2018, réfugiés Rohingyas : portés disparus

En septembre 2017, l’horreur de la vie quotidienne des Rohingyas de l’Etat d’Arakan en Birmanie (aujourd’hui Myanmar) faisait trembler la France. Près d’un an après, cette vague d’empathie a laissé place à un silence radio qui laisserait à penser que la crise est terminée.

Mais qui sont les Rohingyas ?

Ce sont principalement une minorité religieuse musulmane dans un pays majoritairement bouddhiste dont la population est établie dans l’Etat d’Arakan, à l’ouest de la Birmanie, et frontalier du Bangladesh. Depuis l’indépendance du pays en 1943 et tout particulièrement depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire en 1962, les Rohingyas ont fait l’objet de nombreuses politiques discriminatoires voire actions violentes visant à les faire sortir du territoire. Ainsi, quand en 1971 de nombreux musulmans fuient le Bangladesh alors en pleine guerre d’indépendance, l’armée birmane a tôt fait de repousser les réfugiés à l’intérieur de leur pays d’origine en utilisant la force. Et d’en profiter par la même occasion pour ne pas différencier réfugiés et Rohingyas dans son entreprise. En 1982 est adoptée la loi sur la nationalité qui établie que la population Rohingya n’aura ni accès à la citoyenneté, ni ne bénéficiera de droits et de protection.

Si la junte militaire gouverne officiellement jusqu’en 2011, beaucoup pensent que le début du XXIème siècle marque l’apaisement de l’acharnement armé contre la minorité musulmane. C’est sans compter des troubles qui traversent l’Etat d’Arakan en 2012 sont directement attribués aux Rohingyas. Ce moment marque le retour de la discrimination ainsi qu’une politique migratoire très stricte qui vise à empêcher tout retour à Myanmar des Rohingyas réfugiés au Bangladesh. Finalement, c’est une attaque menée par l’ASRA (L’Armée de secours des Rohingyas d’Arakan, anciennement Yakin) qui achève de mettre le feu aux poudres en 2016, déclenchant une répression sans précédent contre la population musulmane.

L’année 2016 marque également l’accession au pouvoir de Aung San Suu Kyi, figure de proue de la lutte pour la démocratie en Birmanie, qui avait été enfermée de nombreuses années. Elle finit par arriver au pouvoir et ainsi commence à libérer quelque peu la société birmane. Prix Nobel de la Paix en 1991, elle incarne alors l’espoir de la fin d’un régime militaire et de l’abolition des persécutions pour aller vers une Birmanie plus démocratique.

Mais lorsqu’en août 2017, les forces armées birmanes se déchaînent contre les Rohingyas, la Conseillère d’Etat détourne le regard. Certes, l’ASRA a mené une attaque contre les forces de sécurité du pays. Cependant, n’est pas responsable le peuple Rohingyas dans son ensemble et dès le 30 août l’ASRA déclare un cessez-le-feu unilatéral. Mais les violences militaires contre la minorité musulmane ne s’arrêtent pas là, puisque ce sont près d’un million de Rohingyas qui fuient les persécutions pour aller se réfugier au Bangladesh. Et Aung San Suu Kyi de déclarer que la désapprobation occidentale concernant la situation de crise en Arakan est alimentée par une « désinformation » sur la situation. Si Aung San Suu Kyi incarnait l’espoir de tout un pays, la dirigeante — certes sous la pression de l’armée qui a gardé le contrôle des ministères stratégiques – n’a pas bronché face aux chiffres désespérants du nombre de victimes qui sont estimées entre 2520 et 7220. Si la dirigeante ne dispose pas du pouvoir sur les forces armées, sa passivité évidente face à une situation de crise interpelle. C’est ainsi que Desmond Tutu (Prix Nobel de la Paix) déclare dans une lettre en septembre 2017 : « Si le prix de votre accession aux plus hautes fonctions de l’Etat est votre silence, ce prix est trop cher payé ».

Aujourd’hui, la situation semble d’apparence s’être calmée, mais c’est l’espoir du salut d’une nation qui s’est envolé avec l’échec démocratique que symbolise désormais la Conseillère d’Etat birmane.

De plus, si les conflits armés en eux-mêmes se sont fortement raréfiés au sein du pays, c’est bien parce que ce sont près d’1 millions de réfugiés Rohingyas qui campent à Kutupalong-Balukhali, au Bangladesh. Ainsi, au sein-même de l’Etat d’Arakan, peu de Rohingyas demeurent exceptés les rebelles de l’ASRA. Mais si ces réfugiés musulmans sont à l’abri des conflits armés, ils ne le sont pourtant pas des intempéries et de la maladie qui guettent leur mode de vie plus que précaire.

Victimes de la promiscuité, du manque de ressources, de l’impossibilité de reconstruire une vie stable ; les réfugiés doivent également faire face à la saison des moussons (de 6 mois dans cette région) qui a déjà causé de nombreuses inondations, forçant ainsi le déplacement des réfugiés.

Ce sont 500 000 enfants qui grandissent chaque jour dans des conditions aggravées par les inondations et la contamination de maladies qu’elle déclenche. Et pourtant, le sujet semble clos sur la scène internationale, dès lors que la situation n’a plus rien de « spectaculaire ». Ainsi, pour trouver des informations sur l’état actuel des choses pour ces réfugiés en 2018, il a fallu chercher sur « Secours Islamique France » qui fait continuellement des appels aux dons pour servir la cause, notamment en ce qui concerne l’éducation des enfants.

Tant que cette crise humanitaire – incarnation glaçante de la violence de notre monde aujourd’hui – ne sera pas réglée, la condition de ce million d’êtres humains ne devra pas être oubliée. De même que l’on ne fait pas demi-tour en pleine bataille, le combat non pas pour des droits particuliers mais tout simplement pour celui de vivre chez soi doit perdurer, afin qu’un jour les autorités n’aient plus d’autre choix que d’arrêter le massacre.

Si le bouddhisme est perçu comme une religion généralement pacifique, les actes du gouvernement birman en témoigne autrement et démontre la nécessité d’établir une distinction entre religieux et politique. Le combat contre l’oppression des minorités ne s’arrête pas à la frontière de notre « étranger proche », mais est bien un combat de tout lieu, de tout temps, et de chaque instant.

 

Caroline Chambon

 

Quelques sources particulièrement intéressantes:

http://filiu.blog.lemonde.fr/2017/09/17/religions-de-paix-et-de-guerre-en-birmanie/

https://www.courrierinternational.com/article/birmanie-rohingyas-les-questions-cles-pour-comprendre-le-conflit-dans-larakan

https://www.secours-islamique.org/index.php/rohingyas-2018.html

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :