Wake Up Warrior, le programme qui sent bon la testostérone

« Be more. Do more. Suck less. » tel est le slogan de Wake-Up Warrior, un programme d’entraînement pour les hommes d’affaires mariés américain. Fondé en 2012 par Garrett J. White, le mouvement ne cesse d’attirer de plus en plus de recrues en quête de devenir des « mâles alpha ».

En affirmant au micro de Quotidien que la recrudescence du terrorisme dans le monde est expliquée par le fait que, les « mecs sont des tarlouzes », Garrett J. White pose le cadre de l’idéologie qu’il prône. Cet Américain défend l’idée que « la face sombre des hommes est leur cadeau le plus précieux ». Il se base sur son histoire personnelle pour embrigader ses « disciples ». White dépeint son passé en classique success story à l’américaine : multimillionnaire grâce à son travail acharné, marié avec des enfants. Mais il aurait tout perdu : sa fortune à cause du crédit crunch de 2008, son mariage, son estime de soi et atteint du cancer. Néanmoins, il se serait relevé et aurait fondé Wake Up Warrior pour aider les hommes comme lui, à réveiller le combattant qui sommeille en eux.

C’est donc en se basant sur son passé que Garrett J. White a commencé à influer sur le futur des autres. Si l’on en croit le site du mouvement, le programme Wake Up Warrior aide les hommes et les femmes qui le désirent à améliorer leur vie sur quatre plans : le corps, le business, le couple ou la famille et la spiritualité. Cette dernière semble être au cœur de l’idée du programme : Garrett se pose en véritable mentor, se donnant lui-même le titre de « Master Coach Mentor ». Il apparaît proche des adhérents, cherche à les sortir de la faiblesse caractérisant les individus de notre société.

Et tout cela, il l’assure, il le fait gratuitement. Il est vrai que n’importe qui peut accéder au contenu quotidien diffusé sur le site de Wake Up Warrior. Chaque jour, un podcast de motivation et d’inspiration, accompagné d’une maxime profonde du type « ne rêve pas ta vie, vis tes rêves » est publié. De même, trois conseils, une question invitant l’individu à réfléchir à sa situation, un challenge et une citation de White sont postés sur le site.

Wake Up Warrior semble donc être un programme accessible à tous, quels que soient le genre et les moyens financiers.

Cependant « sembler » est le verbe adéquat. En effet, pour faire partie de la « fraternité », il faut avoir obtenu un diplôme suite à la Warrior Week, un stage de cinq jours où les hommes passent des épreuves pour s’endurcir. Oui, les hommes passent des épreuves. La première question du formulaire d’inscription étant « Êtes-vous un homme ? », suivie de « Avez-vous déjà frappé un homme ? » et « Avez-vous déjà été frappé par un homme ? », les cibles de ce stage sont toutes indiquées. Les femmes n’y sont tout simplement pas admises. Au programme, les participants se battent, se baignent dans une eau gelée, sautent d’hélicoptères, cela les endurcissant sans aucun doute. Sans oublier le fait qu’ils ont le privilège de se faire hurler dessus par White, façon sergent de Full Metal Jacket. Tout dans le stage transpire le virilisme poussé à l’extrême et les hormones mâles.

Pourtant, malgré cette glorification de la masculinité, Garrett J. White précise que « l’émancipation des femmes n’est pas le problème mais le fait qu’il n’y ait pas de contrepartie pour les hommes. » dans nos sociétés où on les pousse à enfouir leur virilité. Il ajoute toutefois que même si une femme apparaît « masculine et forte », « un vagin ne sera jamais un pénis et que si un vrai mec se pointe, elle est foutue ». On peut alors se demander qui sont les femmes vivant à la Warrior Way mentionnées sur le site du programme.

L’aspect altruiste du programme de White peut également sembler être une façade. Devenir membre de la fraternité n’est pas aussi gratuit qu’il n’y paraît. En effet, le formulaire de participation à la Warrior Week s’achève avec la question suivante : « Êtes-vous prêt à investir 10 000$ pour participer à la Warrior Week ? ». 10 000$ s’avère être le prix nécessaire pour ne plus faire partie des « hommes mous et faibles » décrits par le mentor. Selon les chiffres indiqués sur le site du programme, il y a déjà eu plus de 300 participants aux 36 Warrior Weeks organisées depuis 2012. En 5 ans, cela fait au bas mot un chiffre d’affaires de 3 millions de dollars.

De plus, un documentaire sous la forme d’une série de 10 épisodes, Warrior Week TV, a été réalisé. On y suit les aventures de participants à une Warrior Week, leur progression et leurs échecs. Sans évoquer l’aspect humiliant des épreuves que ceux-ci ont à faire, la publicité accompagnant les épisodes rapporte évidemment au fondateur du mouvement. Tout cela semble donc une source d’argent non négligeable pour White.

La philanthropie de son action est quelque peu écornée, après ce constat.

Toutefois, le caractère fraternel du programme Wake Up Warrior n’est absolument pas remis en cause par les adhérents. Il est impossible de trouver un avis de « warrior » critiquant Garrett J. White ou même le programme en lui-même. De même, si le statut de « Master Coach Mentor » pouvait faire apparaître White en gourou, les avis dithyrambiques de ses « disciples » renforcent d’autant plus l’aspect sectaire du mouvement. Les hommes de la fraternité affirment que la Warrior Week a changé leur vie, a « éclairci » leur vision du monde. Pendant toute la semaine de stage, on leur martèle que si la société va mal, c’est justement parce que les hommes ne sont plus de vrais mâles, se laissant écraser par les autres et notamment les femmes. Sans s’attarder sur la « spiritualité » très présente dans le mouvement, une forme d’endoctrinement semble être à l’œuvre pour que tous ressortent en clamant haut et fort l’idéologie du « maître ». Le fait que White termine les messages qu’ils postent sur le site à destination des membres par « Love and light » le place en messie de la cause.

De fait, Wake Up Warrior, présenté en programme de motivation pour les hommes et les femmes souhaitant être des « combattants » ressemble davantage à un groupe aux idées réactionnaires dirigé par un gourou avide de dollars si l’on gratte un peu la peinture.

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