La fin d’un monde – Le cinéma est un renouveau

Pour l’édition de novembre, la rédaction du Grand Pari a décidé de consacrer plusieurs articles à un thème central : la fin d’un monde. Nous autres, pauvres rédacteurs asservis (non) avons eu le choix de rédiger un article autour de ce thème, et comme je n’avais rien d’autre à faire de mes vacances (non) j’ai réfléchi à ce que représente la fin d’un monde au cinéma.

Il faut dire que le sujet est vaste. aujourd’hui le cinéma représente le grand écran – classique – mais également le petit écran – #netflix – ce qui amène à analyser une grande quantité de contenu. Heureusement, j’ai du temps devant moi et plusieurs trajets en train pour bosser. Chouette.

La fin d’un monde – L’essence même du cinéma

La première fin d’un monde au cinéma renvoie à la naissance même de l’art cinématographique. Avec l’arrivée de la caméra et la possibilité d’enregistrer des images en mouvement, le cinéma marque la fin d’un monde, celui de l’immobilité. Auparavant la photographie avait chamboulé la peinture ; avec le cinéma ce sont tous les arts qui sont chamboulés. Pour autant, le cinéma ne tourne pas le dos à son passé pictural. Par ses diverses évolutions et la volonté des cinéastes de produire du contenu de plus en plus poussé, le cinéma emprunte à la peinture et à la photographie, ainsi qu’à la musique et à la danse. Chaque film devient une partition, un enchaînement de mouvements comme une chorégraphie alimentée par la photographie et la peinture qui servent de décors.

En effet, la peinture et la photographie sont très importantes pour les décors. Avant l’ère du numérique et des images de synthèse, les décors considérés comme « irréalisables » ou « inaccessibles » sont réalisés à l’aide de peintures ou de photographies incrustées à l’écran, sur les scènes de tournage ou directement sur la pellicule. Une partie des décors du film d’Hitchcock  Le Rideau Déchiré (1966) sont des peintures qui ont été ajoutées à la pellicule : les scènes se passaient à Berlin-Est, alors inaccessible à cause de la guerre froide. Au fur et à mesure de ses avancées techniques (les différents effets spéciaux) le cinéma a évolué, jusqu’à abandonner l’utilisation de peintures ou de photographies pour les décors, pour autant, la fin d’un monde est toujours présente.

Si le cinéma est un art aussi florissant aujourd’hui, c’est parce qu’il évolue sans cesse. Les différentes périodes qui ont marqué l’Histoire du cinéma représentent chacune la fin d’un monde : le passage du cinéma muet au cinéma parlant, le passage du noir et blanc à la couleur, de l’analogique au numérique etc. Parler de la fin d’un monde au cinéma c’est forcément évoquer le cinéma dans ce qui fait son essence : rompre les codes, changer, aller vers un au-delà inconnu. En ce sens, les différents mouvements qui ont marqué le cinéma sont en eux-mêmes plusieurs fins de monde. Les mouvements les plus connus sont l’expressionnisme, le néoréalisme, la Nouvelle Vague etc. Chacun représente une façon de faire du cinéma différente, avec des jeux de décors, d’expression, d’histoires. Ce sont de véritables façons de faire, chaque mouvement est un monde différent des autres. Avec la fin d’un mouvement c’est la fin d’un monde qui a lieu. En ce sens, la fin d’un monde est un sujet qui correspond parfaitement au cinéma – bien joué Le Grand Pari. On est alors en droit de se demander comment cette fin d’un monde est représentée à l’écran.

La fin d’un monde – La fin du monde ?

