Bolsonaro : une menace pour l’environnement et les indigènes

Le 1 janvier 2019, a été marqué par l’investiture du nouveau président brésilien : Jair Boslonaro. Ce président a beaucoup préoccupé les Ong défendant les droits des minorités « indigènes » mais également ceux portant des considérations environnementales.

En effet, une grande partie du programme du président élu était fondé sur une volonté progressive de supprimer en tant que telle l’Amazonie, mais aussi les traits singuliers des cultures amérindiennes du Brésil. Jair Bolsonaro expliquait le 30 novembre 2018 lors de sa visite de l’école d’aéronautique de Sao Paulo que “lorsque (l’Indien) rentre en contact avec la civilisation, il va se modeler à un autre mode de vie, bien meilleur que le sien ». En outre, le nouveau président brésilien entend profondément transformer le mode de vie des communautés « indigènes » en substituant une grande partie de leurs réserves par des productions agricoles en tout genre, soja, pâturages, contribuant ainsi à la destruction de l’Amazonie.

En guise d’introduction, un panorama de la situation actuelle des populations dites « indigènes » du Brésil sera présentée afin de comprendre la complexité de leur situation. Le FUNAI (Fundaçao Nacional do Indio où fondation nationale de l’Indien) est un organe rattaché au Ministère de la Justice au Brésil. Son devoir est d’exécuter et coordonner les politiques fédérales qui concernent la promotion des droits des Indiens. Selon cet organe, les populations dites amérindiennes représentent 818.000 habitants soit 0.4 % de la population totale brésilienne, qui elle est autour de 200 millions.

 Parmi cette population, cinq cent mil d’entre eux vivent dans des villages dits « indigènes », soient des réserves. Par réserves, le FUNAI entend des terres qui sont données par des tiers, acquises où issues de l’expropriation et sont possédées de manière permanente par les peuples autochtones. Elles appartiennent également au patrimoine de l’Etat. L’Etat à la possibilité d’établir sur n’importe quelle partie du territoire national des territoires possédés et occupés par les peuples indigènes ; terres sur lesquelles ils peuvent vivre et obtenir des moyens de subsistance par l’utilisation des richesses naturelles présentes sur ces territoires, ce qui garantit la pérennité de leur ethnie mais aussi de leur culture. Il existe au Brésil 50 réserves, parmi lesquelles 35 sont dites « transmises » soient achetées, données par des tiers où issues de l’expropriation. Les 15 dernières d’entre elles sont dites « régularisées » et données par le gouvernement, où l’usufruit est en totalité possédé par les membres de la réserve. Les trois cents mille autres amérindiens vivent dans les aires urbaines. En fonction des régions, et en raison de leur inégal niveau d’urbanisation, la proportion d’indiens vivant dans les villes et les réserves varient. Par exemple, dans les régions du nord du Brésil les indiens sont majoritairement présents dans des réserves. Dans le Norte (partie amazonienne du brésil), sur 342.836 indiens seuls 90.945 vivent en dehors de leurs réserves. A l’inverse dans les régions majoritairement urbanisés du Sudeste (Sao Paulo et Rio de Janeiro), qui elles comptent 99.137 indigènes, 83.233 vivent hors des réserves. Le taux de natalité des amérindiens est supérieur à celui du reste de la population brésilienne, il s’élève à 3.5%, contre 1.73 en moyenne nationale. Ces chiffres s’expliquent par les progrès de la médecine brésilienne et aux efforts menés par le gouvernement brésilien pour protéger les réserves amérindiennes par le passé. On considère que 60% des amérindiens vivent dans la région administrative dite de « l’Amazonie légale » à savoir 59% du territoire brésilien. Le FUNAI établie différentes catégories d’amérindiens en fonction de leur situation. On compte les indiens dits « isolés » étant ceux qui vivent dans des communautés isolées, n’ayant eu aucun contact avec le monde extérieur. Ils représentent une centaine de groupes différents. D’autres sont considérés comme en « voie d’intégration », ayant conservé leur mode de vie ancestraux, mais ayant pour autant accepté, quelques modes de vie liés à la communauté nationale. Enfin, une dernière catégorie a été créé, considérant certaines populations comme « intégrées ». C’est-à-dire ayant un niveau de connaissances des us et coutumes de la communauté nationale, leur permettant de pleinement disposer de leurs droits civiques. Ces individus doivent au minimum avoir 21 ans et avoir une connaissance minimale de la langue portugaise.

