Comment faire face aux exigences de la jeunesse ? Interview de Leonardo Garnier, ancien ministre de l’Education du Costa Rica

En troisième année à San José, Enzo Villata est allé à la rencontre de Leonardo Garnier Rímolo, ministre de l’Education du Costa Rica de 2006 à 2014. A travers cette interview, deux thèmes majeurs ont pu être développés : l’éducation au Costa Rica ainsi que les défis à venir du pays. Surtout, c’est un entretien qui vise à comprendre et à tenter de répondre aux exigences de la jeunesse costaricaine qui vous est ici proposé.

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Première partie : l’éducation au Costa Rica

Enzo : Bonjour Leonardo Garnier, vous êtes un ancien ministre de l’Éducation du Costa Rica. Quelle a été votre expérience au gouvernement ? Qu’est-ce que cela signifie de faire parti d’un gouvernement?

Leonardo Garnier Rímolo : De 1994 à 1998, j’ai d’abord été ministre de la Planification et de la Politique économique, puis, de 2006 à 2014, j’ai été ministre de l’Éducation. Maintenant, je ne travaille plus que dans cette université [Université du Costa Rica- UCR, ndlr] en tant que professeur et chercheur en économie.

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E : Parlons du système éducatif du Costa Rica, reconnu en Europe et en Occident comme un système exemplaire en Amérique centrale. Quels sont donc les points forts et les points faibles de la politique éducative au Costa Rica?

L : Certains de ses points forts remontent au XIXe siècle, quand nos dirigeants ont mis l’accent sur l’éducation primaire universelle, mais il a fallu beaucoup de temps au pays pour passer de cette étape à la suivante, c’est-à-dire atteindre véritablement une éducation secondaire pour tous. Nous avons probablement eu une période très, très compliquée avec la crise des années 80 car les taux de couverture du secondaire [le pourcentage d’élèves qui a accès au second cycle scolaire, ndlr] sont passés de 60% à 50% en 1980 et nous avons stagné presque 20 ans, de 1980 à 2000, avec une couverture d’environ 50%. C’est plutôt au cours des 15 aux 18 dernières années que la couverture dans le secondaire a réellement augmentée : à ce jour, elle est pratiquement de 100%. Je dirais que c’est une force que ça se soit particulièrement développé dans les zones rurales ou dans les familles à faible revenu. Mais il reste un défi, à savoir que tous les jeunes qui vont à l’école ne finissent pas diplômés. L’autre grand défi du Costa Rica et de tous les autres pays d’Amérique latine concerne la qualité de l’éducation : même si elle s’est améliorée, cela reste insuffisant.

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E : Dans quels domaines l’éducation au Costa Rica pourrait-elle s’améliorer dans les prochaines années ?

L : Il y a plusieurs choses : au cours des dernières années, le gouvernement a mis en place des réformes des programmes scolaires qui, je pense, sont plutôt bonnes. Nous allons faire un programme d’espagnol, de mathématiques et de sciences en mettant l’accent sur ce que l’on appelle les compétences du XXIe siècle, les soft skills, l’éducation civique, la coexistence, la sexualité, ce type de questions. De ce côté, avec la mise à jour des programmes, je pense que le pays est en bonne voie. Le plus grand défi que nous avons à relever concerne la formation initiale des enseignants. Ils ne sont pas correctement formés dans beaucoup des universités qui sont censées le faire. Ensuite, lorsque ces derniers arrivent dans l’Education Nationale, ils ne maîtrisent pas le contenu de leur matière.

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E : Selon l’article « Desigualdad educativa en Costa Rica : La brecha entre estudiantes de colegios públicos y privados. Análisis con los resultados de la evaluación internacional PISA » publié dans le revue CEPAL par Andrés Fernández y Roberto Del Valle, les inégalités de performance académique entre les étudiants des écoles publiques et privées sont grandes. Historiquement, les vagues réformistes de la République costaricaine ont tenté d’améliorer l’éducation publique pour des raisons d’unité nationale et d’égalité scolaire.  Ne pensez-vous pas qu’il y ait un danger pour la paix sociale si une éducation de qualité n’est accessible que pour ceux qui peuvent s’offrir une école privée?