La fin d’un monde. Ce sujet évoque rapidement la fin du monde. Un petit mot change et la sémantique entière de la phrase dérive d’une singularité vers une totalité. Avec un monde, le renouveau est possible puisque qu’un autre monde est sous-entendu ; avec le monde il n’y a pas de retour en arrière, la fin est ultime. Bien que le cinéma soit sans cesse dans la réinvention de ses codes et de ses histoires, la fin du monde au cinéma est un sujet vu et revu. C’est bien simple, on ne compte plus les films qui s’intéressent à l’apocalypse, aux théories maya ou aux menaces nucléaires. Avec la fin du monde, l’art cinématographique a réussi à trouver un terreau fertile inépuisable, aussi bien au niveau des histoires à raconter qu’au niveau des façons de le faire.

Le cinéma est friand de sensations, et la fin du monde n’est que sensations. Que ce soit le stress, la peur, ou les sens directement touchés (avec les zombies par exemple), le cinéma joue de ce que ces éléments provoquent chez le spectateur pour produire du cinéma sensationnel, spectaculaire. Le film World War Z (Marc Forster, 2013) par exemple nous montre un monde paniqué, en proie à une menace zombie dont l’origine est inconnue. Cette menace, a contrario de celle de Bienvenue à Zombieland (Ruben Fleischer, 2009), est une réelle menace : les humains restant sont évacués, les zombies attaquent n’importe quand et cherchent délibérément à mordre pour se propager. Le film nous présente un Brad Pitt sauveur de la planète entière… Le film entier est un spectacle, il se veut spectaculaire.

Ce spectacle s’appuie aussi souvent sur les effets spéciaux. Dans les récents films sur Godzilla, le monde est menacé par des créatures venues des tréfonds de l’humanité, et dans le dernier opus c’est Godzilla lui-même qui sauve les humains. Godzilla, réalisé en images de synthèse, impose par son détail et la finesse de ses traits. Il est spectaculaire en tant que créature pour le spectateur et en tant que création pour le fabricant de cinéma.

De plus, la fin du monde permet, à l’écran, de relativiser, de faire passer des messages importants. Je ne peux m’empêcher d’évoquer la toute dernière série de Netflix Daybreak (2019), sur des jeunes ados qui vivent l’apocalypse sur fond de préoccupations féministes et inclusives, qui ne cessent de répéter que l’apocalypse est une aubaine pour eux, que c’est génial et que tout est trop fun ! Dans cette série (que je vous conseille), le héros Josh est un skater badass qui a survécu à l’apocalypse (en l’occurence une bombe biologique) grâce aux cours de chasse de son papa. Avant la bombe : Josh est un loser, le petit nouveau du lycée de Glendale qui réussit tout de même à se rapprocher de la belle Sam Dean. Après la bombe : Josh est un des survivants de la bombe qui a transformé les adultes en goules et les jeunes en tribus primitives, et il fait tout pour retrouver Sam Dean. Cette série, à base de 4ème mur brisé, de samouraïs en folie (oui oui) et de personnages tous plus rocambolesques les uns que les autres amène à se demander : je ferai partie de quelle bande au moment de l’apocalypse moi ? Et oui, la bombe est éludée, on s’en ficherait presque. Ce qui importe, c’est l’après. Dans cette série, ce qui a précédé la bombe est important, mais c’est ce qui a suivi la bombe qui importe. Ce qui m’amène à ma deuxième partie. 

La fin d’un monde – Le renouveau

Le cinéma adore vendre des rêves. C’est une industrie fondée sur les rêves, l’inaccessible et le magique. Tous ceux qui s’intéressent un peu au cinéma savent que le premier film des Frères Lumières montrant un train en mouvement effrayait les spectateurs qui pensaient que le train allait traverser l’écran – cf L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat (1896). Dès ses débuts, le cinéma a voulu faire rêver, et les films qui gravitent autour de la fin du monde n’échappent pas à la règle. En l’occurrence, cela passe par l’espoir, et par la possibilité d’accéder à un nouveau monde meilleur.

