Témoignage

/!\ Mention de viol et pédophilie /!\

Après les nombreux courageux témoignages dans l’IEP, je me lance aussi et j’ai décidé, à mon tour de témoigner.

Merci à toutes les femmes de cet IEP, plus courageuses les unes que les autres, d’avoir su poser des mots sur nos maux. D’avoir su nous dire à toutes que nous n’étions pas les seules à vivre ces événements tragiques. D’avoir su nous dire que nous n’étions pas le problème. D’avoir su nous venir en aide.

Moi aussi, comme une femme sur trois, j’ai été violée. À 6 ans. Par un homme inconnu. Dans un supermarché. Rayon jeux pour enfants. Innocente, ma mère m’avait laissée 5 minutes seule dans le rayon, à mon plus grand bonheur, me laissant choisir quel Tamagotchi je voulais aujourd’hui.

Il a suffit de ces 5 minutes pour me traumatiser à jamais.

Il arrive devant moi, se met à me parler. Il n’avait ni camionnette blanche, ni bonbons. Il me propose de jouer avec lui. Puis de jouer avec son sexe. Je n’avais jamais vu un pénis, je n’en connaissais même pas l’existence. Réticente, il finit par me convaincre en demandant à d’autres filles près de moi – qu’il connaissait – de lui faire des bisous. Elles obéissent naturellement, elles m’avaient même l’air heureuses de le faire.

Alors, j’obéis. Je pense que c’est un jeu. J’ai peur de ce monsieur, je fais ce qu’il me dit par peur qu’il s’énerve. Il me demande de faire des bisous, de le toucher, de le caresser, de faire des vas et viens, de rentrer son sexe dans ma bouche

Il m’a demandée une fellation. Il m’a fallu 15 ans pour le comprendre. Il m’a pénétrée sans mon consentement. C’est un viol. Parce qu’à 6 ans, nous ne sommes pas consentents. Nous ne pouvons pas l’être quand nous n’avons aucune notion de la sexualité. Nous ne sommes pas aptes à dire expressément « non » à un adulte, à défier son autorité. J’ai exprimé ma réticence, j’ai voulu partir. Il m’a forcée. C’est un viol.

Ma mère me retrouve après le viol, elle le voit se rhabiller. Elle a immédiatement compris. Elle me demande de raconter, elle me demande si je vais bien. Puis, c’est « ne le dis jamais à ton père, ne le dis à personne ». Je ne l’ai jamais dit. Ni à mon père, ni à personne. Elle ne m’en a jamais reparlé. Mais Maman, je ne t’en veux pas. Quelle réaction aurait une mère quand sa petite fille vient de se faire violer après 5 minutes d’inattention ?

Après le viol, plusieurs phases ont suivi. Le déni voire l’oubli, pendant longtemps, trop longtemps. J’ai complètement occulté l’événement, comme s’il n’était jamais arrivé. Ce n’était pas si grave, il n’y avait pas eu pénétration pénis-vagin. C’était ma faute, j’avais accepté. C’était normal. Si normal, que je n’y pensais jamais, comme complètement effacé de ma mémoire.

Puis j’ai grandi, il y a eu #metoo, et j’ai compris. J’ai compris que j’avais été violée par un pédophile. Retour du refoulé, hardcore. Cauchemars, crises de panique,  paranoïa, images qui reviennent en boucle. Tout ce que j’avais oublié s’est ravivé, du jour au lendemain, et ça ne m’a plus jamais quittée. Aujourd’hui encore, je peux me lever en pleine nuit avec un nouveau flash back.

Je vis en collocation avec mon viol, et mon violeur. Toujours dans un coin de ma tête, je ne sais jamais quand est-ce que le souvenir va revenir. Comme une source d’angoisse permanente.

Plus grosse trace : j’ai une peur irrationnelle des hommes. Tous les hommes, à tous les instants. J’ai toujours peur d’être suivie, qu’on m’agresse, qu’on me viole une nouvelle fois. Je passe mon temps à fuir les hommes, à compter le nombre de femmes dans les wagons pour monter dans celui avec le plus de femmes, parce qu’on ne sait jamais. Puis, il m’a fait haïr mon corps, ce corps traître qui a permis le viol. Ce corps d’enfant, sali. Je ne supporte pas de voir des photos de moi enfant, parce que je ne comprends pas comment on a pu faire subir des événements si horribles à ce petit corps d’enfant. 6 ans c’est trop tôt pour ôter leur insouciance à mes grosses joues et mon sourire enfantin.

Maintenant, c’est la solitude, totale. Personne ne comprend, je ne peux le dire à personne. Comment annonce-t-on ce genre de chose à ses ami.e.s ? Puis, à quoi bon ? Comme les autres, je ne souhaite pas être associée à cet événement. Ni au viol, ni à la pédophilie. Je vous en supplie, n’ayez pas de pitié pour moi. Battez-vous, battons-nous, contre ces horribles événements, protégez les enfants. Prenez soin de vous et de vos proches.

Alors merci à mon copain, seule et unique personne au courant, de me soutenir aussi fort qu’il peut et de comprendre.

À toutes celles et ceux qui ont vécu des histoires similaires, je suis là. Je suis là pour en parler ensemble, pour avancer ensemble ou simplement pour un câlin. Vous avez tout mon amour.

Surtout maman, ne t’en veux pas, ce n’est pas ta faute. Et à la mini-moi, ce n’est pas ta faute non plus, arrête de t’en vouloir.

 

A.A.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :