Témoignage

*Mention de viol*

Comme une femme sur trois, j’ai été violée. Au départ, j’avais peur d’écrire cet article et d’y mettre mon nom parce que je ne souhaitais pour rien au monde devoir subir les regards compatissants, le fait d’être associée à mon viol ou les gens qui penseraient que c’est la raison de mon engagement féministe. Mais je me suis souvenue qu’une femme sur trois, c’était beaucoup et que mon article risquait d’être important pour une partie non négligeable des femmes de cet IEP. Alors je me suis lancée. Parce qu’il est essentiel de libérer la parole sur ce sujet tabou, de dégager la honte qui y est associée et de pouvoir en parler afin, pour certaines, de se libérer du poids d’être seules dans leur douleur. Je ne me sens pas légitime dans cette démarche, en ayant parlé à trois personnes dans ma vie, mais c’est aussi plus personnellement une occasion pour moi d’ouvrir le dialogue et de cesser de faire de mon viol mon secret de polichinelle. Je précise que je parle seulement en mon nom, parce que chaque victime de viol est différente et vit les choses différemment.

Quand j’avais 18 ans, je suis partie en vacances avec des amies. Le dernier soir nous avons rencontré des garçons. Long story short, quand mes amies sont remontées à l’appartement avec ses amis à lui, un de ses garçons que j’avais préalablement embrassé mais avec lequel je n’avais aucune envie d’avoir des rapports m’a tirée en arrière, poussée dans un recoin de la rue et a forcé sa main dans ma culotte pour me convaincre d’avoir des rapports sexuels avec lui. J’ai eu beau trouver toutes les excuses du monde, mes refus n’avaient aucune valeur. Mes « non » voulaient dire pour lui qu’il devait insister pour me convaincre. J’avais si peur.

Quand il a fini par lâcher l’affaire, nous sommes remontés à l’appartement et j’ai immédiatement occulté ce qui venait de se passer. Je n’en ai pas parlé à mes amies même si je savais que quelque chose clochait, que ce qui venait de se passer n’était pas normal. Nous sommes parties le lendemain et je n’ai plus jamais entendu parler de lui.

En revanche, ce qu’il m’avait fait restait avec moi. J’ai eu trois phases d’acceptation de ce qu’il s’était passé. Tout d’abord, j’ai occulté les faits pendant plusieurs mois. Après tout j’avais ressenti du plaisir malgré moi, je l’avais embrassé avant, ce qu’il m’avait fait était logique. Par la suite, j’ai réalisé que j’avais dit non un millier de fois, que j’avais essayé de le repousser physiquement, que je cherchais toutes les excuses du monde pour qu’il arrête, en vain. Qu’il n’y avait pas eu de consentement et donc que j’avais été agressée sexuellement. Et un jour, j’ai lu une définition du viol. « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol ». Il m’avait pénétrée avec ses doigts sans mon consentement donc j’avais été violée.

J’ai passé longtemps murée dans le silence à ressasser ce qui c’était passé. Un jour, j’ai eu le courage d’en parler à une amie qui m’a soutenue et écoutée. Mettre des mots sur ce qui m’était arrivée était libérateur. Plus tard, j’ai eu le courage d’en parler à l’amie avec qui j’étais en vacances et qui n’avait pas conscience de l’horreur que j’avais vécu ce soir-là. Ce moment m’a libérée et m’a fait prendre conscience qu’il n’y avait aucun tabou à avoir sur cet événement. Depuis je ne l’ai dit qu’à une autre personne, non pas parce que j’ai peur d’en parler mais juste parce que je ne souhaite pas en faire un moment de révélation terrible pour les gens qui me connaissent. Si cela venait dans la discussion avec mes amies, je le dirais. C’est tellement compliqué d’en parler même quand on en est capable sans faire remonter de traumatismes, qu’on arrive à le dire calmement, à cause des réactions des gens. On ne veut pas que nos ami.e.s aient de la pitié pour nous, nous regardent avec inquiétude dès que le viol est mentionné dans une conversation ; on ne veut pas que les gens croient pouvoir nous analyser par ce prisme et nous voient comme la pauvre petite violée ; on ne veut pas entendre des gens nous poser des questions pour décider si on correspond bien à leur vision d’une femme violée et par conséquent si c’était vraiment un viol ce qui nous est arrivé ; on ne veut pas entendre les professionnels de santé dire que « quand même il aurait pu vous jetez par terre et vous violez avec son pénis vous avez eu de la chance » ; on ne veut pas détruire sa mère en lui annonçant.

                Je pense que ce que j’essaye de dire dans cet article, c’est qu’un viol peut être autre chose qu’un pénis dans un vagin. Ce n’est pas parce que vous avez pris du plaisir que ce n’est pas un viol, le corps a ses automatismes. D’autre part, on peut être violée sans en sortir avec tous les traumatismes communément associés et il faut absolument respecter les réactions, les traumatismes, les fantômes, les réflexes des femmes qui ont vécu ça, que cela corresponde ou non à votre vision d’une femme violée. Ecoutez les personnes qui vous parle de leur viol avec mesure et sans apitoiement : c’est elle la victime, pas vous, ne retournez pas la situation parce que vous êtes choqué.e.s et pas la peine de lui répéter à quel point c’est horrible et injuste, elle le sait. Dites-leur que vous les soutenez, que vous êtes là pour elles et respectez leurs décisions (de n’avoir rien dit, de ne pas avoir porté plainte, etc.). Et ne nous associez pas à notre viol s’il-vous-plaît, personne ne veut être identifiée comme la meuf qui a été violée.

Aux filles qui ont été agressées, violées, victimes du patriarcat. Malheureusement, ça fait beaucoup (trop) de filles. Je ne sais pas quoi vous dire d’autre que prenez soin de vous, remettez-vous en à votre façon et votre rythme et si vous voulez parler, sachez que je suis là.

 

Clara R

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