L : En réalité, l’étude d’Andres Fernandes montre qu’il existe une différence entre public et privé, mais que celle-ci est davantage liée aux écarts entre familles à revenus élevés et celles à faibles revenus qu’aux centres éducatifs. Dans le travail avec les tests PISA, lorsque l’on élimine les facteurs socio-économiques, la différence entre le public et le privé n’est pas si grande. En réalité, le problème que nous avons est que les enfants des familles avec des niveaux de formation, de revenu et de culture plus élevés ont un avantage par rapport aux enfants des familles moins instruites. Je pense que ce qui est très important, c’est que l’augmentation de la couverture au cours des 15 dernières années s’est particulièrement focalisée dans les zones à faibles revenus, les zones rurales, les communautés dispersées et les communautés autochtones, donc je dirais que nos lacunes se réduisent. Mais dire qu’elles se réduisent ne signifie pas qu’elles ne sont plus là. En général, l’Amérique Latine est un continent très inégalitaire et l’écart entre les conditions de vie des étudiants les plus pauvres et les plus riches se transforme en une grande difficulté d’apprentissage pour les plus vulnérables et cela en fait un défi pour l’éducation publique. En revanche, si l’éducation publique n’existait pas, nombre de ces garçons et filles n’auraient même pas accès à l’éducation.

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E : En parlant avec beaucoup d’étudiants, il m’a semblé que le Costa Rica manque d’éducation sexuelle, avez-vous agi sur cette question?

L : En 2012, après une grande discussion dans le pays, des programmes d’éducation sexuelle et affective ont été créés à l’école secondaire. Il s’agit non seulement d’une approche traditionnelle de protection contre les maladies sexuelles et les grossesses précoces, mais également d’une approche ciblée de la gestion de l’affectivité, dans le cadre des droits de l’homme, visant à garantir que les relations affectives et sexuelles ne soient pas des relations abusives de pouvoir, d’imposition ou de violence. C’est intéressant car au début de cette année [Janvier 2018, ndlr], à l’approche des élections, les groupes religieux ont vivement réagi en faveur de l’élimination de l’éducation sexuelle et, heureusement, cela n’a pas fonctionné. Je crois que maintenant le défi est de faire passer l’éducation sexuelle du cycle secondaire au cycle primaire car il y a très peu de choses faites à ce niveau là.

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E : Selon le PISA 2015, dans 30 pays et économies, le recours au redoublement est moins important en 2015 qu’en 2009, et la Costa Rica en fait partie (10 points de recul) : pour vous, quels sont les enjeux de cette lutte contre le redoublement?

L : Oui, dans de nombreux pays et notamment en Europe, le redoublement  a été utilisé traditionnellement comme un mécanisme éducatif : lorsqu’un élève est en échec, il doit redoubler toute son année. Au Costa Rica, cela a été modifié en 2008 et une règle différente a été mise en place pour que les élèves puissent continuer à progresser à l’école : ils ne doivent récupérer que les matières dans lesquelles ils ont échoué mais ne doivent pas redoubler toute l’année. C’est ce qui a été mis en place depuis 2007, les taux d’abandon scolaire et de décrochage scolaire ont baissé alors que le taux de couverture scolaire a augmenté.

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E : Toujours selon le PISA 2015, le Costa Rica occupe le 11e rang des 53 pays ayant le taux d’absentéisme le plus élevé, avec 39% des étudiants ayant séché une journée de cours durant les deux semaines précédant l’évaluation PISA, sachant que la moyenne des pays de l’OCDE est à 19%, ce qui est bien inférieur. En outre, le chiffre de l’absentéisme est 8 points plus fort en 2015 qu’en 2012. Selon vous, quelles sont les causes de ce problème? Et, que faire pour lutter contre ce problème ?

L : Je ne sais pas quelles sont les causes de l’absentéisme scolaire, les politiques ont davantage mis l’accent sur l’augmentation du taux de couverture et la réduction des risques d’échec. Il faudrait enquêter de manière plus précise sur le type d’absentéisme présenté : si c’est un absentéisme occasionnel, je ne m’inquiète pas beaucoup. S’il s’avérait que ce soit un absentéisme répété et permanent, c’est problématique mais je ne saurais pas vous en donner les causes exactes.
Concernant l’abandon scolaire, plusieurs causes ont été déterminées. Les recherches effectuées au Costa Rica montrent que ce problème a trois causes principales : une socio-économique, lorsque les familles sont très pauvres, même si l’éducation est gratuite, le fait d’envoyer leurs enfants à l’école a un coût. Il y a un coût de transport, d’uniformes, de livres et même un coût d’opportunité puisque des enfants à l’école ne sont pas en train de travailler pour un salaire, cela réduit les revenus des familles. Alors, disons que cela pourrait s’appeler « exclusion ». Il y a une deuxième cause d’abandon scolaire plutôt de type académique, qui est associée aux élèves qui échouent à plusieurs reprises, qui redoublent et qui ne parviennent pas à avancer ; généralement, ce sont ceux qui quittent l’école les premiers. Et dans les enquêtes auprès des étudiants, il existe un troisième facteur évoqué : le manque d’intérêt, le manque de pertinence. Ils estiment que ce type d’éducation n’est pas utile. Ce qui est fait au Costa Rica, comme dans d’autres pays, est de combiner une politique des 3 types. Les politiques d’équité à l’école, les transports scolaires, les programmes de bourse avec un transfert d’argent aux familles soumis à certaines conditions (peu d’absentéisme, bon résultats scolaires) sont déjà présentes dans le système scolaire comme le programme Avancemos qui vise à lutter contre l’exclusion et à investir très fortement dans la structure éducative dans les zones rurales. En ce qui concerne la partie académique, il faut transformer les règles du redoublement afin de réduire les problèmes qui expulsent les étudiants. Et sur la question du manque d’attractivité, je dirais deux choses : d’une part les réformes scolaires qui ont été faites cherchent à créer des programmes plus en accord avec les besoins et les intérêts actuels des élèves. D’autre part, on travaille sur les thèmes de la coexistence, de l’art, de la musique, de l’expression sportive, le but étant de rechercher des activités qui génèrent un sentiment d’appartenance, de fierté à l’égard des écoles chez les élèves. Et cela a en général eu de bons résultats, les statistiques pour améliorer la rétention dans les écoles sont très significatives.

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DEUXIEME PARTIE : LES DEFIS A VENIR AU COSTA RICA

E : Les dernières élections ont surtout mis en cause les valeurs du Costa Rica, notamment en matière de droit à l’avortement et de mariage homosexuel. En tant qu’ancien ministre de l’Education, avez-vous entrepris des actions politiques pour interroger le Costa Rica sur ces deux questions?

L : Plusieurs institutions jouent un rôle positif dans ces domaines, le ministère de la Santé et la caisse de sécurité sociale sont très importants pour que la population adolescente améliore son accès à la contraception et  aux mesures de protection. La Défense des habitants [défenseur des droits en france, ndlr], l’Institut national des femmes (INAMU), ainsi que plusieurs autres organisations travaillent ensemble sur ces thèmes, le ministère de l’Education en fait partie. Par exemple, nous avons porté un projet nommé Ethique, Esthétique et Citoyenneté, précisément fait pour le développement de ces valeurs éthiques et citoyennes et la capacité à coexister dans un monde où nous sommes très différents : il peut y avoir des différences raciales, de nationalité, de genre, et ça ne peut pas constituer un motif de discrimination en matière de droits de l’homme. Cette question est devenue très critique après les dernières élections. C’est un peu ce qui se passe dans le monde entier avec l’élection de Trump aux États-Unis,  la montée de groupes d’extrême droite et xénophobe en Europe, ou le choix de Bolsonaro au Brésil. Il y a une recrudescence des groupes les plus conservateurs qui veulent faire marche arrière en matière de droits de l’homme et je pense que le système éducatif est probablement l’un des domaines les plus importants dans ce conflit. En fait, au Costa Rica, le candidat qui a perdu les élections en avril 2018 était un candidat évangélique très conservateur [Fabricio Alvarado, ndlr], il a déclaré que l’un de ses objectifs principaux consistait à inverser les réformes éducatives engagées, il a appelé ça une révolution éducative, pour moi ça ressemblait davantage à un recul pédagogique.

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E : 39,57% des habitants du Costa Rica ont moins de 25 ans aujourd’hui. Selon vous, quel rôle les jeunes devraient-ils jouer dans l’avenir du Costa Rica ?

L : Pas seulement dans l’avenir, mais aussi dès à présent, et de telles statistiques se retrouvent dans de nombreux pays d’Amérique latine. Le Costa Rica a connu, une nouvelle fois, une transition démographique : nous avons eu le baby-boom des années cinquante et soixante-dix, du coup, la population jeune actuelle est très grande et ici il y des opportunités et des risques.
Je pense que du côté des opportunités, le Costa Rica va passer deux décennies avec une population active (disons entre 25 et 45 ans) conséquente avec des taux de dépendance plus faible. La quantité d’enfants se réduit, cela peut être très utile en terme de production mais en même temps se pose un enjeu si une partie de cette population jeune n’acquiert pas les qualifications professionnelles, éducatives nécessaires, alors elle ne sera pas en mesure de participer au marché du travail dans les domaines les plus dynamiques. L’un des problèmes les plus graves qu’a connu le Costa Rica, ce sont les quasis vingt années, de 1980 à 2000, pendant lesquelles beaucoup jeunes ont quitté le collège prématurément avant l’entrée dans le secondaire. Aujourd’hui au Costa Rica, ces jeunes de quinze, dix-huit ans qui ne sont pas allés au lycée font maintenant partie de la population active et ils ne peuvent pas accéder à des emplois qualifiés, techniques ou professionnels parce qu’ils n’ont pas l’éducation pour.

