DÉCONSTRUIRE LES CLICHÉS JAPONAIS (2)

Bonjour à tous! 
Après la première partie de mon article, assez axée sur le monde du travail et sur l’industrie, j’avais envie d’aborder des points différents, plus axés sur les rapports directs des Japonais entre eux et leur vie quotidienne hors de leur lieu de travail. Il ne faut pas oublier que ces clichés sont assez spécifiques à Tokyo, même s’ils traduisent des idées reçues sur le Japon en général. 

Bonne lecture!

Les Japonais ont un rapport malsain au sexe et à la pornographie

Le Japon a la réputation d’avoir une production érotique et pornographique bizarre voire amorale selon nos standards. Il ne faut pas mentir, ces films existent et sont faciles d’accès. Cependant, dire que les Japonais y sont addicts, c’est comme dire que tous les Européens sont alcooliques parce qu’il y a des boutiques d’alcool et de spiritueux à profusion, et que l’on a inventé des horreurs comme l’absinthe ou la stroh. Ce cliché s’est construit autour du quartier d’Akhiabara, très touristique car rassemblant énormément de fétiches faisant la réputation du Japon à l’international : les maid coffee, les salles d’arcades, les petits restaurants de coin de rue, les sex shop et hentai shop, les grands magasins de technologie… Il faut avouer qu’un hentai shop sur 6 étages avec un étage entier dédié aux vidéos de culottes en public marque l’esprit. La pornographie s’adresse d’ailleurs quasi-exclusivement aux hommes hétérosexuels japonais, de même que les sex-toys vendus dans ces magasins. Cependant, pas besoin d’aller aussi loin pour trouver des films : n’importe quel magasin de location de DVD possède son rayon de films X. Malgré des rayonnages très fournis, peu de gens s’y trouvent peu importe l’heure. La grande majorité des films (qui sont peu empruntés) reste classique, avec quelques rayons plus spécifiques. Finalement, c’est juste la matérialisation d’un site pornographique, qui permet une monétisation et donc la création d’une économie très prolifique autour du sexe, quand nous en Europe nous fonctionnons plus via l’illégalité et le streaming (qui ne paye pas directement les producteurs professionnels en général), et un sex-shop reste ce qu’il est : un magasin dédié au sexe dans lequel il est possible de trouver de quoi assouvir ses fantasmes, aussi tabous qu’ils soient (tant qu’ils sont légaux).Les doujinshi (groupes d’intérêt pour des mangas ou autre) dédiés au hentai (manga pornographiques), de manière purement inventée ou directement issue des classiques comme Naruto, Fate, DragonBall, s’adressent à une communauté très réduite, et assez internationale. La pornographie est aussi vue comme une catharsis curatif : les vidéos d’anime pédophiles ou zoophiles permettraient, selon leurs producteurs, de cantonner les concernés à ces vidéos et de les empêcher de commettre des actions répréhensibles à cause de la frustration. Les statistiques sur la criminalité et la déviance psychologique étant quasiment introuvables, il est difficile cependant de vérifier cette hypothèse, qui traduit néanmoins un rapport au fictif et au sexe différent du nôtre. Cependant, d’après ce que j’ai pu constater auprès de mes connaissances japonaises de notre âge, la pornographie et le sexe en général ne sont pas du tout un sujet d’intérêt particulier, en tout cas beaucoup moins que chez nous, ce qui tend à me confirmer que cela s’adresse à un public marginal et aux touristes. Certains Tokyoïtes considèrent d’ailleurs Akhiabara et les sexshops comme la déchéance de leur société et déplorent que ce soit ce qui intéresse les touristes… 

Les ramen ne sont pas un plat typique bon marché

Ce plat de nouilles chinoises (et non pas japonaises!) est généralement aux alentours de 800¥ pour un shooyu ramen classique (à la sauce soja), 1,200¥ pour un tonkotsu ramen (avec du porc). Si vous ajoutez des toppings (viande, légumes, piment), le prix grimpe très vite. Cela vous semble peut-être peu (environ 11€), mais quand on doit manger tous les jours dehors, une voire deux fois, les Japonais ne s’y rendent pas quotidiennement. Ce plat est plutôt réservé à des occasions un peu spéciales, ou des sorties entre amis, les ramen servant généralement des bières assez peu chères. Il est plus fréquent de trouver pour des prix plus raisonnables des udon avec du bouillon. Le bouillon provenant d’os de porc, avec généralement une tranche de viande dans le bol, expliquant ce prix un peu plus haut qu’attendu. Ce cliché vient en grande partie de l’imagerie populaire des cup noodles, comme dans Naruto par exemple. Néanmoins, les cup noodles restent deux à trois fois plus chères que chez nous! (150 à 300¥ ici contre 50 centimes en France). Les plats traditionnels vraiment bon marché sont les butadon (bol de riz avec quelques fines tranches de porc et d’oignons, 350¥ chez Yoshinoya) ou les curry (aux alentours de 200¥ pour le végétariens, rajoutez entre 100 et 250¥ pour la viande -porc, boeuf ou croquettes-). Enfin, il faut aussi savoir que pour les Tokyoïtes, cela reste un plat peu cher, mais cela vient du fait que les revenus à la capitale sont beaucoup plus élevés que dans le reste du Japon. A Kyoto, par exemple, le bol de ramen est presque à la moitié du prix énoncé.

