Etre administrateur au Sénat

Ancien élève de Sciences Po Paris, diplômé d’un M1 en droit public de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et d’un M2 en Affaires publiques, Igor Machabert travaille désormais en tant qu’administrateur au Sénat depuis plus de huit ans.

Vous souvenez-vous de ce que vous vouliez faire à l’époque du bac ?
Absolument pas. J’ai choisi Sciences Po car il s’agissait d’une formation pluridisciplinaire et que je pouvais ainsi me spécialiser plus tard. J’avais fait un bac ES et j’étais de ce fait très intéressé par les sciences sociales. En plus, le premier cycle me permettait de découvrir un vaste nombre de matières. Je n’avais pas de projet spécifique et ma famille ne m’a jamais poussé dans une quelconque voie.

Ensuite à Sciences Po, vous décidez de partir en 3A à Cornell University aux Etats-Unis, pourquoi?
Le pays et la culture m’attiraient beaucoup. J’avais suivi ma scolarité secondaire dans un lycée international bilingue et j’avais eu un bac avec option internationale américaine, donc je maîtrisais bien la langue.

De retour de votre 3A, vous choisissez le master Affaires publiques, toujours sans projet professionnel précis ?
Si, un peu plus. Le master affaires publiques me semblait être la voie naturelle dans tout ce qui m’intéressait à l’époque. Je n’avais aucune inclination particulière pour la finance, le marketing, la communication et encore moins la recherche. A l’issue du 1er cycle, j’étais très tenté par la chose publique, et ce master en était l’aboutissement logique. Les étudiants qui rechignent à se spécialiser s’orientent en affaires publiques, en se disant que s’ils ont de la chance ils réussiront un concours de la fonction publique, mais que si ce n’est pas le cas, ils devront faire des efforts supplémentaires pour leur insertion professionnelle.

Est-ce qu’un stage vous a guidé vers le métier d’administrateur du Sénat ?
Oui, le stage obligatoire du premier semestre du M2 à l’Inspection Générale des Affaires sociales (IGAS) a tracé ma voie. J’ai par la suite débuté ma carrière au Sénat au sein de la commission des affaires sociales ou je me suis occupé de droit du travail et de formation professionnelle, domaines dans lesquels j’avais travaillé à l’IGAS.

Pourquoi passer le concours d’administrateur du Sénat ?
Durant mon M2, je préparais le concours de l’ENA auquel j’ai échoué avec brio, et, hasard du calendrier, le concours d’administrateur du Sénat tombait en octobre juste après le concours de l’ENA. Les matières du M2 préparant aux épreuves des divers concours de la fonction publique, j’ai pu le passer en étant bien préparé…

Vous avez donc passé plusieurs concours de la fonction publique, des conseils pour ceux qui vont se lancer sur cette voie ?
Les mêmes conseils que pour un concours traditionnel. Il ne sert à rien de s’enfermer tous les jours de la semaine pour bachoter sans arrêt. Il faut conserver une certaine clarté d’esprit.

Que retenez-vous de votre échec à l’ENA ?
Qu’il y a d’autres voies de réussite et d’épanouissement professionnelles dans la haute fonction publique, souvent trop méconnues. J’ai échoué à cause d’une mauvaise note en culture générale. J’ai passé le concours une seconde fois mais je travaillais déjà au Sénat, et je ne m’étais donc pas préparé sérieusement. Après la réussite d’un concours des assemblées parlementaires, la prise de poste peut être immédiate. Il n’y a pas comme à l’ENA encore deux années d’école, où se succèdent périodes de cours et stages. La carrière professionnelle débute immédiatement. Au sein des secrétariats des commissions, les jeunes administrateurs ont les mêmes taches et responsabilités que leurs collègues plus chevronnés. Et une fois que l’on est au cœur de la machine, il est difficile de tout laisser tomber pour retourner sur les bancs de l’école.

Quelles étaient les épreuves du concours ?
Les modalités de l’examen sont régulièrement modifiées mais il s’agit d’un concours en deux phases, la première d’admissibilité avec des épreuves écrites (culture générale, droit constitutionnel, économie, note sur dossier) puis la seconde d’admission, avec deux dernières épreuves écrites (droit parlementaire et épreuve de composition à option) puis deux épreuves à l’oral (mise en situation individuelle et grand oral).

Pourquoi avoir choisi de passer le concours d’administrateur du Sénat et pas celui de l’Assemblée Nationale ?
Il s’agit pour ma part d’un pur hasard de calendrier. Il y avait un concours du Sénat l’année suivant mon M2 mais pas de concours d’administrateur de l’Assemblée.

