Réfugiés climatiques : Quel horizon pour 2030 ?

Imaginons. Juin 2030, le United Nations High Commissioner for Refugees publie son rapport annuel sur l’année passée. En 2029, c’est la première fois qu’on estime les réfugiés climatiques à plus de 100 millions. En quinze ans, leurs nombres ont été multipliés par cinq. Et bien que les experts débattent encore sur la meilleure façon de compter et d’estimer le nombre de personnes déplacées, la plupart des estimations prévoient que leur nombre va encore doubler d’ici 2050.

Scénario malheureusement réaliste. En 2018, le statut de réfugié climatique est encore mal défini. Mais ce qui est sûr, c’est qu’avec le dérèglement climatique -et une situation qui ne semble pas s’améliorer- ils seront de plus en plus nombreux. Aujourd’hui déjà, les réfugiés climatiques occupent une place de plus en plus importante dans les migrations internes. Ces nouveaux déplacements accentuent les tensions et la compétition pour les ressources naturelles ou économiques, l’eau ou le logement dans des pays qui sont généralement en proie à leur propre crises politiques ou économiques. En effet, ce sont des pays pauvres ou “en voie de développement” qui seront le plus touchés, que ce soit par les catastrophes elles-mêmes ou par la charge d’accueillir ces nouveaux migrants.

Trois grandes zones correspondent à ces nouvelles crises. L’Afrique subsaharienne souffrira du réchauffement climatique, de l’aridification et d’une dégradation des sols. Certaines études montrent que depuis 1900, le désert du Sahara a progressé de 250km au sud. Un risque d’autant plus important que de nombreuses populations vivent dans ces zones menacées, et tirent leurs revenus de l’agriculture. D’autres régions, en Asie centrale ou au nord de la Chine sont menacées par cette progression. L’Asie du sud-est est-elle menacée par les tempêtes, l’inondation et la montée des eaux. L’impact de ces catastrophes naturelles, de plus en plus fréquentes et destructrices, est d’autant plus important qu’elles touchent des pays très peuplés où une large part de la population vit près des côtes. Enfin, la montée des eaux menace jusqu’à l’existence mêmes d’Etats insulaires en Océanie. Des Etats comme les Maldives, où la population vit sur des atolls très plats, pourraient être dramatiquement affectés voir détruits par une augmentation des températures de 3°C, qui conduirait à une hausse du niveau de l’eau pouvant aller jusqu’à quelques mètres.

Malgré ces préoccupations, la définition et le statut de ces “réfugiés climatiques” est encore vague voire inexistante. En 1985, une première tentative de qualification avait été envisagée : « toute personne forcée de quitter son habitation traditionnelle d’une façon temporaire ou permanente à cause d’une dégradation nette de son environnement qui bouleverse son cadre de vie et déséquilibre sérieusement sa qualité de vie ». Cependant, la grande diversité des facteurs et l’interdépendance qui poussent ces personnes à migrer, ainsi qu’une conscience écologique encore en développement rendent difficile de définir précisément ces personnes aujourd’hui ou d’évaluer clairement leurs nombres. La convention de Genève exclue dans sa formulation les réfugiés climatiques, puisqu’elle concerne ceux faisant l’objet d’une « crainte bien fondée de persécution ». Il y a donc aujourd’hui, entre autres mesures, un besoin de prendre en compte ce phénomène dans les textes, les institutions et le droit international.

En mars 2018, un rapport de la Banque mondiale, parfois salué comme étant le premier dans son genre, établit un état des lieux des déplacés climatiques. Le rapport estime à un peu plus de 140 millions les réfugiés climatiques en 2050, répartis sur trois grandes zones : l’Afrique subsaharienne, l’Asie du sud-est mais aussi l’Amérique du sud. Il dégage aussi des axes de solution : naturellement réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi investir pour quantifier et analyser ces migrations, et les inclure dans les plans de développement à l’échelle nationale ou globale. Une première étape assez simple mais qui témoigne d’une prise de conscience croissante de cet enjeu du XXIe siècle. Elle se conclue sur un message optimiste : si l’on si prend maintenant, le nombre de réfugiés climatiques estimé en 2050 pourrait être réduit de 80%, soit 100 millions de personnes épargnées.

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