En Marche aux européennes : quel parti au Parlement ?

Cet article a été sélectionné et est également publié au Taurillon

Les prochaines élections européennes se tiendront du 23 au 26 mai 2019. Elue sur un programme fortement pro-européen qu’elle a plusieurs fois réaffirmé (Grande Marche pour l’Europe, discours de la Sorbonne), La République en marche n’a toujours pas fait connaitre le groupe parlementaire qu’elle rejoindra au Parlement européen.

Ce positionnement sera pourtant déterminant pour un parti qui souhaite dépasser le clivage gauche-droite. Parti Populaire Européen (coalition de droite), Socialistes & Démocrates (coalition de gauche) ou Alliance des Libéraux et Démocrates Européens (centrisme libéral) : plusieurs options sont envisageables.

Un positionnement nécessaire pour peser sur le débat européen

D’abord, rejoindre un groupe parlementaire n’est pas une option pour LaRem (La République en Marche) si elle souhaite participer pleinement aux propositions et délibérations. Le Parlement européen, composé de 751 députés européens provenant des 28 Etats membres de l’UE, est divisé en groupes politiques. Ces groupes politiques sont organisés par affiliations politiques et non par nationalités : la logique est supranationale et vise à dépasser les souverainetés nationales pour promouvoir une collaboration à l’échelle européenne (à l’inverse d’une logique intergouvernementale, où les intérêts de chaque Etat sont défendus). Comme dans un parlement national, ces groupes sont l’unité réelle du Parlement. Ils décident des sujets débattus lors des séances plénières, désignent les orateurs qui interviennent en séances, affectent les parlementaires dans les commissions (chargées de l’étude de certains projets ou propositions de lois et dont la composition reflète celle du Parlement), peuvent déposer des mentions de censure ou des amendements qui doivent être votés, ce que les députés « non-inscrits », n’appartenant à aucun groupe n’ont pas le pouvoir de faire. Ainsi, il est évident que les députés LaRem devront rejoindre un groupe parlementaire. Il est utile de préciser que l’ensemble des députés élus sous l’étiquette d’un parti doit rejoindre un unique groupe parlementaire : LaRem ne pourra pas se scinder entre plusieurs groupes.

La création d’un nouveau groupe, qui semble être l’ambition d’ « En Marche ! », sans renforcer l’actuel centre mais en brisant les groupes de droite et de gauche (PPE et S&D), est envisageable mais s’avère difficile à mettre en œuvre.

D’abord, le règlement du Parlement précise que 25 délégués provenant d’au moins un quart des Etats membres, soit actuellement sept, sont nécessaires pour former un groupe parlementaire. Or, il n’est pas certain que les potentiels partenaires de LaRem soient décidés à quitter leur groupe parlementaire pour en former un nouveau, qui pourra avoir moins d’influence : même si le PPE est très hétérogène il sera difficile de convaincre, par exemple les soutiens d’Angela Merkel, marqués à droite, de rejoindre une coalition centriste.

De plus, les deux grandes coalitions structurent la vie politique dans l’hémicycle européen et ont toujours représenté ensemble au moins 53% du Parlement. Même si leur représentation est en constante diminution, casser ces groupes parait ambitieux. Une première tentative d’alliance centriste a déjà eu lieu avec la création de l’ALDE en 2004 et n’a pas eu pour conséquence la disparition des grandes coalitions. Ainsi, selon Pascale Joannin, directrice générale de la fondation Robert Schuman, estime que « la seule coalition majoritaire possible est celle du PPE et de S&D, soit l’alliance de la droite et de la gauche. Il n’y a aucune autre possibilité ».

Dépasser le clivage gauche-droite

Dans une récente déclaration, Emmanuel Macron annonçait son ambition de réaffirmer « La frontière véritable qui traverse l’Europe, […] celle qui sépare les progressistes des nationalistes ». Il poursuit le projet qu’il a défendu en France face à Marine Le Pen lors des élections présidentielles. Par cette déclaration, le président français répondait à l’invitation d’alliance de Guy Verhofstadt, député belge président de l’ALDE, pour qui il est évident qu’un groupe commun entre centristes du Parlement et LaRem sera constitué. Pourtant, si le projet fédéraliste du groupe centriste rejoint celui de LaRem, rejoindre le groupe centriste ne semble pas être le projet du parti français : « Nous ne sommes pas dans une logique d’alliance » a déclaré Christophe Castaner, le chef de file du parti. En effet, rejoindre le groupe centriste n’est peut-être pas la stratégie la plus judicieuse à adopter pour LaRem…

Le groupe ALDE ne jouit que d’une faible représentation au Parlement face aux puissants groupes de coalition de gauche ou de droite (68 sièges contre 189 et 218) : le président français peut espérer former un nouveau groupe plus large que celui-ci, à l’issue du scrutin de mai prochain.