A quoi ressemble la journée typique d’un administrateur au Sénat ?
Dans mon travail actuel- au sein de la division de la Questure, des affaires juridiques et du contrôle interne- les semaines sont rythmées par des échéances de réunions internes de gestion de l’administration. La principale est celle du Conseil de Questure, qui rassemble les trois Questeurs, les trois sénateurs élus par leurs pairs et chargés de la gestion matérielle et administrative de l’institution. Lors de ces réunions, ils examinent et adoptent toutes les décisions à prendre en matière budgétaire, d’administration générale du Sénat et de ses services, ou encore de gestion et valorisation du jardin du Luxembourg etc … La préparation et la mise en œuvre des décisions prises constituent une part importante du travail de la semaine.
Mon travail consiste également à animer une cellule spécialisée dans les marchés et contrats publics. A ce titre, je dois m’assurer que la réglementation applicable aux marchés publics du Sénat, aussi bien le droit commun que les règles propres à l’institution, est respectée et apporter un appui aux services dans la préparation et l’exécution des marchés.
Par ailleurs, pour les administrateurs affectés dans les secrétariats des commissions législatives, ce qui est le cas pour la plupart d’entre nous en début de carrière, la semaine est rythmée par la réunion hebdomadaire de la commission, qui a traditionnellement lieu le mercredi matin, et l’ordre du jour de la séance publique du Sénat.

Quelles sont les qualités requises pour ce métier ?
Il faut savoir ne pas se mettre en avant, ne pas faire prévaloir ses opinions à tout prix puisque les fonctionnaires parlementaires sont tenus à un strict devoir de réserve. Les administrateurs ne travaillent pas pour promouvoir leurs opinions mais au service des sénateurs. Ils doivent savoir traduire dans les textes, amendements ou interventions les opinions des sénateurs pour lesquels ils travaillent sans vouloir imposer leur point de vue. Une grande capacité d’adaptation à des opinions variées est nécessaire puisqu’on peut être amené à travailler, parfois en parallèle, pour des sénateurs d’orientations politiques opposées. Il faut également avoir une capacité de travail assez importante, une disponibilité permanente et la capacité de résister à la pression que ces aspects peuvent susciter.

Quel est le volume horaire de travail d’un administrateur du Sénat ?
Cela dépend des postes. En commission, on peut être amené, en période d’examen d’un texte de loi, à travailler jusqu’à 7 jours sur 7. Selon les services, les commissions et les périodes de l’année, cela va de 40 à 70 voire 80 heures par semaine.

Quelles sont les évolutions de carrière possible ?
Il y a des obligations de mobilité interne au Sénat, on ne peut pas passer toute sa carrière au même poste. Et pour progresser en grade, il faut avoir fait plusieurs postes qui couvrent tous les champs de la fonction publique sénatoriale, missions institutionnelles au sein des commissions ou de la direction chargée de l’organisation de la séance publique, mais aussi dans les fonctions administratives de gestion des ressources et des moyens du Sénat. Il est aussi possible de faire des mobilités extérieures dans les cabinets ministériels, l’administration, le Conseil d’Etat ou encore la Cour des comptes ainsi que dans le privé.

Quels sont les aspects de votre métier que vous appréciez le plus ?
Certainement d’être au croisement des affaires politiques et administratives, nous sommes là pour apporter un conseil juridique à la décision politique. C’est un rôle, surtout en commission, assez proche de celui des membres de cabinets ministériels. On doit assister un sénateur désigné par l’institution pour présenter le point de vue de celle-ci sur un projet du gouvernement ou la proposition de loi d’un autre sénateur. Aider un parlementaire à améliorer la loi est assez satisfaisant.
De plus, je suis dans mon poste actuel confronté au quotidien à des questions juridiques nouvelles, liées au fonctionnement quotidien du Sénat, et j’apprécie beaucoup le défi que représente leur résolution, qui est avant tout un travail d’équipe avec mes collègues. Justement, la très bonne ambiance qui règne dans mon service, comme celle qui existe dans les secrétariats des commissions, mérite d’être soulignée et permet souvent de surmonter les difficultés qui peuvent être suscitées par un rythme de travail intense ou d’obtenir de l’aide en cas de besoin.

Et ceux que vous appréciez le moins ?
Le flot continu de sollicitations, qui rend parfois difficile de mener un travail de fond. Il y a peu de moments où l’on peut prendre du recul, l’activité ralentissant rarement et le rythme restant assez constant.

Qu’en est-il de votre équilibre vie professionnelle-privée ?
Cela dépend des périodes et des postes occupés. Lorsque je travaillais en commission, il m’arrivait de rentrer chez moi et de me rendre compte que je n’avais même plus le temps de remplir mon frigo. Dans mon poste actuel, dans un service administratif, le rythme reste soutenu mais il m’arrive rarement de quitter le bureau après 21 heures. Il est plus facile de m’organiser et je peux profiter de mes weekends, ce qui me permet de récupérer.

Des conseils pour ceux intéressés par une carrière d’administrateur au Sénat ou à l’Assemblée nationale?
Déjà, bien se renseigner sur le fonctionnement interne des assemblées parlementaires. Et de ne surtout pas se lancer dans cette carrière en pensant qu’il s’agit d’un engagement politique. C’est bien tout le contraire du métier d’un fonctionnaire parlementaire. Si l’on est habité par la politique, il vaut alors mieux devenir collaborateur d’un parlementaire de sa couleur politique ou s’engager localement.

Aurane Dibeu

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