Après les cowboys et les super-héros, les films d’horreur seraient-il les prochains à disparaître ?

Le marché du cinéma est souvent cruel. Ce sont les genres filmiques qui marchent le plus qui finissent toujours par en pâtir à long terme.

Spielberg parlait déjà, en 2015, de cette « obsolescence programmée » qui avait et continuait de toucher le cinéma. Il évoquait notamment le cas des super-héros, en voie de disparition selon lui : « Bien sûr, les super-héros sont aujourd’hui vivants et prospères. Mais ces cycles ont une durée de vie limitée dans la culture populaire ». En effet, à la manière des animaux plusieurs genres sont déjà morts durant l’histoire du 7ème art. On peut penser au western qui ne revient qu’a de très rares occasions depuis « son extinction » à la fin des années 70. Les statistiques veulent que les blockbusters du types Marvel/DC finissent par suivre. En prenant en compte les facteurs de leur disparition, une question se pose : à l’approche d’Halloween, les films d’horreur sont-ils les prochains à s’éteindre ?

Tout d’abord, malgré sa longue existence le genre de l’horreur a encore beaucoup de mal à être pris au sérieux. Ses codes sont connus et depuis longtemps éculés : on sait que les personnages vont finir par se séparer, on sait (malheureusement) que c’est la minorité visible qui va mourir en premier, on sait que le méchant finit toujours par revenir pour faire rentabiliser le film avec des suites. Ce sont des règles imprimées dans la culture populaire et dont les films ont beaucoup de mal à se détacher. Les spectateurs prennent-ils du plaisir à voir des scénarios dont ils connaissent déjà l’issue ?

De plus, ce genre est considéré parmi tous les autres comme feignant : il privilégie les « jumps scares » au scénario et aux personnages, multiplie les « remakes » (« Evil Dead » en 2013, « Ça » en 2017 et encore d’autre en cours pour 2018), et arrive même à faire une réalisation paresseuse avec le « found footage » par exemple (film qui se passe à travers la vision d’une caméra de mauvaise qualité, qui a bien marché avec «Blair Witch Project» ou « Paranormal Activity », mais qui est devenu une excuse de réalisateurs pour faire un rendu de mauvaise qualité).

Le film d’horreur arrive dans une phase qu’on pourrait qualifier de « gavage commerciale ». On ne peut pas dire qu’en dix ans le nombre de films d’horreur ait drastiquement grimpé (à la manière des films de super-héros) mais ce qui est certain c’est qu’ils sont de plus en plus médiatisés. Ils s’accordent des campagnes publicitaires beaucoup plus chères et impressionnantes qu’avant : des ballons rouges accrochés à une grande partie des plaques d’égout de Sydney en vue de la sortie du film « Ça », des caméras cachées pour « the Conjuring 2 » largement relié par YouTube… On ne peut plus échapper à ce genre maintenant largement présent aussi bien sur Internet que dans le commerce.

Mais sont-ils pourtant de meilleure qualité ? Pas sûr… Le meilleur exemple de régression dans ce cas pourrait être le récent long métrage « The Nun » réalisé par James Wan et relié à l’univers du film d’horreur « The Conjuring » (sorti en 2013). Ce dernier était un film esthétique, bien joué et surtout qui réinventait le genre en imposant des scènes terrifiantes et originales. Pour autant les suites tombent dans le contenu facile et dantesque. Pour ce cas, « The Nun » est critiqué à cause de son scénario qui flanche et de ses scènes effrayantes qui sont considérées prévisibles et bruyantes. Pourtant le film a bénéficié de plus d’effets spéciaux et de plus de publicités. Et c’est peut-être là le problème : les films deviennent des « blockbusters » créés pour rapporter le plus d’argent possible (et ça marche, il n’y a qu’à voir le box-office).

Pourtant ce genre va-t-il être délaissé et mourir ? Si l’on se base sur les attentes sociologiques des spectateurs la réponse est non. La raison est que les défauts des films d’horreurs actuels que l’on a énoncés importent peu à ceux qui se décident à aller voir ce genre de film. Ils n’y vont pas pour être impressionnés par la performance ou l’histoire (même si c’est un « plus » incontestable), ils y vont pour avoir peur. Et ça n’importe quel long métrage d’épouvante peut le leur apporter.

Edward Lowry traduit bien cette relation cathartique entre le film et le spectateur : « aucun autre type de film ne dépend si profondément d’une relation sadomasochiste entre le public et le spectacle qu’est le film d’horreur. […] [le spectateur] crie, il se couvre les yeux, il rit aussi bien nerveusement que de façon dérisoire ». Le spectateur y va pour s’amuser, il se moque des clichés ou de l’aspect trop commercial, qui peut aussi avoir des avantages (expansion de l’univers horrifique). Le public n’est pas stupide, bien qu’attention, un mauvais film restera un mauvais film mais ça n’empêchera personne d’aller le voir, afin de passer un bon moment sans trop réfléchir et en laissant parler son instinct.

Grâce à cette vague d’amour pour ce genre, certains films se font une place dans la culture populaire et sont même récompensés (« Get out » remporte l’oscar du meilleur scénario original en 2018, « Grave » est nominé pour les César 2018). Ce genre évolue et grâce à plusieurs réalisateurs talentueux il s’exporte et nous fait même réfléchir sur notre société : « Get Out » nous questionne sur la culture du racisme, « Mother ! » nous alerte à propos du sort que l’on fait subir à la Terre… Alors même si ses codes restent encore un peu poussiéreux, le cinéma d’horreur est encore loin de mourir et c’est en grande partie grâce à l’aide de son public toujours fidèle et ouvert à son atmosphère unique. Alors pour octobre préparez vos places de cinéma ou vos comptes Netflix car vous n’avez clairement pas fini de frissonner…

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