Ensuite, le groupe ALDE est déstabilisé depuis l’accusation qui vise le MoDem qui aurait eu recourt  à des emplois fictifs au Parlement Européen, ce qui a conduit son président, François Bayrou, à démissionner du gouvernement en juin 2017 : réaffirmer une alliance avec le MoDem pourrait être critiqué. LaRem devra néanmoins trouver des alliés si elle ne veut pas être écartée des débats avec les « non-inscrits » ….

Ce n’est pas la première fois qu’un parti centriste doit se positionner à l’échelle européenne. Ainsi, en 2007, le parti démocrate italien a hésité entre le renforcement du groupe centriste ou celui d’une des deux grandes coalitions : c’est le groupe de gauche qui a finalement été choisi. Celui-ci avait révisé ses statuts afin de s’adresser aux « démocrates » et plus seulement aux « socialistes ». Il est donc possible qu’un parti qui se revendique centriste choisisse de rejoindre une des deux grandes coalitions. Néanmoins, rejoindre une des coalitions peut aussi présenter plusieurs obstacles pour LaRem puisque rejoindre un des côtés signifie nécessairement tourner le dos à l’autre. Or, LaRem est composée à la fois d’éléments de gauche et de droite modérée et continue de vouloir s’affirmer comme une force politique qui dépasse ce clivage. Favoriser un côté en dépit de l’autre pourrait être vu comme une trahison, d’autant plus que chacune des coalitions comporte des partis très éloignés du centre. Ainsi, le PPE accueille le Parti Populaire autrichien (ÖVP) et son président Sebastian Kurz ou l’Union Sociale Chrétienne de Bavière (CSU), deux partis critiqués pour leur soutien au populiste Viktor Orban dont le parti fait lui aussi partie du PPE. Les Républicains (LR) sont aussi membres du PPE et affirment farouchement leur opposition à LaRem à l’échelle nationale. Comment imaginer Les Républicains et La République En Marche faire partie de la même coalition européenne ?  La question se pose aussi pour les sociaux-démocrates (S&D), dont le parti est composé de plusieurs élus socialistes français qui n’ont pas rejoint « En Marche ! » suite aux élections présidentielles de 2017 et dont plusieurs insistent sur leur « Macron-incompatibilité ». L’éventuelle candidature de LaRem pour rejoindre une grande coalition parait ainsi compliquée en raison de ces facteurs à la fois internes et externes au parti.

Vers une scission de LaRem ?

Si l’on exclut la solution d’une grande coalition centriste, compliquée à mettre en œuvre, il semble que LaRem devra se positionner sur le clivage gauche-droite, ce qui sera facteur de division au sein du parti. Le choix sera de toute évidence difficile, dans un contexte où l’opinion a de plus en plus tendance à rapprocher le parti de la majorité présidentiel de la droite (6,7 sur une échelle de 0 (très à gauche) à 10 (très à droite), selon une enquête de la fondation Jean Jaurès en mai 2018). Ce nécessaire positionnement sur le clivage gauche-droite au Parlement est d’autant plus paradoxal lorsqu’on sait que le PPE et le S&D ont voté de la même manière pour 73% des choix depuis la création du Parlement européen…

 

Basile Desvignes

Sources et liens hypertextes :

Déclaration de pascale Pascale Joannin sur la majorité au parlement :

https://www.bfmtv.com/politique/majorite-parlement-europeen-ne-changera-jamais-783397.html

Déclaration de Emmanuel Macron sur le groupe LaRem au parlement et stratégie de campagne pour les européennes de 2019 :

https://www.la-croix.com/France/Politique/Emmanuel-Macron-veut-recomposer-Parlement-europeen-2018-09-10-1200967623

Logiques intergouvernementales et supranationales au sein de l’UE :

https://revue-jade.eu/article/view/650

Enquête de la fondation Jean Jaurès sur le positionnement de Emmanuel Macron sur l’axe gauche-droite :

https://jean-jaures.org/blog/le-desequilibre-ideologique

Bayrou et les emplois fictifs du MoDem :

https://www.ladepeche.fr/article/2017/06/22/2598803-bayrou-une-demission-et-des-explications.html

 

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