Euphoria.

Avis : à voir d’urgence.

On l’a beaucoup comparée avec Skins pour son cast d’adolescents en perdition et pour son focus, épisode par épisode, sur chaque membre du petit groupe qui le compose. On l’a critiquée pour son esthétique très léchée, son manque de vraisemblance, ses personnages un peu trop lisses pour de simples lycéens. Et pourtant, ce sont bel et bien ces critiques qui font sa force et qui lui donnent son caractère unique. 

Euphoria, c’est une plongée onirique dans la vie imparfaite – donc honnête – de jeunes de la génération Z (ils tous entre 16 et 18 ans), qui se cherchent, se perdent, s’affirment. C’est un exposé en pente vive de leurs erreurs, de leurs échecs, de leurs peurs. 

Dans un monde complètement digitalisé (Instagram, Snapchat, Tinder/Grindr, sont des éléments de l’histoire à part entière), on rencontre une dizaine de ces jeunes luttant chacun avec soi-même et avec les exigences extérieures, qu’il s’agisse de celles de leurs parents, de leurs professeurs, de leurs camarades, ou plus largement de la société à leur égard.  

Il y a d’abord Rue (Zendaya), une toxicomane qui souffre de troubles obsessionnels compulsifs et d’un déficit de l’attention, sous médicaments depuis son plus jeune âge. 

Il y a Jules (Hunter Schafer), la nouvelle venue, transgenre et passionnée de mode, en quête de féminité au risque de se faire étouffer – littéralement.
Il y a Kat (Barbie Ferreira), complexée par sa virginité et son poids, qui s’affirme avec éclat au risque, elle aussi, de s’oublier.
Il y a la belle Cassie (Sydney Sweeney, aperçue dans Sharp Objects et le dernier Tarantino), définie par son image – et par la réputation qu’on lui a donnée.
Sans oublier Maddy (Alexa Demie), forte, populaire, sûre d’elle, mais surtout cassante, violentée, brisée.

Si les femmes sont à l’honneur – parce que tous les abus que la société leur fait subir méritent bien ce portrait à cinq voix – les hommes ne sont pas en reste. La pression de la virilité, de la force, de la sexualité, de la réussite fait autant de ravages dans leur construction en tant qu’adultes.

On rencontre ainsi McKay (Algee Smith), l’athlète sensible (malheureusement pour lui), poussé vers l’excellence par son père et poussé à la violence par ses pairs. Et bien sûr Nate (Jacob Elordi), l’archétype de la popularité, qui dissimule une face sombre et perverse à l’extrême derrière un sourire Colgate

Toutes les failles des “millenials” sont violemment éclairées dans ce portrait brutalement honnête d’une génération trop souvent considérée comme choyée, fainéante, arrogante mais qui, en réalité, souffre de n’avoir qu’un smartphone comme exutoire. Parce qu’ici, comme dans la “vraie vie”, c’est surtout la technologie qui définit les relations (les rencontres, les preuves d’affection, les jeux de pouvoir). C’est aussi la technologie qui est le piège discret et l’ennemi proche.

Pourtant, l’histoire vraie sur laquelle est basée Euphoria – et en particulier l’histoire de Rue – est celle d’un homme, Sam Levinson, un ancien addict devenu acteur, scénariste et réalisateur. A 34 ans, il n’a pas connu l’immersion dans les réseaux sociaux et l’Internet à portée de main au lycée et pourtant, sa série est parvenue à conserver une dimension extrêmement personnelle.

C’est peut-être ce qui fait qu’elle touche aussi juste : nous est narré un récit honnête, brut, sans filtre, brisant parfois le quatrième mur et souvent les tabous. 

On y montre autant de sexes masculins qu’on a banalisé pendant des décennies les corps nus féminins – et c’est Zendaya qui le dit. Pourquoi? Parce que c’est un reflet de l’esprit d’adolescents d’aujourd’hui, dont le quotidien est envahi par les dick pics, le porno, la culture du viol. On y aborde des sujets majeurs comme l’addiction, le harcèlement, le deuil, la violence conjugale, la grossophobie, l’homosexualité, l’identité de genre, et j’en passe. Toujours avec justesse.

Les effets visuels impressionnants (esthétique parfaite, illusions, hallucinations, maquillage – on voit d’ailleurs beaucoup, beaucoup de paillettes) et la BO planante nous entraînent dans une réalité paradoxalement plus vive, parce que ces éléments sont là pour nous faire éprouver complètement ce que traversent les personnages. 

En bref, on s’immerge dans l’esprit d’une génération. On comprend leurs choix, on subit leurs peines, on partage leurs peurs, on ressent leurs émotions. Avec toute l’intensité d’une drogue dure. 

Béryl Bogui

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