Le mariage est égalitaire, l’existence ne l’est toujours pas

Petite Histoire du Mariage Homosexuel 

            Le mariage en tant qu’institution sociale et religieuse consacre l’idée de famille. Le mariage est non seulement un contrat qui lie deux personnes, mais également un contrat avec le reste de la société.

L’évolution historique du mariage n’est pas linéaire, mais il semble que les changements qu’il a subi résultent des dynamiques intra-familiales qui témoignent elles-mêmes de la place que les femmes occupent dans la société. Les évolutions liées au mariage sont donc synonyme d’une modification de l’ordre social. Les récents changements intervenus dans le mariage sont principalement motivés par l’affaiblissement de sa nécessité et du relatif désamour religieux en Occident. En d’autres termes, l’augmentation du nombre de divorces au cours des 50 dernières années a conduit à repenser le mariage, non pas comme une institution stricte qui s’applique sur une période potentiellement infinie et à un rôle sexospécifique de chacun des partenaires. Le mariage ressemble de plus en plus à un simple contrat formel.

Parallèlement à ce processus, la lutte de ceux qui ne font pas partie de l’hétéro-norme associée à une prise de conscience lente de l’injustice de la discrimination à l’égard des diverses orientations sexuelles, a permis l’émergence d’une conscience collective ouverte aux revendications de ce groupe particulier. Par conséquent, l’affaiblissement du caractère immuable et stéréotypé du mariage et la montée des revendications homosexuelles ont soulevé la question de la famille.

Le mariage homosexuel fait partie de la seconde moitié du 20ème siècle et du début du 21ème siècle en tant que symbole émancipateur qui consacre l’acceptation des homosexuels dans la société. Il existe donc une véritable dynamique historique allant au-delà de l’idée de famille dans la mesure où ce n’est qu’un pas de plus vers l’égalité. Enfin, il faut rappeler que le mariage homosexuel n’a pour l’instant pu s’établir qu’après des luttes, parfois mortelles, pour l’existence publique de l’homosexualité et des homosexuels.

Il faut revenir à 1957 et le rapport Wolfenden pour observer la première empreinte moderne d’une proposition de dépénalisation de l’homosexualité (Royaume-Uni). Ce rapport a joué un rôle clé dans la promulgation de la loi décriminalisant l’homosexualité en 1967 (la loi sur les infractions sexuelles de 1967 au Royaume-Uni). Le 4 mai 1969, le Parlement fédéral canadien a approuvé la loi modifiant le droit pénal décriminalisant notamment la contraception, l’avortement et l’homosexualité.

Les années 70 seront le pivot de la reconnaissance de l’homosexualité (mais pas des homosexuels en tant que groupe) à travers les actions de groupes militants comme le Front Homosexuel de l’Action Révolutionnaire qui interrompt une émission de Radio France le 10 mars 1971.

En d’autres termes, l’homosexualité commence à exister comme objet à la fois social, mais aussi objet d’étude avec les écrits de Foucault, « La volonté de savoir » (1er volume de son « Histoire de la sexualité ») paru en 1976.

Il est également important de garder à l’esprit que l’histoire des droits des homosexuels a d’abord été construite de manière négative, c’est-à-dire la lutte contre les lois discriminatoires. Ce n’est qu’à partir des années 90 que cette lutte devient positive. Ainsi, les années 70 et 80 seront le théâtre de multiples dépénalisations et décriminalisations de l’homosexualité (Autriche, Espagne, Norvège, Suède, Australie, Colombie, plusieurs États des États-Unis).

Ces dépénalisations font suite aux luttes des organisations homosexuelles qui, dans les années 1970 déjà, avaient l’ambition d’obtenir un mariage entre personnes du même sexe.

Par la suite, les acteurs institutionnels ont adopté une stratégie d’évitement qui permet de distinguer l’union civile du mariage, ce qui a l’avantage de différencier les droits reconnus aux familles homosexuelles et hétérosexuelles. Ainsi, si en 1989, le Danemark était le premier pays à légaliser une union civile qui permettait aux homosexuels de jouir de la majorité des droits des hétérosexuels mariés, ils n’avaient pas le droit d’adopter ou d’obtenir la garde partagée d’un enfant. La France a autorisée une union civile en 1999 qui accorde de nouveaux droits en matière d’impôt et de succession, mais pas le droit d’adoption. De même, pour l’Allemagne en 2001 et la majorité des membres de l’Union européenne (UE) autorisant l’union civile. Dans les années suivantes, l’Italie, dernier grand pays d’Europe occidentale où les couples de même sexe n’ont toujours pas de statut juridique, adopte enfin l’union civile en mai 2016.

Le mariage homosexuel permet donc également une comparaison législative et on peut constater que l’obtention des droits des homosexuels fonctionne par effet domino avec des périodes d’accélération (1970, 2000) qui produisent de grandes différences entre les pays.

Par conséquent, les pays limitrophes peuvent être confrontés à des situations différentes, comme l’Allemagne, qui a légalisé le mariage de même sexe en 2011, tandis que la Pologne l’interdit dans sa Constitution.