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E : Alors à votre avis, quel genre de luttes, de valeurs et d’exigences cette jeunesse doit-elle porter?

L : Je pense que les jeunes devraient faire partie de cette transformation que le Costa Rica est en train de vivre grâce à une intégration plus intelligente dans le monde. Je crois qu’en Amérique Latine, depuis plusieurs siècles, nous avons eu une intégration au monde peu positive. L’accent était mis sur les matières premières, simples, à faible valeur ajoutée, les salaires étaient bas, ce qui crée un cercle vicieux, les investissements se sont fait dans de la technologie de mauvaise qualité, la productivité était faible et les salaires aussi. C’est une économie que l’on pourrait appeler un équilibre de bas niveau.
Tout d’abord, je voudrais vous dire que ces nouvelles générations, l’un des défis qu’elles ont à relever, non seulement en tant que jeunes, mais aussi pour le pays, est de pouvoir accéder à un niveau de qualification leur permettant de jouer un rôle plus important dans l’économie mondiale, avec une productivité élevée du point de vue de l’économie. De plus, je pense qu’ils doivent jouer un rôle très important en politique. Le désenchantement des jeunes face à la politique, aux démocraties représentatives s’observe dans le monde entier. Au Costa Rica, il est très clair que les jeunes ne se sentent pas représentés par une grande partie des partis traditionnels. Même des partis relativement nouveaux, comme le PAC (Parti d’Action Citoyenne), au pouvoir aujourd’hui, n’arrivent pas à faire en sorte que les jeunes s’identifient réellement au parti. Ils sont beaucoup plus impliqués dans des organisations non gouvernementales ou les associations civiles. Permettez-moi de dire, ma préoccupation serait plutôt : quelles sont les nouvelles formes de participation politique de ces jeunesses ?

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E : La politique étrangère du Costa Rica est étroitement liée à son image dans le monde en tant que pays démocratique, stable et écologique doté d’un bon niveau d’éducation. Après avoir travaillé dans le gouvernement, diriez-vous que c’est la réalité ? Est-ce un pays démocratique, stable et écologique?

L : Je pense que la réalité n’est jamais noire ou blanche, cela dépend toujours de ce que vous comparez. On peut apprécier certaines caractéristiques du Costa Rica et dire qu’elles sont notablement meilleures que d’autres pays de la région, en particulier si l’on compare avec d’autres pays d’Amérique centrale, les conditions de santé, le système de santé publique est bien meilleur, le système d’éducation est également meilleur. Les politiques de développement durable sont meilleures alors je dirais que pour les normes latino-américaines et centraméricaines, il est légitime de dire que le Costa Rica est une société démocratique, stable, dotées de politiques sociales fortes, d’une politique environnementale notable vis-à-vis de la région et du passé. Disons que, si nous comparons le Costa Rica d’aujourd’hui et le Costa Rica de 1970, nous sommes définitivement meilleurs, mais cela ne signifie pas que les choses vont bien. Oui, l’enjeu social est important, c’est clair : nous avons beaucoup de progrès sociaux, l’espérance de vie à la naissance est semblable à celle des pays européens. Cependant, sur la gestion des déchets et des poubelles, le pays est en retard et connaît de gros problèmes. La partie la plus critique de la question environnementale est probablement liée à la gestion de l’eau, l’agenda politique sur cette question au Costa Rica est très en retard, les rivières étant très polluées.

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E : Vous ne pensez pas que les autorités maintiennent un effet de communication pour attirer les touristes occidentaux?

