Au Brésil, Lula est « de retour » après sa libération de prison

C’est un Lula combatif qui a rejoint ses soutiens le 8 novembre dernier, aussitôt sa libération de prison autorisée. Depuis le 7 avril 2018, il était incarcéré pour corruption dans l’affaire Petrobras. Alors que la peine prononcée à son encontre devait durer près de neuf ans, la Cour suprême a voté en faveur de sa sortie de prison. Le juge a estimé qu’il n’y avait plus « aucun fondement pour l’exécution de la peine ». Cela ne signifie pas pour autant que Lula est blanchi et totalement sorti d’affaires. Mais sa libération est un signal fort envoyé, alors que le pays est, depuis octobre 2018, aux mains du dirigeant d’extrême-droite Jair Bolsonaro.

Lula da Silva a toujours expliqué que son incarcération était le signe d’une justice politique, à charge, dont l’objectif était de l’éloigner du pouvoir. Il était, il est vrai, archi-favori des élections de 2018. Élections auxquelles il n’a pu évidemment pas se présenter. D’autant que ses soupçons ont été renforcés par la nomination de Sérgio Moro, le juge qui l’a envoyé derrière les barreaux, au poste de Ministre de la Justice dans le gouvernement de Bolsonaro. D’ordinaire plutôt lents à traiter ce genre d’affaires, les tribunaux brésiliens se sont, à l’endroit de Lula, montré très réactifs.

Son histoire personnelle est, à plus d’un titre, intéressante. Lula naît dans une famille relativement pauvre du Nordeste. Septième enfant d’une fratrie qui en compte huit, il est élevé seulement par sa mère, son père ayant fui. Alors obligé d’aider sa mère, Lula quitte l’école à l’âge de dix ans et enchaînent les petits travaux dans la rue : de vendeur de cacahuètes à cireur de chaussures. Puis à quatorze ans, il rejoint l’usine automobile de São Bernardo do Campo. Syndiqué, il tente de porter la voix des ouvriers, ce qui le mènera au sommet de l’Etat. Son ascension et son parcours sont assez exceptionnels. Finalement élu président en 2002, Lula aura fait beaucoup en matière de lutte contre la pauvreté et de réduction des inégalités notamment. 

Sa libération a été saluée partout à travers le monde, de l’Argentine d’Alberto Fernández qui insiste sur « le courage » et « l’intégrité » de Lula, au Venezuela de Nicolas Maduro qui se réjouit que « la vérité ait triomphé ». Même François Hollande a tweeté que « la place de Lula n’était pas en prison », précisant que si « la liberté lui a été rendue », elle sera mise « au service du Brésil ». Anne Hidalgo a déclaré qu’elle « attendait Lula au plus vite à Paris, dont il est citoyen d’honneur ». En France, le Parti socialiste, le Parti communiste et la France insoumise se sont tous dit « heureux » de cet événement.

Le lendemain de sa libération, c’est donc tout naturellement vers ses soutiens que Lula s’est tourné. Galvanisé par la foule, il s’est laissé porté par ses partisans. « Lula, avant tout, c’est un génie politique », dit Rafael, l’un deux. « C’est une joie qu’il soit ici avec nous. C’est une bénédiction de Dieu, il a aidé beaucoup de gens. J’espère qu’il sera à nouveaux aux commandes, pour faire pour le peuple ce qu’il a toujours fait », s’enthousiasmait Maria, présente elle aussi, interrogée par Le Figaro.

Tout le monde ne s’accorde néanmoins pas sur ce point. Nombreux sont ses détracteurs d’hier à condamner sa libération de prison. « Mais non, il ne va pas revenir ! C’est un psychopathe. Il est fou ! Il va pas bien dans sa tête. Il ne va jamais revenir au pouvoir. Le drapeau brésilien ne sera plus jamais rouge. Plus jamais ! », s’enflamme Evangéline, une retraitée interrogée par RFI.

Mais Lula n’est pas fou. Il n’a par exemple cessé de rappeler : « Je suis de retour ». Comme un pied-de-nez à ses accusateurs, pour beaucoup des opposants politiques. S’il a tenu à préciser qu’il sortait de prison « sans haine et sans rancune », la politique de l’actuel Président brésilien n’a pas été épargnée de critiques. « Nous n’allons pas les laisser détruire la nation », a-t- il déclaré. Il a également pointé les « deux cents familles » qui ont « plus d’argent que six millions de personnes » et qui « ne vivent même pas dans le pays ». Il a comparé la situation brésilienne à ce qu’il se passe au Chili, où « le peuple est dans la rue » pour dénoncer la logique néolibérale et le niveau extrêmement élevé des inégalités. « Ils n’ont pas emprisonné un homme, ils ont tenté de tuer une idée. Une idée ne se tue pas, une idée ne disparaît pas » a-t-il fini par lancer. Lula compte bien sûr jouer un rôle important dans l’opposition à Bolsonaro. Sa très grande popularité, sa stature d’ex-chef d’Etat, son excellent bilan sont autant d’atouts pour celui qui vient toutefois de fêter ses 74 ans. 

Marceau Taburet

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