Après les Dates Limites de Consommation, le Détournement Libre de Consommables

De plus en plus de personnes prennent conscience de l’importance de leur mode de vie sur l’environnement, et notamment de leur consommation ; le gaspillage, notamment, apparaît comme un enjeu majeur.

Ainsi on estime que, du producteur à l’assiette, près d’un tiers de notre alimentation est gaspillée. Certaines associations ont vu le jour afin de limiter ce gaspillage, telle que DLC (Détournement Libre de Consommables), à Nantes et à la Réunion. Leur procédé ; aller démarcher auprès des commerçants afin de récupérer des invendus, pour ensuite les distribuer au plus grand nombre. Cette association récupère des produits secs, fruits, légumes et viennoiseries en bout de chaîne, afin de limiter le gaspillage. Au total, DLC représente 160 tonnes d’invendus récupérés à Nantes, 160 000 repas distribués, et on estime à 45 000 bénéficiaires de leurs repas.  Chloé Roy est une des membres fondateurs de cette association, et nous explique son fonctionnement.

Bonjour Chloé, vous êtes une des membres fondateurs de l’association DLC (Détournement Libre de Consommables). Pour commencer, comment vous est venue l’idée de créer cette association ?

A l’origine, cette idée ne vient pas de nous… Il existe une association similaire en Allemagne, Foodsharing. Marion Plouzenec, une Nantaise, est allée en voyage là-bas et est revenue avec la volonté de créer un homologue français. Quant à moi, j’ai rencontré Clémend Chedmail, un ami de Marion, en covoiturage. A nous trois, et avec d’autres gens motivés, on a monté l’assoc’ ! D’autant plus qu’à l’époque, j’étais étudiante, donc peu fortunée… Alors l’idée de récupérer des légumes gratuits me séduisait forcément !

Pourquoi avoir choisi ce nom, DLC ?

DLC, c’est un jeu de mot ; dans notre association, ça signifie détournement libre de consommables, alors qu’en réalité, ça signifie date limite de consommation. A la base, on ne récupère pas les produits à DLC dépassée, mais à DLUO (date limite d’utilisation optimale) dépassée, mais ce nom était plus simple et plus parlant.

Désormais, l’association nantaise recueille 300 membres actifs, et plus de 3000 sur votre page facebook. Comment expliquez-vous un tel développement ?

Il peut s’expliquer notamment par trois grands moteurs ; d’une part, l’engagement associatif est immédiatement récompensé par des invendus, ce qui incite les gens à venir. D’autre part, le débat écologique et la question du gaspillage sont de plus en plus présents dans nos sociétés, et enfin, même si ce n’est pas un des objectifs premiers de l’assoc’, l’aspect social motive réellement certaines personnes.

Quel est le point fort de cette association ?

La force de cette association, c’est que ces invendus ne sont pas uniquement pour les personnes dans le besoin. C’est ouvert à tous, quel que soit le revenu ou la classe sociale. Chacun peut récupérer les invendus, les donner et/ou les consommer. Quand on va faire une récolte, on n’est pas « un pauvre dans le besoin », mais un acteur qui lutte contre le gaspillage alimentaire. De demandeur, on passe à acteur ; cela change complètement l’image de nos adhérents.

Au vu de la taille de votre association, rencontrez-vous des difficultés d’organisation ?

C’est une association collégiale, ce qui signifie qu’il n’y a pas de président. Du coup parfois, les rapports humains sont difficiles à gérer, mais ça permet réellement de faire émerger des démarches constructives ! Au-delà de son aspect écologique, l’association prend aussi une tournure de « laboratoire démocratique », où nous essayons de nouvelles manières de réfléchir, de penser collectivement, de prendre des décisions… Tout cela est très enrichissant. Parfois, Les banques et assurances sont également assez surprises par ce mode d’organisation, qui pose quelques soucis au niveau de la responsabilité (en cas d’intoxication notamment), mais nous avons toujours réussi à nous arranger.

