Le mouvement metoo ne doit pas s’éteindre

J’avais 10 ans quand j’ai été agressée sexuellement. Je n’ai raconté totalement mon agression qu’à une seule personne et j’en ai parlé près de 10 ans plus tard. Je ne vais pas vous raconter le déroulé de cette agression puisque c’est quelque chose que je ne me vois pas partager ici mais j’aimerais discuter de ce que j’ai ressenti et les conséquences d’un tel événement.

Quand cela s’est produit, inutile de dire que j’étais terriblement mal et que je ne comprenais pas le pourquoi du comment, je savais que ce qu’il venait de se passer n’était pas normal, que je n’avais pas à me sentir mal et que personne n’avait le droit de me toucher si je ne le voulais pas. Ayant conscience de cela, j’ai décidé d’en parler aux premières personnes que j’ai vues suite à cet événement, les personnes de mon cours de théâtre. Quand j’en ai parlé (je n’avais pas raconté en détail, j’avais juste expliqué que ce jeune homme de 4 ans de plus que moi avait eu un comportement déplacé) on m’a dit que je mentais, que je m’étais fait des films… Vous n’imaginez pas à quel point c’était frustrant de parler de ça et qu’on ne me croie pas. Cela me semblait si injuste puisque je n’avais rien fait d’autre que dire la vérité. J’étais une enfant donc je ne comprenais pas pourquoi ma parole était remise en question alors que j’avais vécu un moment horrible. J’ai donc décidé de garder cet événement pour moi puisque je ne voulais plus entendre ce genre de réflexions.

Je voudrais parler ici du fait que la parole des femmes et mêmes des petites filles n’est pas prise au sérieux. On se demande pourquoi les femmes ne parlent pas de ce qui leur arrive mais quand elles le font, on ne les croit pas. Prenons un autre exemple que le mien, l’affaire Kavanaugh. Il a été accusé d’agression sexuelle, la victime a eu le courage de témoigner devant le Sénat américain et pourtant il a été nommé juge à la Cour Suprême. Le témoignage de cette femme n’a pas été pris en compte. Elle qui a été si courageuse de témoigner face à un homme si puissant, a vu sa parole être reniée. C’est pour cela que le mouvement metoo me parait tellement important. Il permet de créer un véritable contexte d’écoute et de confiance. Il est grand temps que les femmes puissent s’exprimer en se disant que leur parole sera écoutée et qu’elle ne sera pas remise en question.

Je considère que j’ai tout de même eu de la chance puisque cette expérience s’est enfouie naturellement dans un coin de ma tête. Cette agression n’a donc pas été aussi traumatisante pour moi que pour d’autres femmes et en cela je me considère chanceuse. J’y pensais uniquement lorsque mes parents me racontaient leurs dîners avec les parents de mon agresseur. A chaque fois je ressentais le même mal-être que j’avais ressenti ce jour là mais j’arrivais toujours à passer rapidement au-dessus.

C’est à partir du mouvement metoo que j’ai commencé à repenser à cet événement et qu’il a eu des effets négatifs sur moi. Je me suis mise à pleurer très régulièrement et je repensais en boucle à ce jour. Mais encore une fois j’ai eu de la chance parce que j’avais trouvé en mon copain une oreille attentive et un soutien sans faille. J’avais enfin trouvé quelqu’un avec qui je pouvais parler de ce jour tout en sachant qu’il me croyait. Surtout, ça a été un mal pour un bien. Bien qu’accepter ce qu’il s’était vraiment passé m’a fait du mal, j’ai réalisé que je n’étais pas la seule à avoir vécu un tel moment. J’ai pu trouver du soutien et surtout je pense que c’est plus simple pour les proches de la victime de l’aider. Une fois qu’on sait ce qu’elle a vécu, qu’on peut caractériser cette agression comme tel, il est possible d’essayer de trouver les mots à utiliser pour la réconforter mais aussi d’adopter des comportements adéquats.

De plus, je pense que j’ai eu de la chance puisque je n’ai plus jamais vu mon agresseur de ma vie bien que j’habitais à côté de chez lui pendant 4 ans après ce jour. C’est un point important que j’aimerais souligner. Dans la plupart des cas, les agressions sexuelles et les viols sont commis par des personnes proches de la victime. Comme nous le révèle l’enquête Virage, réalisée en 2015  par l’INED et publiée sur le site du Secrétariat d’Etat chargé de l’Egalité les femmes et les hommes, les trois quarts des femmes victimes de viols et des tentatives de viols ont été agressées par un membre de leur famille, un proche, un conjoint ou ex-conjoint. Le mythe de l’agresseur qui prend sa victime par surprise dans une rue noire est donc finalement peu représentatif de la réalité.

Le mouvement metoo m’a permis de mettre des mots sur ce qu’il s’était passé et de pouvoir dire que j’avais été agressée sexuellement. Jusqu’à ce mouvement, cet événement avait été quelque chose d’anormal mais je n’arrivais pas à qualifier ce que j’avais vécu. J’ai toujours (et je continue souvent encore) réduit l’importance de cet événement. Je me suis toujours dit que ça aurait pu être pire, que je n’avais pas été violée donc que je n’avais pas le droit de me catégoriser parmi les victimes. Pourtant j’en suis bien une de victime, quelqu’un m’a touchée sans mon consentement. Il me semble donc important de continuer à parler de ce genre d’événements puisque cela permet aux femmes d’accepter leur statut de victime.

Cet article n’a pas vraiment de but si ce n’est de dire aux gens qu’il est important que le mouvement metoo ne s’essouffle pas puisqu’il permet aux femmes de s’exprimer et de savoir qu’elles ne sont pas seules. Il est très important que les femmes ayant subi tout type d’agression sexuelle puissent s’exprimer sans douter de leur statut de victime et sans jamais penser que leur parole sera remise en question. Le mouvement metoo a certes été créé en réaction à l’affaire Weinstein, mais il a vocation à durer et à profondément changer la société et l’état des choses. Il est grand temps que les agresseurs ne puissent plus se cacher et être en sécurité alors qu’ils ont fait du mal à une femme. Oui il y a beaucoup de chemin à faire, non ce n’est pas parfait mais c’est un bon début et il est important de continuer à se mobiliser pour que les femmes puissent enfin s’exprimer et que justice soit faite.

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