La fin d’un monde

En écoutant le discours de Gianni de Georgi pour les sélections du prix Mirabeau, et alors qu’il disait si justement qu’il fallait vivre chaque jour comme le premier de notre existence, j’ai repensé à ce petit film français Le Premier jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon. Vivre, c’est se construire une existence avec des règles, des rites, des interactions avec un groupe famille ou ami. Vivre une vie, c’est d’abord vivre dans son monde, un monde façonné par nos peurs et nos désirs. Quand il change, je veux dire quand soudainement l’environnement se modifie, même de manière infime – un déménagement, une nouvelle école, la fin d’une romance ou d’une amitié, la mort d’un proche aussi – c’est le monde que l’on avait construit qui s’écroule. Et alors, pendant une brève période, on peut dire « c’est la fin d’une époque ».
Tout ce en quoi on avait foi devient mouvant, nos certitudes tout autant que nos incertitudes. Avant que l’on devienne de nouveau assez fort pour recommencer une existence, reconstruire son monde, tout est possible. Toutes les options que l’on avait jusqu’alors négligées, oubliées sont à nouveau disponibles pour recréer rites, règles et aspirations.

De ce point de vue, je dirais que la fin du monde c’est tous les jours. Chaque fois que mon mode de pensée se heurte avec une réalité de faits que je ne pouvais envisager, chaque désillusion, chaque échec contribue à ébouler une réalité construite par moi. A ce compte, cela va vite de sombrer dans la mélancolie, le cynisme et le renoncement. Mais la fin d’un monde c’est aussi chaque nouvelle rencontre, chaque découverte, toutes les connaissances nouvelles soufflées à mon esprit qui disent « vois que tu n’es pas grand chose, mais que tu peux être un pas grand chose qui sait un peu de choses ». Parce que c’est fatal de penser que la vie est une fatalité.

J’aime beaucoup les châteaux de sable, alors j’en fais mon analogie. Grandir c’est bâtir un château de sable face à une mer montante. Quand il est fini, les vagues lèchent lentement ses fondations avant de se déchaîner face à lui, on a beau lutter avec pelles et seaux pour écoper l’eau qui l’inonde, la bataille est perdue d’avance. Que peut le sable contre l’eau ? Après une crise de nerf, le lendemain, on revient avec un nouveau plan de construction pour un nouveau palais qui, c’est sûr, résistera plus longtemps !

Ne vous méprenez pas toutefois, je ne dis pas que grandir c’est accepter la réalité comme elle se présente, ne jamais tenter de la changer car elle est trop forte, que c’est une cause perdue d’avance. Non, bien au contraire, c’est parce que l’on apprend à discerner le fonctionnement réel de nos sociétés que l’on peut s’armer pour le modifier.  Exemple : 131 femmes sont mortes tuées sous les coups de leur mari en France (au 12 novembre 2019), la justice ne fait pas son travail. Fin d’un monde. Pourquoi elle ne le fait pas bien ? Autre monde.

Nina.

NB: si cet article sonne un peu comme un guide vers la sérénité, c’est parce que je l’ai avant tout écrit pour moi. C’est difficile de grandir, encore plus lorsqu’on sait que l’avenir n’est pas garanti car nos prédécesseurs ont contribué à ruiner notre biozone. Je voulais m’encourager moi-même à persévérer et, soyons honnêtes, parler de château de sable.

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