Et au niveau de la gestion de vos stocks, rencontrez-vous des difficultés ? Ne vous arrive-t-il pas de gâcher, même après avoir récupéré des invendus ?

Globalement, on a généralement des stocks réguliers, ce qui rend assez facile la gestion des invendus… Malgré quelques exceptions. Une fois, par exemple, une entreprise nous a appelés pour nous dire qu’il avait une tonne de pommes de terre en trop ! On les a données en grande partie à un restaurant solidaire, puis on en a distribué au maximum par le biais de Facebook… Alors oui, on a mangé beaucoup de patates, mais on a réussi à écouler les stocks ! Alors certes, parfois, les légumes sont dans un tel état d’avancement qu’il y a du gaspillage… Mais tout ce qui n’arrive pas être mangé est systématiquement composté !

A l’origine, l’association est principalement sur Nantes et ses alentours, par exemple à Valet. Pourquoi avoir décidé d’ouvrir une branche à la Réunion ?

Je suis allée en stage non-payé à la Réunion, donc une fois encore… Pour avoir des légumes gratuits [rires]. Plus sérieusement, la Réunion est désastreuse au niveau écologique. Beaucoup de nourriture n’est pas produite à la Réunion, mais se retrouve quand même jetée. De plus, au niveau des marchés, tous les aliments sont jetés par terre s’ils ne sont pas vendus, et certains doivent revenir en fin de marché récupérer cette nourriture. Pour finir, au moment où on est arrivés, un Naturalia a ouvert près de chez nous, et ce furent nos premiers donneurs ; eux avaient beaucoup de perte car ils étaient obligés d’importer comme il y a peu de producteurs bio à la réunion. Et il y avait beaucoup de casse pendant le transport, par exemple du chocolat qui fondait dans les cales de bateaux et devenait invendable.

Avez vous rencontré quelques difficultés à monter l’association là-bas ?

Sur place, nous n’avions pas de voiture donc les récoltes étaient compliquées ; on avait juste une petite 125, ce qui nous a amené, un soir, à aller chercher 150 kilos de patates… A moto ! [rires]. On a aussi eu quelques difficultés relationnelles : on n’avait aucun contact à la réunion, on était 2 à avoir fondé l’association et, au moment de passer le flambeau, certains aspects collégiaux de l’association a disparu au profit d’une organisation plus rigide. Mais au moins, l’organisation fonctionne, et près de 1000 personnes profitent désormais de l’association. Il y a donc deux associations similaires avec un fonctionnement différent. Par exemple à Nantes, on a galéré à rembourser les frais de publication, de frais bancaires, d’assurance… Car on voulait des dons libres, sans frais d’adhésion. A la Réunion, ils font payer une cotisation à ceux qui profitent des légumes, pour ne pas avoir de soucis pour gérer les frais d’assoc. On n’était pas forcément d’accord, mais ça marche plutôt bien au niveau des fonds.

Avec l’association Solidarités de Science Po St Germain en Laye, on envisage de créer un projet similaire, en premier lieu afin de pouvoir faire des soupes pour nos maraudes. Quels conseils nous donneriez-vous, ainsi qu’à tous ceux qui souhaitent mettre en place un projet similaire ?

Je conseillerai d’être au moins sûr d’avoir un magasin qui cherche à donner, d’avoir une équipe soudée, solide et motivée pour créer l’association et ne pas s’arrêter au premier refus de magasin qui ne veulent pas donner. Il n’y a pas que les grandes surfaces, mais aussi les boulangeries, les pizzerias… Tu m’as dit que ces invendus seraient à destination des personnes dans la rue ; je vous conseille vraiment de viser un public beaucoup plus large ; étudiants, famille, etc. Tout le monde peut être acteur du gaspillage alimentaire. A Nantes, nous avons aussi bien des cadres aisés que des SDFs qui vont récupérer les invendus. Et ça, c’est vraiment important, sinon, selon moi, on rentre dans un cycle pas terrible, où les « poubelles » des magasins sont uniquement à destination de ceux qui ne peuvent pas s’acheter de nourriture. Ce qui est important, c’est la mixité sociale.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :