Conférence Nicolas Dupont-Aignan

15 octobre 2019 : l’association Les Rencontres de notre cher Institut d’Études Politiques (aka Sciences Polémiques) a eu le plaisir de nous présenter son tout premier invité. Les premières personnes qui méritent des applaudissements sont d’abord tous ceux et toutes celles qui se sont donnés la peine de le contacter, de le convaincre, de poser des questions sur ses projets passés comme futurs, de faire tourner le micro pour que notre élite une et indivisible vide ses cartouches de calibre 12 sur le front de l’invité du soir garde en notes cette conférence riche en réflexions pour enrichir toujours plus son bagage culturel et ainsi lutter contre l’appauvrissement culturel de notre chère jeunesse. Je n’oublie pas également le Studio St Ger’ qui a pris soin de filmer pour nous l’intégralité du débat, disponible pour tous ceux qui veulent le voir et/ou le revoir!

À travers cette Rencontre sur la recomposition de la droite dans le paysage politique tricolore, ceux et celles en coulisses de la conférence ont avant tout souhaité mettre en lumière le pluralisme, le débat d’idée et la tolérance dans le cadre de l’intérêt du débat. C’est ce qu’ils ont souhaité, mais pas forcément ce qui en ressortait à ce moment-là.

Le premier invité sur la scène de l’amphithéâtre Cocteau est diplômé de l’Institut d’études Politiques de Paris (tu sais, l’école des équipes aux couleurs  jaune-pisse et noir-carrie au CRIT?) puis de Paris-Dauphine avant de rejoindre l’ENA au troisième essai. Il devient successivement membre du Rassemblement pour la République (RPR) jusqu’à diriger les études du parti. Député depuis plus de 20 ans, il rejoint l’UMP en 2002 pour 5 ans avant de quitter le parti et de fonder Debout la République (renommé Debout la France en 2014), sur un socle idéologique qui se veut gaulliste et républicain. Il est plus récemment connu pour avoir participé aux élections présidentielles de 2012 puis de 2017 mais sans être parvenu à accéder au second tour.

En voulant expliquer l’échec de l’alliance entre les différents partis de droite, Nicolas Dupont-Aignan fait d’emblée quelques corrections sur la description qui lui est faite. Il n’aime pas le terme de droite car pour lui, Emmanuel Macron est déjà un président de droite, le président “de l’oligarchie” et “de l’argent”. À la recomposition de la droite, il préfère la recomposition du paysage politique: sans nier la pérennité du clivage gauche-droite, il affirme que la mondialisation qui s’est exacerbée aujourd’hui entraîne dans toutes les démocraties un nouveau clivage entre la “mondialisation” et le “patriotisme”. Il préfère parler de recomposition (à droite comme à gauche) de la vie politique française. C’est ainsi qu’aux dernières élections européennes, il a dit préférer que les patriotes de droite s’unissent pour offrir une alternative. En citant François Mitterrand (“Les élections, c’est la concordance d’un moment et d’un mode de scrutin.”), il répète que le clivage qui se joue principalement pour l’année 2022 se situe entre une France “mondialisée à l’extrême” et une France “qui veut garder son âme”.

Il approfondit ce point en expliquant pourquoi une alliance vaut mieux qu’un parti. D’après Dupont-Aignan, Macron a besoin de Marine Le Pen pour rester au pouvoir. C’est sa seule chance de survie. Quant à Mélenchon, il ne peut pas gagner. Plus clairement, le second tour est pour lui une étape primordiale pour “convaincre les Français” qu’une alternative sérieuse est possible au mondialisme de Macron.

Il met alors le doigt sur un sujet qui, d’après la manière avec laquelle il l’aborde, le touche : les leçons et les expériences tirées de ses campagnes. Nicolas Dupont-Aignan était il y a plus de 10 ans un petit candidat et pour lui, aujourd’hui, ce sont les médias qui décident à l’avance de qui sont les vrais candidats et qui sont les faux. De l’expérience de candidat nobody en 2012, il en ressort paradoxalement plus fort et plus instruit. Il a compris à ce moment ce qu’il explique maintenant. La différence avec les dernières présidentielles réside également dans la pression médiatique : il nous explique comment François Fillon a fait pression sur le débat de TF1 pour que Dupont-Aignan soit absent. Il en tire dès lors une sévère frustration de l’idéal démocratique qu’on lui a présenté, et reste malgré tout passionné par le modèle (officieusement bordélique) des primaires présidentielles aux États-Unis dans lequel d’après lui, l’”idole” et l’”inconnu” sont tous deux sur un strict pied d’égalité. En une seule phrase: “Il y a le vote utile et le vote inutile.

Il ajoute une couche sur la question des médias et du journalisme en clarifiant à sa manière l’événement du plateau de l’émission “C à vous” en mars 2019. En quelques mots : le président de Debout la France s’est fait virer mercredi de ce plateau après avoir qualifié en débat un des chroniqueurs de l’émission, Patrick Cohen, de “cireur de pompes du pouvoir” et de “macroniste […] qui est payé pour ça, avec l’argent des Français”. Nicolas Dupont-Aignan s’est dit scandalisé par le fait qu’on ne lui donne pas sa chance. C’est une question d’honneur : regarder par exemple les pubs du débat à… 5 lui ont envoyé un signal d’honneur : “C’est trop injuste!”. C’est durant ce moment qu’il pose les problèmes liés à la profession journalistique : sans confondre avec mépris l’éditorialisme et le journalisme, il consacre dans son livre Résistance un chapitre sur les phénomènes du monde du journalisme. Pour lui, il se développe un phénomène de vie unique de journalisme prisonnier de Paris. La plupart des journalistes penchent généralement plus à gauche qu’à droite mais le vrai problème pour lui est le fait que “10 milliardaires détiennent 90% des médias français”; une statistique qu’il cite sans en donner la source directe, mais qui reste cependant vraie si l’on se base sur les rapports de l’ONGI Reporters Sans Frontières. Ainsi, parmi ses mesures qui peuvent palier à ce problème, il propose sans retenu une interdiction à tout groupe qui dépend des commandes de l’État de posséder un média.

Le leader de Debout la France n’en finit pas et montre qu’il n’est pas tout seul. Car Dupont-Aignan affirme même refuser des émissions où il se trouve trop mis en avant par rapport à ses portes-paroles et aux personnalités qui lui sont proches. Tous les partis in fine sont confrontés au même problème d’audimat : celui d’être souvent invité dans certaines émissions… mais pas dans les JT et les émissions politiques de grandes audiences. Il le dit d’une voix aussi peu retenue que son lexique: “Comment montrer de nouveaux talents qui veulent s’exprimer devant les Français?A cette question, il donne sa propre réponse : Internet peut changer la donne et “court-circuiter” les choses pour rétablir un équilibre qui lui paraîtrait plus juste.

Est-ce qu’un jour, on arrivera à dompter l’islam de France?” est la problématique principale chez Dupont-Aignan lorsqu’il faut aborder la question de la communauté musulmane et de son rapport avec l’État-Nation français. Pour éclaircir cette question qui a sans aucun doute suscité des contre-sens, il explique comment il prévoyait dans son programme une charte conditionnant le statut d’imam en 6 points parmi lesquels: la reconnaissance de l’égalité entre les sexes, de l’apostasie, de la non-discrimination basée sur la couleur de peau ou l’orientation sexuelle et d’autres. À ceux qui ne veulent pas conditionner leur formation d’imam sur cette charte, le leader de Debout la France leur répond clairement : l’Islam doit s’adapter à la laïcité comme la religion catholique durant l’aggiornamiento et Vatican II. Par conséquent, le voile (sans éclairer les différentes formes du voile) est pour lui un tissu qu’une femme peut porter chez soi et dans la rue mais dans l’ espace public”, on “abolit tous les signes distinctifs de religion”.

Le dernier point qui vient après la question religieuse est celui de la famille. Par rapport à la question sociétale de la “PMA pour toutes” dont le vote de loi a eu lieu seulement… quelques heures avant la conférence, Nicolas Dupont-Aignan ressent une crainte de la “PMA sans père”. En s’appuyant sur des travaux de pédopsychiatres et de psychologues (non sourcés), il le dit sans retenu: un enfant est constamment à la recherche de sa filiation biologique. Cette problématique continue aujourd’hui d’alimenter les flammes du débat, à l’heure où augmentent d’une part le sentiment de rattachement à la filiation biologique (peu reconnue par la loi, qui considère que la filiation est plus acquise par l’éducation que par la génétique) et d’autre part les revendications des associations LGBTI+ pour les libertés des minorités sexuelles avec, en parallèle, celles du collectif d’association La Manif Pour Tous.

La minute actu a le mérite de mettre en lumière des positions peu abordées par Nicolas Dupont-Aignan depuis le début de la conférence, notamment sur la question écologique. Ses réactions par rapport à l’indignation d’Emmanuel Macron devant la destruction de l’Amazonie et par rapport au fait, surtout, que ce-dernier ait signé le CETA et promis de créer une commission en disent long. Il arrive à coordonner la question écologique avec les points de son programme: le problème pour lui réside dans le fait que “notre pollution est délocalisée”.  C’est la remise en cause des accords de libre-échange comme le CETA qui permettront de rééquilibrer les échanges internationaux entre la France et le monde.  L’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Mercosur signé cet été reste l’une des actions que Dupont-Aignan semble le plus regretter. “Un peu de cohérence entre les pétitions de principes et les actes quotidiens”: voilà ce qu’il reproche au roi Macron VIII dernier de la dynastie des Jupiteriens président français. Il critique par exemple les éoliennes comme une arnaque environnementale, ce qui reste dans une certaine mesure vrai selon des journalistes comme Grégoire Souchay. Pourquoi des éoliennes? Pour des avantages économiques et notamment fiscaux. En définitive, ce sont plus des mesures d’isolation et d’économies d’énergies couplées à des investissements dans l’énergie solaire, l’hydrogène, la biomasse et la recherche nucléaire (notamment le passage au Thorium qu’il décrit comme “sans aucun déchet” ni “risque d’accident nucléaire” malgré quelques controverses scientifiques) qu’il préconise.

Quant au récent accident à Rouen en 2016, il l’explique par la loi Travail qui selon lui a réduit les comités d’hygiène et de sécurité. Les citoyens français auraient donc besoin d’un “état régalien et fort”: L’écologie, c’est d’abord le contrôle des usines par l’État.

C’est sur la question syrienne et le départ des armées américaines exigé par Trump que ses propos se corsent. Plus confus, on ne peut que retenir que sur la scène internationale: On ne pèse que quand on est libre, on ne pèse que quand on se donne les moyens de sa défense. En clair, il prône là-dessus une autonomie stratégique et technologique de la France sur la scène internationale à l’instar de pays asiatiques comme la Corée du Sud, Singapour ou le Japon, et une action internationale de l’État français indépendante.

Arrive enfin le moment des questions tant attendu par tout le monde. Sans doute le moment aussi dans lequel j’ai pris le moins de notes (oui, je suis franc, peut-être un peu trop comme on peut me le reprocher). Il aborde à ce moment la question des problèmes économiques, trop vite esquivée par l’invité comme ceux qui voulaient prendre la parole. Là-aussi, sa mesure phare est de manière trop vague un “renforcement” de l’État, du régime de retraite par répartition pour maintenir la solidarité intergénérationnelle, et bien-sûr une relocalisation des activités économiques. Il souhaite s’inspirer de l’Asie pour mêler ouverture sur le monde et protectionnisme intelligent, conquête scientifique et recherche, méritocratie et excellence de l’enseignement… Des mesures qui semblent plus être des pistes de réflexions que des solutions concrètes. Dupont-Aignan pointe ses orientations du doigt (ce qui est déjà noble) mais ne donne pas assez de mesures concrètes et d’exemples applicables comme il a pu le faire avant, de manière trop insuffisante cependant.

Le moment dans lequel il aborde la question de la démographie africaine, effectivement en croissance exponentielle, reste un exemple de la manière dont il aborde les sujets dans la conférence. Là-dessus, il propose une solution selon laquelle les états africains devraient prendre des mesures pour favoriser l’accès local à la contraception et à l’éducation. Chose plus facile à dire qu’à faire et qui n’est effectif qu’à long terme. L’équation n’est pas aussi simple à résoudre que cela. De même, la critique du système d’aides au développement trop mal articulé jusqu’à “remplir des banques à Genèves” peut paraître assez facile étant donné la complexité qu’il y a dans sa simple mise en place.

Il termine, parmi les différentes questions posées, sur celle du rapport qu’il a avec la démocratie et avec le mouvement des Gilets Jaunes. D’après lui, Il faut inventer la démocratie participative. Notre régime ne suffit plus”. Croyant fermement  au régime suisse et encourageant à signer contre la privatisation d’ADP, il veut une France où “les associations communautaristes et les magistrats ne font pas grève contre le peuple”. Sans vouloir s’approcher le la VIème République que prône Jean-Luc Mélenchon, il dit voir aujourd’hui dans les institutions un passage du régime des partis” au régime du “parti unique”.

Après avoir donné une vision de la société où la seule communauté qui compte est la communauté nationale tant que celle-ci respecte et est respectée par les communautés, il aborde le sujet des minorités sexuelles et de leurs droits. Pour lui, la constitution est claire: au-delà de la communauté nationale, il n’y a que des individus. Chose qui sociologiquement reste encore à vérifier car malgré la position républicaine qu’il défend, il y a bel et bien de relatifs groupes et communautés qui exigent le respect de leurs droits et libertés individuelles par des associations.

De même dans la manière dont il aborde le dossier ukrainien : selon lui, “la Crimée a toujours été Russe”.

La première conférence des Rencontres promet déjà de rester dans les mémoires, tant dans les polémiques qu’elle suscite que dans les points que Nicolas Dupont-Aignan a pris le temps d’éclaircir sur son programme et ses idées politiques. Là-dessus, il a été clair comme de l’eau de roche. Cependant, ce sont peut-être le manque de précision (on me dira que c’est normal dans une conférence aussi courte) dans les mesures qu’il donnait dans des sujets qui peuvent parfois prêter à contresens, le manque de sources mentionnées dans les informations qu’il donnait (forcément on doit se faire chier à vérifier si les chiffres et les informations qu’il donne sont vérifiés) et le manque de nuance dans ses propositions politiques qu’on peut lui reprocher. Définitivement, Dupont-Aignan a su au moins donner des éléments de réponses sur le sujet de la conférence et a répondu aux questions qui lui étaient posées, dans un vocabulaire et un lexique commun à tous qui a pu parfois lui porter préjudice.

H. A.

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