La fin d’un monde, comme je l’ai dit plus tôt, appelle à un nouveau monde, à un après. Ce nouveau monde peut être évoqué dès le début du film, alors le film entier porte sur l’espoir que représente ce monde. Par exemple dans le film documentaire Demain (2015) qui vise à sensibiliser sur des questions environnementales et sociétales, le nouveau monde est au coeur du film. Cyril Dion et Mélanie Laurent, le duo de réalisateurs, a cherché les différentes solutions trouvées par des citoyens pour améliorer la vie sur Terre sans pour autant la détruire. Par ce film ils souhaitaient montrer qu’un demain est possible, que l’avenir peut encore s’écrire et se prolonger. Ce film est un exemple parmi d’autres, mais il est celui qui illustre le mieux cette idée d’espoir, du rêve et surtout de l’après selon moi. Ici la fin d’un monde est synonyme d’un nouveau monde plein de promesses.

Cependant, le cinéma peut choisir de parler de la fin d’un monde pour simplement annoncer le nouveau monde qui se prépare sans le représenter. Le cinéma se fait alors vecteur d’un processus de création, il accompagne ce nouveau monde en devenir, en atténuant la fin d’un monde vieillissant. Dans Et Maintenant on va où? (Nadine Labaki, 2011) un monde prend fin pour aboutir à un nouveau monde, en paix. Dans ce film, musulmans et chrétiens vivent ensemble dans un village depuis des décennies, ce qui n’empêche pas la guerre entre les hommes des deux communautés. Les femmes, elles, pleurent un frère, un fils, un mari. Ne supportant pas de voir le nombre de morts grandir, elles décident de s’allier pour mettre fin à cette guerre perpétuelle. Tout le film raconte cette alliance et les manœuvres qu’elles mettent en place pour achever les combats. Ici la fin d’un monde est imminente et nécessaire, le film se fait porteur d’un message universel : ce village inventé qui regroupe musulmans et chrétiens ne serait-il pas une représentation des tensions et autres guerres qui agitent le globe aujourd’hui ? Le cinéma, par sa façon de montrer parvient à toucher tous les publics, et évoquer la fin d’un monde au cinéma amène forcément le spectateur à s’interroger sur ce monde nouveau que le cinéma vante ou invente.

La fin d’un monde au cinéma : savoir grandir

Finalement, la fin d’un monde c’est aussi savoir tourner la page. De ce fait, le cinéma illustre parfaitement la fin d’un monde dans son ensemble : par ses différents mouvements, par ses avancées technologiques, par ses messages tendus entre peur et espoir. Parler de la fin d’un ou du monde au travers du cinéma c’est avant tout évoquer le monde et ses changements. L’art évolue avec le monde qui l’entoure, le cinéma ne fait pas exception : les évolutions cinématographiques dépendent de la société et du monde en constante ébullition, chaque changement amène à repenser l’art cinématographique pour qu’il puisse toucher et être compris. Finalement, étudier la représentation de la fin d’un monde au cinéma amène à étudier comme le fait de grandir est représenté au cinéma. Pour illustrer cela, pas de plus bel exemple que Juste la Fin du Monde de X.Dolan (2016). Ce film envoutant et mystérieux réussi, selon moi, à représenter parfaitement ce que cela veut dire de grandir, ce que cela veut dire de quitter un monde pour un autre. Ce film joue sur les sens, sur la psychologie du spectateur mais surtout sur celle des personnages : les acteurs sont magnifiques et ils incarnent parfaitement leurs personnages. J’avais gardé cet exemple pour la fin, ne sachant pas vraiment s’il collait avec le sujet de l’article. Après tout, le film n’évoque pas en soi un fin du monde classique. Et pourtant….

Le cinéma est un art mouvant, qui sait faire fi de tous les codes et de toutes les règles. C’est un art unique qui se réinvente sans cesse. La fin d’un monde au cinéma n’est pas une fatalité mais bel et bien l’appel à un futur, à un nouveau monde. Ainsi, la fin d’un monde au cinéma appelle à réfléchir sur ce qui fait vraiment l’essence du cinéma : est-ce la possibilité de montrer des images mouvantes ou la possibilité de montrer en mouvement un monde qui est loin d’être immobile ? A méditer…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :