LA BANALISATION DE L’ANTISEMITISME ET DE SON AVATAR

Avant de commencer cet article, j’aimerais revenir sur la définition de termes que j’utiliserai fréquemment. L’antisémitisme, mot né au 19e siècle, rassemble tous les actes de discrimination à l’égard des juifs (en tant que religion) et des Juifs (en tant que peuple). L’antisionisme, lui, désigne l’opposition à la création, et depuis 1948, à l’existence, d’un Etat Juif dans les terres où l’Etat d’Israël a été établi selon le plan de répartition des Nations Unies. Ainsi, lorsque j’évoquerai l’antisionisme, je me rapporterai à la définition historique du terme, un antisioniste étant alors une personne s’opposant, non pas à l’occupation et à l’extension d’Israël sur les terres voisines, mais à l’existence d’un Etat d’Israël.

« L’antisémitisme ne s’est jamais exprimé aussi librement qu’aujourd’hui, sauf peut-être dans les années 30 ». Je commence mon article en rapportant les mots d’un ami, que j’ai trouvé très justes et qui m’ont alerté de la gravité de la situation actuelle.

Ces dernières années, l’antisémitisme a frappé de manière extrêmement répétitive la société française : de « simples » tags aux meurtres, cette forme de racisme est une fois encore en phase de développement, ces dernières semaines de manière exponentielle.

Les actes racistes à l’égard des Juifs représentent en France plus de la majorité du total des discriminations raciales recensées, alors qu’à peine 0.7% des Français sont Juifs. Pire, l’antisémitisme tue: pour la dernière fois le 23 mars 2018 avec le meurtre de Mireille Knol, qui aura survécu à la Shoah mais pas au XXIe siècle. Ces actes d’une violence extrême surviennent dans un Etat qui a volontairement assassiné au moins 75 721 de ses citoyens (selon l’association Fils et Filles des déportés Juifs de France), dont 11 000 n’étaient même pas majeurs, pour simple motif qu’ils étaient Juifs. Ces actes surviennent dans un Etat qui n’a jamais su rendre le peu de justice qu’il était possible de rendre à ces personnes, en n’emprisonnant pas, dans les années 90, les principaux dirigeants collaborationnistes de France.

Aujourd’hui, le gouvernement préfère s’attacher à emprisonner les petits vendeurs de shit. Enfin, ces actes surviennent dans un Etat qui côtoie, au moins depuis l’an 535, l’antisémitisme, dont les premières traces remontent à l’interdiction de la pratique du judaïsme sur son territoire par les décrets du Concile de Clermont.

Je suis bien entendu convaincu que personne ici ne s’opposera au fait qu’il faille lutter contre cet antisémitisme exposé de manière ostentatoire, même si je rappelle que, pas plus tard que l’année dernière, des propos à l’extrême limite du négationnisme ont été tenus dans cet IEP. C’est contre la banalisation de l’antisémitisme, qui n’est pas revendiqué comme tel par ses auteurs, que j’espère convaincre.

En effet, je suis persuadé que le plus grand danger à la cohésion de notre société est la banalisation du racisme et des discriminations, qu’elles soient anti-juives, comme antimusulmanes, antinoires ou encore anti-LGBT. Pourtant, j’écris aujourd’hui sur le racisme spécifique qu’est l’antisémitisme, pour la simple raison qu’au 21e siècle, on ne tue pas en France au nom d’un autre racisme que de celui-ci.

Il existe en France deux antisémitismes distincts : l’un traditionnel, ancré dans certains milieux, dans la lignée de l’affaire Dreyfus ainsi que dans les origines du Rassemblement National, et l’autre, plus récent et volatile, créé au même moment que l’Etat d’Israël. C’est du second antisémitisme dont j’aimerais parler.

