Arrêtons de faire peur, soyons simplement sexy pour Halloween

Mercredi 10 Octobre, 11h. Cours d’économie avec Desgranges ou plutôt pause café, blabla, sondages et remplissage de paniers shopping jamais achetés. Pour ma part, je choisis la dernière option parce qu’il faut quand même ne pas louper la soirée Halloween du BDA de la semaine prochaine (meilleure soirée déguisée, en plus il y avait des hot-dogs). Défilant les pages de déguisement de multiples sites, j’espère trouver un déguisement sympa à petit prix en plus du maquillage prévu avec ma famille (budget étudiant oblige).

Oui mais voilà. Je comprends très vite que je vais rester sur l’option maquillage. Je viens de me rendre compte que se déguiser pour Halloween, quand on est une femme, ne revient plus à faire peur mais revient simplement à être sexy. Les jupes beaucoup trop courtes (pour ne pas qualifier ça vulgairement), les tenues moulantes, les hauts push-up, les talons obligatoires se profilent beaucoup trop à l’horizon. C’est bien connu, les garçons dans l’action, les femmelettes dans le paraître. En effet, nombreux sont les déguisements qui me proposent de me transformer en « séduisant mais inquiétant personnage » ou mieux d’acheter « un bel ensemble sexy pour Halloween ». Si mon voisin de cours veut se déguiser en docteur fou, il sera « complètement prêt pour épouvanter ses amis » tandis qu’en choisissant un déguisement d’infirmière de l’horreur (le rôle du médecin reste évidemment réserver aux hommes d’autant plus que ça briserait le mythe de l’infirmière sexy), je serai simplement bonne à « être une infirmière fatale et sexy ». Sur un autre site, un déguisement de squelette me vend, lui, une « apparition de votre anatomie avec séduction ». Réjouissant.

Sortant de la catégorie Halloween pour élargir les propositions, les stéréotypes de genre s’imposent davantage. Les hommes peuvent se déguiser plus facilement de façon humoristique, ont le droit à des costumes représentants des personnages célèbres, à des déguisements qui reproduisent parfaitement un tel métier ou un autre. Celui qui se revêt en policier sort tout droit d’une série policière américaine, celle qui s’habille en policière d’un possible fantasme masculin. Nombreux sont donc les costumes desdites professions qui n’existent pas pour les femmes dans une version classique : les hommes ont le droit aux professions dites sérieuses, les femmes aussi si elles se dénudent un minimum. Sexisme quand tu t’y mets. Par ailleurs, en cliquant sur la catégorie femme, on s’aperçoit vite qu’une grande partie des déguisements nous donnent froids aux jambes ou sont qualifiés dans le titre de « sexy ». Peu de déguisements humoristiques, donc, puisqu’une femme drôle ne peut pas être belle. Reflets de la société et d’un sexisme latent, ces déguisements nous montrent qu’une femme doit être séduisante, qu’elle doit affirmer qu’elle correspond  au canon de beauté actuel. Et quand certains costumes comme ceux de princesses ou représentants d’autres cultures sont plus classiques, on vous annonce par exemple que « vous serez [au moins] une jolie prisonnière ».  Sur ces nombreux sites pour les fêtes costumées, les femmes apparaissent vraiment comme se devant d’être des objets de désir, ceci illustré par les catégories « sexy » où la majorité des déguisements est adressée aux femmes. Mais depuis quand avons-nous la nécessité qu’une bonne-sœur ou qu’une simple abeille soit sexy ?

Peu importe le thème, les déguisements féminins oublient rarement nos attributs parce que nous devons plaire. Dans un article intitulé « Genre, normes et langages du costume », Sophie Cassagnes-Brouquet et Christine Dousset-Seiden évoquent le costume, la façon de le porter et de l’interpréter comme des reflets des normes sociales. Les auteures soulignent dans un premier temps que depuis l’Antiquité le vêtement féminin est critiqué ou contrôlé : on observe à la fois une volonté d’orner le corps de la femme pour le faire correspondre aux canons de la féminité et une méfiance du corps de celle-ci, source d’érotisme. Continuité des stéréotypes de genre imposés depuis l’enfance et des modèles de masses, les costumes nous rappellent qu’à chaque étape de la vie l’appartenance à un genre se construit. Dans ce processus de construction d’une identité de genre, les chercheuses montrent qu’il est important de prendre en compte la volonté de sexualiser ou non le corps que le costume met au jour : le vêtement met en effet en valeur certaines parties du corps afin d’exacerber une certaine féminité ou masculinité selon des canons de beauté genrés. Si l’homme doit avoir cette forme de virilité idéale, la femme doit être belle, toujours. Loin de moi l’idée de condamner tous ces déguisements qui plaisent et qui me plaisent, de nier que les costumes se diversifient de plus en plus grâce au thème de l’humour, ce n’est qu’un constat, un constat pour que nous ayons le choix de montrer nos jambes ou non, un constat pour que nous puissions faire la fête sans se limiter à la barrière du genre.

Article Le Grand Pari IEP SGEL Novembre 2018-

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