites de consommation) des produits sont vérifiées chaque soir en close, des pains jusqu’aux muffins en passant par les chiffons utilisés pour nettoyer les tables. De plus, avec le nouveau système, tous les sandwichs sont faits à la commande : au moment où vous validez votre commande sur la borne, elle apparaît sur les écrans des équipiers qui commencent à la préparer : il est ainsi presque impossible que le sandwich soit froid, donc les clients qui se plaignent que c’est froid, Fuck You.

Enfin, il faut souligner qu’à McDo, il y a une importante division des tâches Hommes/Femmes. Il y a très peu de femmes en cuisine, la majorité sont au comptoir, peut-être parce que l’on considère encore que les femmes et  « leurs sourires » représentent un accueil davantage chaleureux que la présence masculine. Mais c’est surtout les remarques des managers et des équipiers qui peuvent choquer : en parlant avec un équipier au lendemain du match de la Coupe du monde Espagne-Portugal, il me sort « Ronaldo il est PD mais il est bon ». Ou encore, dans mes premiers jours de travail, à un moment où on m’avait mis aux boissons et desserts (alors que je ne savais toujours pas faire correctement les glaces), j’essaye de négocier avec le manager pour aller plutôt aux frites mais il me dit « nan les frites c’est pour les PD ».

Aussi si vous êtes une femme et que vous travaillez à McDo, il faut pouvoir supporter les blagues beaufs et les lourds, et si vous êtes un mec, il faut supporter les « arrête de draguer » quand t’encaisses ou que tu parles à une cliente. Pire, un manager a ouvertement dit à une fille qu’il avait besoin d’elle à l’étage pour accueillir les clients parce qu’elle était jolie : c’est un peu réducteur que de placer quelqu’un à un poste juste parce que cette personne est jolie. Ce genre de remarques n’est malheureusement pas propre à McDo, mais est davantage ancré dans les mœurs que dans l’entreprise elle-même. Durant notre premier jour de travail, McDo nous montre une vidéo de 30 minutes sur la sécurité alimentaire, et peut-être qu’il serait aussi utile de montrer une vidéo rappelant les bases du respect entre les hommes et les femmes pour éviter que ce genre de comportement ne continue.

J’aimerais finir par dire que cet article témoigne de mon expérience et de ma vision personnelle ainsi que des témoignages d’autres équipiers. 4 mois de travail à McDo ne suffisent pas pour comprendre dans toute sa splendeur le « modèle McDo », même si en 4 mois on peut déjà mettre le doigt sur ce qui ne va pas : je n’ai d’ailleurs écrit qu’à travers le point de vue de l’équipier, c’est donc un article totalement subjectif, et il se peut même que j’ai fait des erreurs d’interprétation.  

En ce qui me concerne, je ne dirais pas que j’étais un équipier modèle, puisque je suis souvent arrivé en retard (environ une dizaine de fois), et j’ai été absent quelquefois, dont un certain 15 juillet, mais je me considère quand même comme un bon équipier parce que je n’hésitais jamais à dépasser mes fonctions quand il n’y avait rien à faire à mon poste, ce qui n’était pas le cas de tout le monde. De mon expérience à McDo, j’en garderai donc un bon souvenir, principalement grâce aux autres équipiers avec qui je me suis bien marré.

Le plus important à McDo, c’est de s’accrocher ; personne ne vous tiendra la main pour que vous restiez, et le premier mois je ne pensais qu’à partir alors même que je n’étais pas aux postes les plus difficiles et les plus stressants. Alors si vous voulez un jour travailler à McDo, « venez comme vous êtes », sauf si comme certains clients, vous êtes malpolis, sales, et irrespectueux. Et j’espère, si vous êtes arrivés au bout de cet article, que la prochaine fois que vous irez manger à McDo, si vous voyez un client s’énerver contre un manager ou un équipier, vous prendrez leur défense, parce qu’eux ne peuvent rien dire et souvent rien faire.

Et si vous allez au McDo de Saint Germain-en-Laye, vous croiserez sûrement Hamady, Samira, Fahd, Patrick, Christelle, Adrien, Stephie, Mélissa, Scarlet, Djason, Anne, Steven, Clémence, Samya, Fabien, Omar, Marc, Aymeric, Clément, Fransisco, Iliès, Angel, Awatef, Mémoire, Dédé, Léo, Kévin, Vincent, Olga, Kévin, Bruno, Fabien, Ayoko et bien d’autres que j’ai oublié de mentionner, des prénoms qui ne vous disent rien, mais qui mériteraient qu’on souligne leur travail sans relâche pour vous servir de la meilleure manière possible.

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