Des mesures phares dont les conséquences environnementales et humaines sont dévastatrices

Cependant, si la situation des amérindiens est à l’heure actuelle déjà précaire, celle-ci risque de s’enliser avec le nouveau mandataire brésilien. Deux promesses phares de son programme en disent long sur ses motivations. Premièrement, il souhaite supprimer le ministère de l’environnement alors même que 60 % de la forêt amazonienne est au Brésil. L’objectif du président brésilien, est de fusionner ce ministère avec celui de l’agriculture. Cette mesure est bien controversée puisqu’elle pose la question de l’influence du lobby de l’agroalimentaire (celui-ci ayant activement soutenu le président brésilien lors de sa campagne). Cette mesure a été vaguement critiquée par de nombreux politiciens brésiliens, tels que l’ex ministre brésilien de l’écologie Edson Duarte. Ce dernier explique que la fusion des ministères « aurait des difficultés opérationnelles (…)  l’économie nationale en pâtirait, particulièrement l’agro-business, face à de possibles représailles commerciales de la part de pays importateurs ». C’est en effet, face à ses nombreuses craintes que le brésilien fraichement élu s’est abstenu de réaliser cette proposition, même s’il a supprimé les prérogatives de nombreuses institutions stratégiques brésiliennes.

 Jair Bolsonaro a commencé par supprimer le pouvoir qu’avait le FUNAI dans l’attribution des réserves indigènes, la réforme agraire, la régularisation de la propriété dans les zones rurales et les terres indigènes. Cette mesure a fortement inquiété les mouvements indigénistes au Brésil qui craignent une substitution de leurs terres ancestrales ainsi que de la reconnaissance de leur culture, au profit de territoires qui seraient simplement destinés à l’agriculture et l’élevage intensif.  L’ex fonction du Funai a été déléguée au ministère de l’agriculture, dont la ministre Tereza Christina Da Costa est proche des lobbies de l’Agrobusiness, mouvement représenté par le groupe parlementaire des « ruralistes ». Cette députée a par exemple soutenu un projet de loi dit « empoisonné » qui visait à libéraliser les pesticides pouvant être utilisés pour l’agriculture. Cependant, de nombreuses études réalisées dans le passé, révèle que les précédents gouvernements brésiliens ont été rétifs à faire passer cette loi, en raison de la dangerosité de ces pesticides, pouvant causer des cancers, malformations et étant toxiques pour les sols.

 Jair Bolsonaro, dans une optique d’étiolement des mouvements indigénistes, a prévu d’intégrer le Funai au sein du ministère de la Femme, de la Famille et des Droits de l’Homme, ce qui réduirait d’autant plus son pouvoir d’action. Ce transfert est prévu dans un décret devant être adopté par le congrès brésilien dans les 4 mois à suivre. Ce ministère est lui dirigé par Damares Alves elle aussi membre du groupe ruraliste et ancienne pasteure évangéliste, ayant des positions dures à l’égard des droits des « indigènes ». Cette volonté de vouloir s’arroger les territoires alors auparavant confiés à des tribus amérindiennes a souvent une vocation stratégique. Par exemple, une région est particulièrement convoitée par le gouvernement actuel. Il s’agit de la réserve indigène de Raposa Serra Do Sol, qui se situe dans l’Etat du Roraima. Il s’agit d’une réserve étendue sur plus de 17.000 kilomètres carrés, composée de 17.000 indigènes, elle a été délimitée par l’ex mandataire Lula en 2005. Néanmoins, malgré la protection législative dont bénéficie cette réserve, celle-ci possède un sol d’une richesse stratégique pour le gouvernement : métaux rares, étain, or, cuivre où même diamants sont présents.

La modernisation d’une route ayant été l’objet de conflits par le passé

Le second objectif effarant du président brésilien est de rénover une route stratégique en plein milieu de l’Amazonie. Il s’agit de la route Br-319, qui relie Manaus à Porto Velho. Cette route longue de 890 km, se situe au cœur des de l’une des régions les plus préservées de l’Amazonie entre deux centres économiques de la région. L’objectif de Bolsonaro, est de l’asphalter, de moderniser, et de sécuriser, donc en clair de la rendre plus viable à long-terme. Selon Marilene Ramos, présidente de l’IBAMA (institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables), une simple route conventionnelle ne peut être construite. Elle l’explique du fait de sa géographie spécifique, en plein milieu d’une zone protégée de la forêt amazonienne, où des tribus indigènes sont présentes. Une simple modernisation de la route risquerait d’entraîner une urbanisation de la zone et donc de déforester les territoires en périphérie de cette route, mais aussi de chasser les tribus vivant dans les réserves environnantes, car cette route modifierait profondément leur mode de vie.

