La Fourchette

Méprisée, dénigrée, la fourchette fait partie de ces victimes quotidiennes de notre société. Chacun de nous est coupable de ses relations intéressées avec nos fourchettes à qui nous n’accordons pas même un regard.  Et dieu sait pourtant combien elle mérite notre reconnaissance ! Tous les jours, sans faillir, elle fait de nous des êtres civilisés.

Car la fourchette EST la civilisation. Elle a révolutionné les usages. Déguster plutôt que s’empiffrer, piquer avec nonchalance plutôt que de fourrer dans sa bouche, racler son assiette plutôt que la lécher goulûment… La fourchette est cet objet quotidien indispensable à la préservation de notre dignité. Puisque c’est elle qui fait de nous des citoyens civilisés, pourquoi ne pas lui reconnaître son importance politique ? Il est vrai que la fourchette a longtemps été l’instrument d’une certaine distinction sociale. Car cette fourchette, celle que vous jetez comme une malpropre dans la poubelle du Crous, est en réalité un objet de luxe, apporté par la Cour de Catherine de Médicis. Mais c’est là même que se trouve son pouvoir politique.

En effet, son usage s’est démocratisé d’abord lorsque Henri III s’est affiché dans son restaurant préféré en utilisant une fourchette, lançant un véritable phénomène de mode (et les débuts du métier d’influenceur, bien qu’Instagram n’existait pas à l’époque), puis au XVIII après la révolution française où l’on s’est empressé de produire des fourchettes révolutionnaires (un goodies indispensable qui a fait un carton dans cette gigantesque campagne de pub pour la révolution) ou n’apparaissaient pas d’armoiries des nobles familles. C’est donc une « fourchette pour tous » qui a vu le jour. Son usage s’est donc démocratisé, lui permettant de renouer avec ses origines paysannes puisque c’est en réalité une forcheta, (petite fourche) tout en permettant une civilisation croissante des populations (réduisant l’espèce des « gros porcs » à une minorité qui subsiste néanmoins).

Et pourtant, la fourchette, connue pour ses dents acérées, possède aussi un sombre visage. C’est « l’instrument du diable » violemment critiqué par le Clergé, celui qui va vous faire basculer du côté obscur de la force en vous incitant à commettre le PECHE de GOURMANDISE.

Alors, instrument du diable ou de la démocratie ? exhortation à basculer du côté obscur ou mission civilisatrice ? C’est à vous de choisir (mais choisir c’est renoncer, et je ne pense pas pouvoir renoncer un jour à la gourmandise, ce péché capital.)

Qu’elles soient en plastique, en argent, jetables, à trois dents, ou encore biodégradables (RPZ le Crous), au nom de celles qui nous accompagnent depuis nos premiers plats, FOURCHETTES DE TOUTES FABRIQUES, UNISSEZ-VOUS !

Il est temps de redorer nos fourchettes et de leur vouer un culte mérité ! RENDEZ A LA FOURCHETTE CE QUI EST A LA FOURCHETTE ! Chers couteaux, vous n’avez pas le monopole du cœur !

 

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