Ecologie : de ce besoin de se sentir irresponsable

Cette année 2018 a été particulièrement florissante en termes de création et développement de mouvements écologistes. De “On est prêt” à “On nettoie Paris avec des abonnés”, comment ces nouveaux mouvements donnent à l’écologie une échelle individuelle, au détriment du véritable visage des problèmes actuels, beaucoup plus complexe et aux échelles diverses.

 

Est-on vraiment “prêt” avec ces initiatives?

Commençons par le préciser, ces initiatives ne sont pas mauvaises en soi, et il ne faut pas crier trop vite à la fausse initiative écologiste. Cependant, reporter les problèmes à l’échelle de chaque individu cache tout le système qui a entraîné la destruction progressive de notre environnement. Aussi peut-on lire sur l’initiative “On est prêt” lancée par des vidéastes et des influenceurs internet des conseils comme “Pour réduire l’impact écologique de vos vêtements, recyclez-les, l’industrie textile produit plus de 1,2 milliard de tonnes de CO2 par an, soit plus que le trafic maritime et aérien. C’est le 3ème secteur le plus consommateur d’eau du monde. Nous achetons 60% plus de vêtements qu’il y a 15 ans, et ils durent moitié moins longtemps!”. Rien de ce qui est énoncé ici est faux: recycler/donner/revendre ses vêtements est une bonne idée pour réduire son impact sur l’environnement. Il faut malheureusement voir la réalité des choses: une fois trop usés pour être revendus dans leur forme initiale, la plupart des textiles ne sont pas recyclables et finissent en chiffons, en matériau de rembourrage, isolation  ou combustibles. L’industrie textile peut donc continuer à reproduire son schéma destructeur.

Comme c’est étrange… En creusant bien les vidéos de “On est prêt”, rien ne mentionne la responsabilité de cette industrie dans le réchauffement climatique…

Les dangers de ces initiatives

En effet, il paraît bizarre que ce type de mouvements n’essaie même pas de poser les questions: Pourquoi consommons-nous  60% plus de vêtements qu’il y a 15 ans? Pourquoi durent-ils deux fois moins longtemps? Alors qu’il existe des réponses à ces questions.

L’industrie textile fait partie des reines de la publicité, poussant encore et toujours plus à la consommation, à travers des phénomènes intentionnels de “mode”. Les entreprises de cette industrie sont prêtes à tout pour vendre un maximum, quitte à vendre des produits de très mauvaise qualité aux gens. En effet, plus le temps passe, plus on utilise des fibres végétales ou synthétiques de mauvaise qualité (pour les fibres végétales ce sont en général des fibres courtes, qui font du fil beaucoup moins solide, pour les fibres synthétiques un matériau moins bien travaillé) pour vendre toujours plus et toujours plus fréquemment. Si ces réponses existent et sont aussi importantes que tout le reste, pourquoi ne pas les avoir incluses?

Beaucoup de réponses peuvent être envisagées pour essayer d’éclaircir cette question, mais il est surtout probable que tous ces influenceurs, dont la vie dépend de la publicité ne veuillent se fâcher avec personne. La présence de liens vers des alternatives “écolo” payantes sur leur site laisse aussi à supposer que cette initiative n’est pas ou pas entièrement financée avec des fonds indépendants.

La fable du “colibri”, un modèle viable pour l’écologie?

Connaissez vous la fable du colibri? Il s’agit d’une légende amérindienne rapportée en France par Pierre Rabhi, un pionnier controversé de l’écologie dans notre pays. Cette fable raconte que pendant un immense incendie de forêt, alors que tous les animaux regardent désespérément leur habitat brûler, le plus petit animal de la forêt, un colibri, fait des aller-retour entre un point d’eau et la forêt, pour déposer à chaque fois quelques gouttes d’eau sur le feu. Les autres animaux le prenant pour un fou le questionnent au sujet de son action qu’ils jugent inutile et inefficace. Ce à quoi le colibri leur répond “Je sais, je fais ma part”. Ce conte a pour morale “chacun peut faire sa part” et s’il est une belle leçon d’humanité, il est à prendre avec des pincettes.
En effet, Pierre Rabhi n’a pas raconté la vraie légende amérindienne à ses partisans, mais une version tronquée de l’histoire. A la fin du conte original, le colibri meurt d’épuisement faute d’aide de la part des autres animaux, changeant tout le sens de l’histoire que raconte le militant écologiste. Il en va de même pour notre société: quelques actes individuels, isolés d’une initiative générale ne pourront pas stopper la catastrophe écologique. Tout au plus, ils retarderont de quelques mois le point critique à partir duquel l’humanité disparaîtra. Ceci dit, ces initiatives représentent donc certainement plus une volonté de vouloir se débarrasser d’une certaine culpabilité, responsabilité que chaque consommateur ressent face au changement climatique. Chacun veut faire “sa part” et c’est une bonne chose! Malheureusement, c’est exactement ce que les industriels attendent de nous.

L’écologie culpabilisatrice est en effet une des stratégies mises en avant par les grandes industries pour gagner du temps avant qu’on ne leur impose un mode de production et de vente plus sain et responsable. En soi, ces industries déplacent le problème sur les individus.

Que faire pour aller plus loin que l’échelle individuelle?

Puisqu’il est préférable de pointer un problème du doigt en y apportant des pistes de réponse, voici une liste non-exhaustive de choses que vous pouvez faire pour tenter de faire plier les industriels: manifester, vous inscrire dans une association militant directement pour l’écologie (attac, greenpeace, etc…), faire un don à ces associations, signer des pétitions et rester informé sur le sujet par le biais de médias classiques et alternatifs (reporterre, sites d’ONG, la décroissance…). Cet article comporte normalement une section commentaire, n’hésitez pas à proposer vos solutions juste en dessous!

Il convient également de dire qu’un mouvement associé au mouvement “On est prêt”, le mouvement “Il est encore temps” propose un axe d’action plus militant, visant plus les industriels et les politiques. Ce deuxième mouvement est malheureusement moins mis en avant par les influenceurs du premier. La campagne du mouvement critiqué tout au long de cet article vient seulement de commencer, et avec un peu de chance, les influenceurs de ce mouvement inviteront les gens à faire pression sur leurs politiques et à agir de manière plus globale pour l’environnement.

Étienne Vétu

Note: cet article fait le choix de n’utiliser que l’exemple du textile pour être plus concis, cependant, pour le moment, les remarques peuvent également fonctionner avec les autres sujets abordés par le mouvement à ce jour (mails, plastique, automobiles).

Pour aller plus loin:

Article du Nouvel Observateur “Trier, manger bio, prendre son vélo… ce n’est pas comme ça qu’on sauvera la planète” tout est dans le titre!

https://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20161229.OBS3181/trier-manger-bio-prendre-son-velo-ce-n-est-pas-comme-ca-qu-on-sauvera-la-planete.html

Article du Monde Diplomatique “Le système Pierre Rabhi” pour voir comment un “prophète de l’écologie” peut s’avérer être l’exacte inverse de ce que l’on croit.

https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981

Cet article s’appuie sur:
Le mouvement “On est prêthttps://onestpret.fr

“On nettoie Paris avec des abonnés – McFly & Carlito” https://www.youtube.com/watch?v=rD7SIIYVXJ8

Le mouvement “il est encore temps” https://ilestencoretemps.fr/

Le mouvement “colibris” https://www.colibris-lemouvement.org

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