Dia de los Muertos en Argentine : spécificités et différences avec le Mexique

Tout le monde a déjà peu ou prou entendu parler de la célèbre fête mexicaine « Dia de los Muertos ».  Cependant, son homonyme argentin, beaucoup moins connu, lui diffère en bien des aspects.

En Argentine, il ne porte pas seulement le nom de « Dia de los Muertos » et peut revêtir le sobriquet de « Dia de las Almas » (jours des âmes). D’un point de vue géographique, leurs proportions sont différentes. Le « Dia de los muertos » mexicain s’étend sur l’intégralité du territoire mexicain et dans une moindre proportion en Amérique centrale. Ces territoires constituent toute l’aire culturelle de la Mésoamérique, une zone qui regroupe toute la partie mexicaine et centraméricaine dominée par les civilisations Aztèques, Mayas et Oaxaca.

Le « Dia de los Muertos » argentin, quant à lui, est présent uniquement dans 3 de ces régions : Salta, Jujuy et Tucuman. Cette particularité géographique s’explique par le fait que cette fête est particulièrement imprégnée de syncrétisme catholique-andin, dont l’influence est notoire au sein de ces régions.

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1er novembre : dia de los muertos intime et familial

  • Les prières : moment clef du 1er novembre

En Argentine, cette fête débute le 1er novembre à 18h par des prières localisées dans la maison de la famille du défunt. Après quelques prières, la famille passe chercher de maison en maison le reste de la famille, afin de les réunir. Dans chaque maison, la famille adresse une prière au défunt. Par la suite, toute la famille est regroupée au sein de la maison de la famille proche du défunt. Commence alors, le rituel des offrandes. Il consiste tout simplement en la disposition d’offrandes sur la table à manger de la famille, qui se convertie dès lors en autel.

  •  Les offrandes : le symbole du défunt

Généralement, la nourriture disposée au sein de l’autel possède une symbolique particulière. En effet, cette nourriture est choisie en fonction des goûts du défunt afin de lui faire honneur. Dans le cas de l’Argentine, il s’agit souvent de plats traditionnels du pays : asado (barbecue argentin), locro (ragoût de maïs), chica (boisson alcoolisée andine), empanadas (sortes de beignets type tourte). Pour souhaiter bonne chance au défunt dans sa quête de l’Au-Delà, des viennoiseries en forme d’escaliers ou de colombe sont réalisées. Dès que toutes les offrandes sont disposées sur la table, la famille prie toute la nuit jusqu’à 6h du matin. A partir de ce moment-là, les membres de la famille se répartissent les offrandes et les mangent ensemble afin de célébrer cette nuit de prières.

Exemple d’offrandes qui peuvent être adressées au défunt (source : http://www.jujuyaldia.com.ar/2012/11/02/dia-de-los-fieles-difuntos-en-toda-la-provincia-de-jujuy-es-una-muestra-clara-de-la-persistencia-de-antiguas-tradiciones/)

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2 novembre : journée de recueillement au cimetière 

Etant présent le 2 novembre dans la province de Jujuy et plus précisément dans la ville de Humahuaca, dans laquelle avait lieu la cérémonie au cimetière du dia de los muertos, j’ai décidé de témoigner moi-même de la réalisation de cette cérémonie. 

Tout d’abord, dans la matinée du 2 novembre, les familles achètent des couronnes de fleurs pour les disposer sur les croix des tombes. Par la suite, elles assistent à une messe en l’honneur des défunts.

Marché de Humahuaca à côté du cimetière San Antonio
Messe de recueillement durant laquelle les familles prient pour les défunts

Après la messe, les familles se dirigent vers les tombes et placent au bout des croix des couronnes de fleurs. Des rituels d’origine préhispanique prennent alors place afin d’honorer la mémoire des ancêtres. Il est de coutume de disposer des feuilles de coca sur les tombes. Considérées comme sacrées dans la mythologie andine, ritualiser l’utilisation de la coca est une pratique millénaire depuis la période incaïque. De l’eau peut aussi être lancée sur la tombe du défunt, si celui-ci avait des problèmes d’alcoolisme. D’autres éléments placés à côté des tombes visent à honorer le défunt : des cigarettes enterrées dans le sol, du vin, des sodas. Enfin, des bougies sont placées à côté de la tombe du défunt pour lui souhaiter un bon voyage dans l’Au-Delà.

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Cette cérémonie diffère en certains points à celle du Mexique :

Si en Argentine la fête n’est pas généralisée à l’ensemble du pays comme au Mexique, ce sont surtout d’autres aspects qui les différencient. Au Mexique, elle constitue avant tout une fête joyeuse, véritable célébration de la mort, voire un retour à la vie dans l’Au-delà. En ce sens, les familles peuvent décider de faire jouer les célèbres musiciens mexicains «  les mariachis » dans l’optique de rendre la fête plus joyeuse. En somme, son alter égo argentin, n’envisagerait pas ce type de pratique, tant la fête est solennelle et grave. La vision mexicaine de cette fête considère que si le défunt (lors de ses aller-retour au sein du monde des vivants) voit sa famille triste, celui-ci peut s’offenser.

Autre différence fondamentale est la représentation de la mort. Alors qu’au Mexique on place des têtes de mort dans les autels lors de la veillée nocturne, en Argentine, cette coutume n’est absolument pas dans les mœurs locales.

Enfin, cette coutume étant nationale au Mexique, elle s’étend à l’ensemble des groupes ethniques : caucasiens, amérindiens, métis et afro-mexicains tandis qu’en argentine, cette fête est pratiquée dans les territoires du nord peuplés à grande majorité de populations d’origine indigène de l’ethnie des Kollas. En argentine, cette fête est donc d’avantage identitaire et ethnique. Même si l’origine judéo-chrétienne de cette fête est en partie attestée, ses fondements amérindiens entre les deux pays diffèrent. En Argentine, elle est issue de la tradition andine et Inca, plus particulièrement Kolla.  Au Mexique, elle dérive des croyances Mayas. Preuve en est, au lieu de placer des feuilles de coca sur les tombes, plante andine et non pas issue de l’Amérique Centrale, les mexicains, eux, utilisent la fleur de cempasuchil (fleur endémique du Mexique, utilisée par les Mayas dans les cérémonies religieuses ou placées dans les autels).

Cempasuchil 
Feuilles de coca

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Lucas Gomes

PS : l’intégralité des photographies prises ont été réalisées dans le cadre du respect du droit à l’image (indépendamment de cela, l’intimité des familles a également été respectée).

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