L’antisionisme, c’est un avatar de l’antisémitisme. C’est un moyen de s’attaquer aux Juifs tout en restant politiquement correct. Je l’ai rappelé au début de l’article : l’antisionisme désigne l’opposition à l’existence d’un Etat juif et non l’opposition à la politique extérieure de cet Etat. S’opposer à l’existence d’Israël a plusieurs conséquences. S’y opposer c’est nier la présence de Juifs sur cette terre, au moins depuis l’Antiquité. S’y opposer, c’est ne pas chercher à comprendre la volonté des Juifs d’Europe de quitter définitivement le continent qui leurs a causé tant de souffrance, pour une terre qu’ils pensaient promise. S’y opposer, c’est vouloir déloger et déplacer pas moins de 6 millions d’Israéliens juifs, sans même se demander vers quel pays les emmener [les déporter ?]. S’y opposer, c’est finalement relancer le problème de l’apatridie, source de tant de maux et mythes, de l’argent au complot juif international.

Aujourd’hui, en France, comme dans d’autres endroits du monde, l’antisionisme est en vogue. Souvent présent dans les mesures programmatiques des partis de gauche ou d’extrême gauche, il est plus ou moins revendiqué et exposé, allant de la rencontre par Jeremy Corbyn (chef du Labour britannique) des dirigeants des organisations Hamas et Hezbollah, responsables de la mort de plusieurs centaines de personnes et dont l’antisémitisme n’est pas à prouver, à la création d’une liste antisioniste, par Dieudonné M’Balla. Outre le fait que, pour le premier, le calcul électoral effectué en amont de la rencontre me laisse sceptique quant à sa sincérité politique, le second érige fermement l’antisionisme en principale préoccupation et ligne d’action politique. Je pense qu’on peut parler d’une véritable obsession à l’égard d’Israël et du « sionisme », s’il on est capable d’orienter un mandat électoral européen à la seule volonté de détruire un Etat se situant à plusieurs milliers de kilomètres. Cette obsession, vous me l’accorderez, est présente chez bon nombre de personnes.

Sans douter de la sincérité des personnes comme Dieudonné vis à vis de la triste situation des réfugiés palestiniens, des territoires occupés ou des guerres très meurtrières depuis des nombreuses années, je ne trouve pas d’explication à cette obsession. Je ne comprends pas que la défense d’une communauté quelconque, autre que celle nationale, soit au centre de la politique programmée de certains candidats.  Sans même essayer d’arguer qu’on ne puisse pas parler d’apartheid en Israël sans porter atteinte à la mémoire de ceux ayant vécu l’apartheid en Afrique du Sud, je ne trouve pas d’explication non plus à une obsession pour la défense des Palestiniens. Aussi triste et difficile que leur condition soit, comment expliquer que personne ne se préoccupe de la libération du Tibet et de son peuple ? Comment expliquer que les réactions après l’invasion de la Crimée se soient estompées aussi vite qu’elles sont apparues, quand les préoccupations à l’égard de la Palestine sont toujours présentes ? Comment expliquer que la question du Sahara Occidental occupé par le Maroc ne soulève pas les foules en France ? En bref, comment expliquer que les Palestiniens attirent une compassion mondiale, alors que leur sort s’apparente aux dizaines d’autres peuples « opprimés » ?

La réponse est évidente. Le belligérant, dans ce dernier cas, est Juif. L’antisionisme, c’est un moyen de focaliser une haine, l’antisionisme, c’est le nouveau nom, acceptable -pour l’instant je l’espère- de l’antisémitisme.

La dénonciation de l’antisionisme comme forme d’antisémitisme est primordiale. Il est urgent d’agir en faveur de la lutte contre l’antisémitisme et de son avatar. Une communauté de la Nation française est en train de disparaître : près de 10% des Juifs de France ont quitté le territoire national depuis le meurtre par la torture d’Ilan Halimi. Ne vous y méprenez pas, je ne suis pas catastrophiste. Prenons simplement l’exemple du Maroc : la communauté juive marocaine comptait 300 000 personnes en 1945. Ils ne sont aujourd’hui plus que 4.700. Le combat contre le racisme doit concerner toutes les communautés de la Nation et être intransigeant, quotidien et systématique.

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