L : Je dirais qu’il y a deux choses. Par exemple, le Costa Rica n’a pu devenir un élément d’attraction touristique qu’après la fin de la guerre en Amérique centrale. Le Costa Rica était stable avant la guerre, mais il était très difficile d’attirer des touristes de l’Europe, des États-Unis vers des zones qui sont en guerre. Le rôle d’Oscar Varias dans la création d’un processus de pacification de l’Amérique Centrale a été très important à la fois pour le Costa Rica et l’Amérique Centrale pour la relative pacification de celle-ci (qui si elle continue de connaître des problèmes n’a rien à voir avec la guerre que nous avons eu dans les années 80) mais aussi car le rôle qu’a joué le Costa Rica s’est transformé en un atout sur le plan de la communication.
Sur le problème environnemental, je sais que nous avons des problèmes mais les efforts du Costa Rica pour préserver une partie importante du territoire sont réels. Donc, il y a clairement un effet de communication mais ça se fait sur une base réelle. Par exemple, le rôle que le Costa Rica a joué un rôle dans les années 80 et 90 en promouvant le mécanisme de la dette naturelle, il était un pays pionnier, je me souviens que des négociations avaient été engagées avec la Norvège et les États-Unis afin de pouvoir transformer la dette extérieure en investissement pour préserver les forêts.

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E : En mars 2017, 25% des jeunes costariciens étaient au chômage (21% d’hommes et 31% de femmes), tandis que le taux de chômage de la population active était de 9,1% au même moment. Ce chômage bien au-dessus de la moyenne du pays est-il la preuve d’une scission générationnelle sur le marché du travail?

L : Je pense que ce n’est pas une fracture générationnelle, je pense que c’est une fracture sociale. Ce qui m’inquiète au Costa Rica, c’est que ces données, qui indiquent “seulement “ 9% représente un chiffre déjà très élevé. Mais quand je divise ce chômage par les niveaux d’éducation ou de revenu, ce que j’ai trouvé c’est qu’au Costa Rica le chômage des professionnels, des personnes ayant une formation technique et des personnes provenant de familles à revenus relativement élevés est inférieur à 4%  alors que quand je vais voir de combien est le chômage chez les personnes qui n’ont que l’enseignement primaire, qui viennent de familles à faible revenu, il y a des taux de chômage de 30%. Et pas seulement un chômage de 30%,  mais un taux d’emploi informel de plus de 40%. Donc, en réalité, au Costa Rica il y a une fracture et nous pouvons parler de deux Costa Rica qui surviennent  à cause de que ce nous avons dit tout à l’heure au cours de l’entretien sur ce qu’il s’est passé dans les années 80 et 90 dans le système éducatif. Parmi les problèmes plus complexes que nous avons, il y a le fait qu’une partie importante de la pauvreté réside dans les foyers dirigés par une femme où aucun autre partenaire n’aide, ce qui renforce encore la pauvreté.

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E : Dernière question, à l’instar de tous les pays d’Amérique centrale, le Costa Rica est confronté au problème de la fuite des cerveaux. Pourquoi pensez-vous que certains Costariciens parmi les plus instruits partent travailler à l’étranger? Et comment répondre aux préoccupations des jeunes instruits qui veulent quitter le pays?

L : Je pense qu’il faut être prudent, car il est vrai qu’il y a des gens qui vont travailler à l’extérieur. Mais si vous comparez le Costa Rica à de nombreux autres pays d’Amérique latine, nous sommes probablement l’un des pays où la fuite des cerveaux est la plus faible, la plupart des migrants du Costa Rica viennent des couches moyennes et inférieures, et je pense même aux zones rurales en particulier.
Une chose intéressante ici c’est que ces 30 dernières années, et nous parlions de ces deux Costa Rica, le Costa Rica le plus dynamique auquel nous participons pratiquement tous en tant que professionnels nous offre, en général, un très bon niveau de vie. Le revenu d’un professionnel au Costa Rica est élevé, la possibilité d’avoir une maison confortable est toujours là, par rapport au niveau culturel du pays, ce n’est pas New York, Londres ou Paris, mais en termes de région, elle est également très attractive. Ce qu’on découvre, c’est que la plupart des professionnels ne cherchent pas à migrer, ce sont les gens qui ont une formation très spécialisée qui migrent. L’exemple le plus typique au Costa Rica est sûrement celui de Francklin Chan qui voulait être astronaute et qui a  émigré parce qu’ici on ne devient pas astronaute. Il y aussi des médecins très sophistiqués ou des scientifiques qui travaillent dans les laboratoires du premier monde qui disposent de technologies qui ne pourraient pas être disponibles au Costa Rica. Une chose intéressante qui se produit, c’est que parmi les personnes les plus qualifiées [qui ont émigrées, ndlr] beaucoup continuent d’entretenir une relation avec le Costa Rica, par exemple ça se fait beaucoup chez les médecins qui vont et viennent du pays. Ils continuent d’entretenir des relations entre les laboratoires de l’Université du Costa Rica et les laboratoires dans lesquels ils travaillent à l’étranger.

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Enzo Villata

Crédits photo : Antoio Torres

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