Les yakusas ne sont pas des personnalités reconnaissables régnant sur la ville

Les yakuzas sont presque invisibles pour la plupart, et les gens qui ne sont pas concernés ne les connaissent pas, ni eux ni leurs actions. Les tatouages se limitent aux parties cachées par les habits, et s’ils sont réellement habillés en costume (ce qui paraît difficile à vérifier vu que personne ne sait qui ils sont), ils sont complètement noyés dans la foule de gens en costume qui naviguent en permanence dans Tokyo. De même, on est très loin de l’image du roi qui arrive dans un restaurant ou un bar, et qui se fait servir gratuitement. Ce mythe, popularisé par Tarantino notamment ainsi qu’aux Etats-Unis via les films de genre qu’il caricature justement dans Kill Bill, ne correspond pas du tout à l’organisation très familiale (comme la plupart des mafia) et sobre de l’image extérieure des yakuzas. Acteurs de plus qu’un simple secteur illégal mais d’un véritable marché économique caché, leur responsabilité dans la vie économique japonaise est réelle. Cela implique donc d’une part une grande discrétion pour ne pas compromettre ce marché et en garder le quasi monopole, mais aussi de suivre les lois économiques imposées par le marché (offre, demande, courbe de risque, rapport des gains, investissement de capitaux). De ce fait, cette économie certes méconnue est sous-tendue par des règles très précises (et intransigeantes), mais de manière très professionnelle ; en témoignent la gestion des maisons closes et des pachinkos (casinos), qui ont même un pied dans la légalité. Ce professionnalisme impose une certaine sobriété qui va à l’encontre totale de ce cliché. 
Cependant, il ne faut pas oublier qu’ils font partis d’une organisation criminelle extrêmement ancienne et puissante, et qui tue encore aujourd’hui. Dans les milieux où ils ont le contrôle, ils sont seuls maîtres à bord, ce qui leur permet de se comporter dans certains commerces (notamment les salons de tatouages, certaines boîtes de nuits ou certaines maisons closes) de manière violente et insultante. 

Les Japonais ne suivent pas en permanence les règles

Bien que très procéduriers dans beaucoup de domaines, il est de plus en plus fréquent de voir des Japonais ne pas respecter les règles. Fumer dans la rue, traverser au rouge, parler en classe, ne pas faire ses devoirs… Le plus flagrant est sans doute dans la circulation, en vélo, à pied ou en voiture. Les Japonais roulent à gauche, mais sur le trottoir, ils ne vont pas naturellement se serrer à gauche. Les voies vélo ne sont pas vraiment respectées, quitte à causer des accidents. Mais le plus flagrant est en voiture : si les limitations sont basses (40km/h en ville), elles ne sont absolument pas respectées; la moyenne de vitesse en ville est environ à 60km/h, les clignotants sont très souvent optionnels, on dépasse par la droite ou par la gauche, on grille les feux ou les stops quand il n’y a pas de policiers à l’horizon… Cependant, dans l’administration par exemple, il ne faut pas minimiser le côté procédurier : impossible de décaler un examen, de demander un changement de domicile ou même d’acheter un vélo sans faire des tonnes de papier, qui doit bien passer par toute la chaîne de direction. C’est une des techniques pour créer et rentabiliser le travail en ayant une administration très précise et efficace. De plus, les japonais plus “marginaux” (issus de l’immigration, tatoués, punk) qui suivent moins les règles, vivent et se retrouvent pour la plupart dans certains quartiers comme Koenji, où ils organisent des événements comme des raves, des festivals de métals, des salons du tatouage, loin de ceux que cela dérange pour éviter de créer des tensions. 

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Warimashio

Voilà un bref aperçu de la société tokyoïte d’un œil le plus objectif possible. L’objectif principal n’est pas de critiquer la société japonaise, mais de voir la différence, objective, entre nos deux sociétés, et aussi de voir à quel point nous avons un imaginaire raciste concernant l’Asie en général. Le racisme positif est aussi une forme de racisme, qu’il est important d’éradiquer. Non, les Japonais ne sont pas des pions qui vont au travail, qui ne tiennent pas l’alcool et qui, pour évacuer la pression, se réfugient dans leur sexualité bizarre. Ils sont des gens normaux, et surtout ils sont des individualités et non pas un grand tout que l’on peut mettre dans une case. Et cela s’applique pour toute société. Et également en France. 

Merci d’avoir lu cet article et surtout cette conclusion!

Alban Tran

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