Venezuela : quelle lecture de la crise ?

Le Venezuela connait aujourd’hui ce qui semble être la pire crise hyper inflationniste du XXIème siècle avec un taux d’inflation qui pourrait atteindre 1.000.000% d’ici la fin de l’année d’après une prévision du FMI. Si les difficultés socio-économiques et le climat politique tendu sont des éléments assez bien relayés médiatiquement, il peut être intéressant de se pencher sur l’analyse des causes de cette crise.

Le Venezuela est actuellement pris dans une spirale hyper inflationniste. L’économiste Philip Cagan définissait en 1956 l’hyperinflation comme une augmentation du niveau général des prix de plus de 50% par mois.

L’économie vénézuélienne repose essentiellement sur l’exportation de pétrole (près de 90% de ses exportations d’après l’OPEP). Cette manne financière est également la source privilégiée de revenus de l’Etat. La baisse du cours du pétrole sur ces dernières (malgré une accalmie ces derniers mois) a donc fortement pesé sur les finances du gouvernement Maduro, dès lors en situation de déficit budgétaire.

Pour financer ce déficit, le gouvernement émet de la monnaie via la Banque Centrale, ce qui nourrit fortement le phénomène d’inflation. Le problème central réside dans le fait que l’inflation réduit la valeur des salaires des individus, et donc la valeur réelle de leurs impôts. En souhaitant couvrir, son déficit, le gouvernement réduit donc de même sa capacité future à lever des impôts, ce qui accroit à nouveau son déficit, et donc la nécessité d’émettre encore de la monnaie.

Le phénomène d’inflation rend également le payement de la dette extérieure plus difficile lorsque celle-ci est en monnaie étrangère. Lorsque le bolivar baisse face au dollar, il devient d’autant plus difficile de se procurer des dollars pour rembourser ses dettes.

Les mesures du gouvernement pour contenir l’inflation se sont jusqu’à maintenant révélées inefficaces. Le gouvernement de Maduro s’est jusqu’à maintenant concentré sur l’ajustement du niveau des prix et des salaires. Cela n’a qu’un effet très limité car les agents anticipent l’élévation du niveau des prix à l’annonce d’une augmentation de salaire. Au final le fait d’indexer certains prix et salaires sur l’inflation accélère le mécanisme inflationniste.

Les difficultés rencontrées pour sortir de cette crise révèlent les faiblesses structurelles de l’économie du pays. La dépendance au pétrole a produit ce que l’on appelle le « syndrome hollandais » : la vente de matières premières fait s’apprécier la devise nationale (intuitivement si beaucoup de personnes achètent le pétrole vénézuélien avec des bolivares, le bolivar s’apprécie car la demande pour cette monnaie augmente). Cela a pour effet de casser la compétitivité des entreprises des autres secteurs, qui repose sur une monnaie faible pour exporter facilement.

A terme, si le fruit de la manne pétrolière n’est pas réinvesti pour développer d’autres secteurs d’activités, ces derniers tendront à perdre toute capacité à exporter, ce qui accroit d’autant plus la dépendance du pays aux matières premières pour générer des revenus.

Le Centre Régional de Stratégie Economique Durable livrait dès 2014 un constat cinglant sur l’économie vénézuélienne : l’Etat omnipotent s’est transformé en entreprise omnipotente via des nationalisations massives et le pays se situe dans le fond du panier dans les différents indicateurs de confiance et stabilité des institutions économiques Doing Business.

Des exemples régionaux de pays ayant connu une forte inflation existent. L’Equateur a par exemple lâché sa monnaie nationale pour utiliser le dollar après un pic d’inflation important il y a quelques années, néanmoins cela présente plusieurs désavantages du point de vue de la souveraineté monétaire et de la dépendance aux Etats-Unis.

Après la crise de 2001, l’Argentine avait quant à elle déclaré le défaut sur sa dette extérieure ainsi que sa pesification après sa restructuration. Cela a réduit logiquement le poids de la dette puisque l’Etat n’avait plus à se procurer des dollars pour rembourser ce qu’il devait.

Plus généralement, des réformes audacieuses semblent nécessaires pour enrayer le problème d’inflation. Cela passe tout d’abord par une réduction du déficit budgétaire, et idéalement la mise en place d’une banque centrale indépendante (comme c’est le cas en Union Européenne et aux Etats-Unis par exemple). On pourrait également souhaiter une réduction de la mainmise de l’Etat sur l’activité économique du pays : il semble évident aujourd’hui que le Venezuela n’a pas réussi son pari de proposer un modèle autre que l’économie de marché en administrant tout, l’impact de la fluctuation du cours du pétrole sur les finances du pays en est un exemple criant.

Ces différentes mesures permettraient d’établir des institutions plus saines et de rétablir une certaine confiance au sein du pays et des partenaires internationaux.

 

Pour aller plus loin

Rapport du CREES (en espagnol) : http://cedice.org.ve/wp-content/uploads/2014/06/Venezuela_CREES_03JUN2014.pdf

Page Banque Mondiale du Venezuela : http://www.worldbank.org/en/country/venezuela/overview#1

Article The Economist sur les cas d’hyperinflation : https://www.economist.com/the-economist-explains/2018/02/12/the-roots-of-hyperinflation

Article The Economist sur le Venezuela : https://www.economist.com/the-americas/2018/08/23/nicolas-maduro-tries-to-rescue-venezuelas-economy

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