Cependant, il existe une dynamique géographique importante. Les Pays-Bas ont été le premier pays à légaliser le mariage homosexuel en 2001, puis en 2003 en Belgique, en 2005 en Espagne, en 2011 en Allemagne et en 2013 en France. En général, l’Europe occidentale est la zone géographique qui a légalisé le plus vite les mariages entre personnes du même sexe. Cette dynamique d’effet domino est visible également en Amérique du Nord. Le processus a commencé en 2003 dans l’État de l’Ontario au Canada et en 2005 le mariage a été autorisé dans tous les États du Canada. Dans le même temps, le Massachusetts a reconnu le mariage de même sexe en 2003 et une accélération a été constatée à partir de 2010, les États adoptant chacun de leur côté cette innovation jusqu’à qu’en 2015 une loi fédérale autorise le mariage homosexuel dans tout les Etats-Unis. Il a donc fallu douze ans pour que le mariage homosexuel soit reconnu dans l’ensemble de l’Amérique du Nord.

article enzo

Au contraire, on peut constater que le seul pays d’Afrique à avoir légalisé le mariage homosexuel est l’Afrique du Sud en 2006 et depuis lors, il n’y a pas d’effet domino. De même, pour la Nouvelle-Zélande et l’Australie (respectivement en 2013 et 2017), cela n’a pas conduit à une vague de légalisation en Océanie ou en Asie du Sud-Est (Taïwan vient de refuser le mariage homosexuel il y a quelques semaines).

 

Ainsi, les vagues de légalisation s’observent en Europe occidentale (plus la Scandinavie), en Amérique du Nord et du Sud (l’Amérique centrale est peu touchée). L’influence géographique et culturelle semble être un facteur qui conduit à la légalisation du mariage homosexuel par zones, mais comme nous l’avons vu, il existe des contre-exemples, des résistances observées dans certaines régions et liées à l’hétérogénéité culturelle des pays voisins. En fait, il existe des différences fondamentales entre l’Afrique du Sud et la Namibie, ainsi que l’Australie et l’Indonésie.

 

Dans le cas du Costa Rica, les dernières années montrent que l’influence de l’Amérique du Nord et de l’Amérique du Sud a un impact sur l’Amérique centrale. Le mariage de même sexe a été légalisé à Mexico City en 2009, et depuis lors, le mariage entre couples de même sexe est pratiqué et – toujours depuis 2009- tous les États doivent reconnaître le mariage de même sexe, même s’ils ne le pratiquent pas.

Cependant, cette évolution est en cours, que ce soit au Panama ou au Costa Rica, la déclaration de la Cour interaméricaine des droits de l’homme du 9 janvier 2018 a contraint les deux pays à entamer un processus législatif pour légaliser le mariage homosexuel. Par conséquent, il est important de déterminer si un effet domino est probable ou non dans la région.

Premier facteur à considérer, le développement économique du Panama et du Costa Rica est plus important que celui des pays de la région. Deuxièmement, les deux pays partagent des caractéristiques similaires en ce qui concerne les forces et les faiblesses de l’économie (tourisme, stabilité politique, économie informelle puissante). Troisièmement, avec la légalisation du mariage homosexuel en Colombie en 2016, il semble correct de dire qu’il existe une véritable dynamique, à l’instar de celle observée en Amérique et en Europe occidentale.

Par contre, il est plus difficile de savoir pour la suite. D’abord, parce que la législation n’entrera en vigueur qu’à partir de 2020 pour le Costa Rica, les effets en pratique sont donc imprévisibles. Ensuite, parce que la rupture entamé en 2018 avec l’insurrection au Nicaragua coupe géographiquement le Panama et le Costa Rica du reste de l’Amérique centrale et, par conséquent, une vague potentielle de légalisation. Cependant, à l’exception du Belize, tous les autres pays sont soumis à l’avis de la CIDH sur la légalisation du mariage homosexuel, un véritable défi sociétal pour ces sociétés très ancrées dans les traditions.

 

Enfin, comme dit plus haut, l’accès au mariage n’est qu’une étape – certes conséquente- vers l’égalité des conditions. Reste qu’en 2017, selon le rapport de SOS Homophobie 2018, les actes LGBTQphobes déclarés ont augmenté de 4,8% après une augmentation de 19,5% en 2016. Ces chiffres ne sont pas négligeables et il est important de publiciser ces faits, le mariage homosexuel n’est qu’une facette de l’acceptation de l’autre. La violence existe toujours avec ce goût amer du silence des agressés et de l’impunité des agresseurs. Ces statistiques sont d’autant plus alarmantes qu’après avoir baissé en 2016, les violences physiques déclarées ont ré augmenté de 15%. Deux constats sont à souligner. D’une part, la libération de la parole de la population LGBTQ+ explique ces augmentations -ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas eu d’augmentation réelle – et souligne une nouvelle fois le caractère secret et sous-estimé que revêt l’homophobie en France et dans le monde. D’autre part, le discours homophobe reste ancré à la fois dans le quotidien, que ce soit à travers la politique ou les insultes de tout un chacun qui si pour certains peuvent paraître pour une trace d’humour dénué de sens sont en réalité des marques au fer rouge pour une population qui reste persécutée.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :