La culpabilisation des victimes de viol

Comme une femme sur trois, j’ai été violée et comme la majorité de ces femmes, pour ne pas dire toutes, à un moment ou à un autre, des personnes extérieures m’ont fait culpabiliser. Des réflexions, des mots, des petits pics qui m’ont fortement atteinte et qui ont contribué à ma remise en question face à cet événement. Parce que oui, je n’ai pas eu besoin des autres pour trouver des moyens de me culpabiliser. Je me suis tellement reprochée certains actes. Pourquoi ne pas l’avoir repoussé? Pourquoi ne pas lui avoir dit que je ne voulais pas? Pourquoi m’être laissée faire? Je n’ai eu besoin de personne pour me poser ces questions. Le travail sur moi a été très conséquent avant de me dire définitivement : ce n’est pas de ma faute. Voici quelques phrases que l’on a pu me dire qui peuvent paraître anodines et pourtant qui m’ont fait croire que ce que j’avais vécu était de ma faute.

«Tu lui as dit d’arrêter? »
Phrase très basique que beaucoup de victimes ont entendue. Personnellement je n’ai pas dit à mon violeur d’arrêter, j’en étais incapable. Aucun son ne sortait de ma bouche. Je n’arrivais même pas à bouger ne serait ce que la main. J’étais tétanisée. Mon cerveau me disait « tu vas te faire violer » et mon corps refusait d’agir. J’avais l’impression d’être folle et pourtant c’est un phénomène naturel. Contrairement à ce que beaucoup pensent, la majorité des victimes se figent et sont incapables d’agir lors d’un viol. C’est ce qu’on appelle la sidération traumatique. On reproche à la victime de ne pas avoir lutté contre l’agression, alors qu’il s’agit d’une réaction naturelle de protection. Si une victime n’a pas pu se défendre ou dire à son violeur d’arrêter c’est tout simplement qu’elle en était incapable.

« Mais t’étais pas bourrée? Tu es sûre que tu l’étais pas? Non mais tu devais avoir un peu bu quand même »
Cela est surement la pire chose que j’ai entendue après avoir parlé de mon viol. Lorsque mon colocataire a appris que mon viol s’est déroulé dans la nuit après une soirée, c’est la première chose qu’il m’a dite. Il a donc directement émis l’idée que si j’avais été violée c’était potentiellement de ma faute puisque si j’avais bu je n’aurais pas été en mesure de dire « non » ou de me défendre. Quand je lui ai dit que non, je n’étais pas bourrée, que je dormais et que mon violeur m’a réveillée avec ses mains sur mon corps, il a insisté. Il a essayé de trouver d’autres « raisons » qui auraient pu expliquer mon viol, surtout d’autres moyens de me dire que c’était de ma faute. Il a enchainé sur des « mais tu le connaissais? » « tu l’avais chauffé pendant la soirée? » et autres réflexions tout aussi agréables. Après avoir cherché par tous les moyens de me faire porter le chapeau il a eu le culot de me dire « tu comprends, je suis très sensible à ce genre de sujets ».

« Ça aurait pu être pire quand même »
Phrase qu’une amie m’a dite lorsque je lui ai raconté mon viol. Parce que oui, même dans le viol et les agressions il y a une hiérarchisation de la douleur. Puisque moi j’ai « juste » été doigtée sans mon consentement, c’est moins pire que si mon violeur avait pénétré mon vagin avec son pénis. Pour rappel, la loi qualifie de viol « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise. Tout acte de pénétration sexuelle est visé : buccale, vaginale, anale, par le sexe, par le doigt, par un objet ». Peu importe l’expérience de la victime, ne minimisez pas sa souffrance. Il ne s’agit pas de faire une sorte de compétition pour savoir qui souffre le plus ou quelle expérience est la plus traumatisante. Il s’agit simplement de reconnaître la souffrance des victimes. Ce genre de réflexion donnera simplement à la victime l’impression qu’elle n’a pas le droit d’être triste puisque « bon ça aurait pu être pire ».

Ces quelques exemples ont pour but de montrer comment des petites phrases, des petites réflexions peuvent avoir des réelles conséquences sur la victime. Toute cette culpabilisation est le reflet de la société patriarcale dans laquelle nous vivons. Dans celle-ci, les hommes se protègent les uns les autres et surtout n’assument pas leurs actes. Ce manque de culpabilité du côté des hommes s’explique notamment par l’objectification des corps des femmes. Cette objectification a lieu à travers les média, les institutions ou encore la pornographie. En objectifiant le corps des femmes, on le sépare de son humanité. Si on ne voit plus le côté humain du corps féminin alors on peut le maltraiter, prendre le dessus sur lui sans même penser que cela aura des conséquences sur la personne. Un objet ne peut pas être blessé. Un objet ne ressent rien alors pourquoi se priver?

De plus, dans notre société patriarcale, la sexualité des hommes est vue comme incontrôlable et leur libido constante. La société nous inculque que les hommes ne peuvent pas contrôler leurs pulsions sexuelles, alors, la faute est rejetée sur les femmes. C’est forcément la victime qui a donné des mauvais signaux à son violeur, c’est forcément elle qui lui a donné l’impression qu’elle avait envie de plus avec lui. Le pauvre lui n’a pas pu retenir ses pulsions sexuelles. C’est une opinion très répandue dans la société puisque plus de six personnes sur dix (63%) considèrent que « pour un homme, c’est plus difficile de maîtriser son désir sexuel que pour une femme ».

Aujourd’hui encore pour 42 % des Français, la responsabilité du violeur est atténuée si la victime a eu une « attitude provocante » en public. Si une victime « se défend vraiment, elle fait fuir le violeur » d’après 43 % des sondés et « si elle ne réagit pas, ce n’est pas une violence sexuelle ». La culpabilisation des victimes semble donc être loin d’être terminée, j’espère juste que cet article vous aura permis de réfléchir un peu à ce sujet.

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