De précédents débats ont déjà eu lieu concernant la modernisation de cette route. Ainsi, le 4 septembre 2018 a eu lieu une audience publique composée des ministres de l’environnement, des transports (avec la commission des services et des infrastructures du Sénat) et de la justice brésilienne dont l’objectif était de statuer sur le futur de cette route, celle-ci ayant été laissée à l’abandon depuis 40 ans. Eduardo Braga, Président de la Commission des Services et des Infrastructures du Sénat (CI), a quant à lui fait rappeler, lors de cette conférence, que la modernisation de cette route devait être attentivement étudiée car celle-ci passe par des réserves indigènes. A la suite de cela, le Ministre de la Justice a évoqué l’organisation, le 16 octobre 2018, entre le Funai et des leaders indigènes, d’une réunion concernant les conséquences de la modernisation de cette route sur le mode de vie des deux communautés indigènes présentes à une quarantaine de kilomètres de la route entre le kilomètre 250 et 655. Il s’agit des Apurinã do Igarapé São João et les Apurinã do Lago Taumarim. D’après cette réunion, il avait été démontré que ces tribus subissent actuellement l’influence encore indirecte de cette route, mais qu’à long-terme son développement pourrait profondément modifier le mode de vie de ces communautés.

Des conséquences environnementales sont également à mentionner concernant la construction de cette route.

Dès 2015, l’IBAMA a évoqué l’importance des risques de destruction de la forêt amazonienne lors de la construction de la route. Philip Fearnside, chercheur à l’Institut National de Recherches amazoniennes, explique que la modernisation de cette route va faciliter la création d’un « axe de la déforestation » selon ses propres termes. Il explique également que le fait d’asphalter la route, va avoir pour conséquence l’ouverture de « tout un bloc de forêt pouvant affecter la zone ouest de la région amazonienne ». Ce chercheur critique également les études réalisées sur les impacts environnementaux de cette construction dans la mesure où ces études, si elles veulent préserver les zones proches de cette région, suggèrent la création de passages à niveau qui vont perforer ces zones protégées afin d’en faire des zones touristiques, ce qui compromet les velléités de protection des zones. Carlos Durigan, géographe et écologiste brésilien, explique quant à lui que l’ouverture d’une route, et dans ce cas précis de sa modernisation est un vecteur de destruction de la forêt le long des territoires sur lesquels elle est construite. Selon lui, une législation prenant en compte toute la complexité du projet doit être solidement assurée avant l’implémentation du projet.

La question de la modernisation de la route Manaus Porto Velho n’est pas le fait de la modernisation d’une simple route. Elle comporte de nombreuses problématiques tant environnementales qu’humaines, ce qui laisse penser que, si le nouveau président brésilien venait à s’occuper de cette question, étant peu soucieux des conséquences environnementales, la modernisation de cette route serait un véritable désastre écologique.

D’autres mesures alarmantes sur l’environnement

D’autres mesures en lien avec l’environnement sont présentes dans son programme, malgré le fait que ce dernier ne mentionne même pas les termes réchauffement climatique et Amazonie. Outre sa volonté de supprimer le Ministère de l’Environnement, Jair Bolsonaro entend réduire les subventions allouées aux agences publiques environnementales telles que l’IBAMA, mentionnée précédemment.

Bolsonaro, ne souhaite pas seulement que les organes de l’Etat en charge de la protection de l’Amazonie soient dépossédés de leurs fonctions. Il souhaite également amoindrir le rôle des ONG, dont l’ingérence dans les affaires brésiliennes pourrait porter préjudice à sa politique climato-sceptique. Un décret devant être validé par le Congrès brésilien dans les 4 mois explique vouloir faire « surveiller » et « coordonnées » par le Secrétaire du gouvernement Carlos Alberto Dos Santos Cruz, ancien militaire dont la proximité idéologique avec le nouveau président brésilien pourrait porter atteinte aux missions réalisées par les ONG sur place.

Bolsonaro, entend bien, dès les premiers instants de son mandat, remettre en cause la politique réalisée par ses prédécesseurs, où l’environnement et les droits des communautés indigènes sont bafoués, au profit d’une industrie agricole puissante, induisant à fortiori une relance de l’économie par la destruction de l’Amazonie.

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