Une coalition de gauche pour gouverner l’Espagne ?

Manifestations en Catalogne, déplacement de la dépouille du dictateur Franco, élections générales , essor de l’extrême-droite… Le climat était tendu ces dernières semaines en Espagne. Mais à l’issue des élections du 10 novembre, les deux grands partis de gauche se sont mis d’accord pour former « un gouvernement progressiste de coalition qui fasse de l’Espagne une référence en Europe en matière de protection des droits sociaux », ont annoncé leurs leaders.

Le 10 novembre, les espagnols étaient appelés aux urnes pour élire leurs députés et donc leur Premier Ministre, ensuite chargé de former un gouvernement. Cinq candidats principaux étaient en lice : Pablo Iglesias (Unidas Podemos – gauche radicale) ; Pablo Sánchez (PSOE – gauche socialiste) ; Albert Rivera (Ciudadanos – centre droit libéral) ; Pablo Casado (PP – droite) ; Santiago Abascal (Vox ; extrême-droite). Le Premier Ministre sortant, Pedro Sánchez était le favori des sondages. Il faut rappeler que c’est la quatrième fois en quatre ans que des élections générales se tiennent dans le pays : jusque-là, aucun parti n’avait obtenu la majorité absolue au Parlement (176 sièges) ou n’avait été en mesure de parvenir à un accord de gouvernement avec d’autres partis. Le bipartisme – soit l’existence de deux grands partis forts, souvent la droite et la gauche – semble mort. Depuis la fin de la dictature et le retour à la démocratie en 1975, le Parti Populaire et le Parti Socialiste s’étaient partagé le pouvoir, par alternance. Mais depuis quelques années, d’autres partis ont fait leur apparition, bouleversant l’échiquier politique (Podemos, Ciudadanos…).

Depuis la fin de la dictature et le retour à la démocratie en 1975, le Parti Populaire et le Parti Socialiste s’étaient partagé le pouvoir, par alternance. Mais depuis quelques années, d’autres partis ont fait leur apparition, bouleversant l’échiquier politique (Podemos, Ciudadanos…). 

Après les élections du 28 avril, personne n’avait été en mesure d’obtenir la majorité absolue. Pedro Sánchez et Pablo Iglesias étaient à deux doigts de seller un accord de gouvernement mais les egos, les rancoeurs et le poids des partis l’ont rendu impossible. De nouvelles élections ont donc été programmées le 10 novembre. Et, surprise ! Les deux leaders de gauche annonçaient, fièrement, le 12 novembre, être cette fois parvenus à se mettre d’accord. « Ils ont fait en deux jours ce qu’ils n’avaient pas été capables de faire en six mois », ont relevé non sans ironie les journaux espagnols. Le rendez-vous était tellement peu attendu qu’aucun stylo n’était disponible pour signer le document commun, a rapporté El País. C’est un ouf de soulagement qu’ont poussé beaucoup d’espagnols. Cet accord historique met fin à plus de trois ans d’instabilité où les Premiers Ministres successifs gouvernaient en minorité. Les budgets étaient même reportés chaque année, faute de majorité parlementaire. Historique, cet accord l’est d’autant plus quand on sait que telle coalition de gouvernement n’avait pas vu le jour depuis… 1936 et le Frente Popular. 

L’accord se décline en dix points essentiels et ouvre la porte à une entrée de membres d’Unidas Podemos dans le gouvernement, pour au moins trois ministères. Le poste de vice- président serait même réservé à Pablo Iglesias. Mais la partie est encore loin d’être gagnée : le PSOE et Unidas Podemos seuls n’atteignent pas le seuil des 176 sièges. Ils devront nécessairement trouver d’autres partenaires. Une possibilité : les indépendantistes catalans, toujours très forts, et pour la plupart proches des valeurs de gauche. Mais cela obligerait Sánchez à lâcher du lest vis-à-vis des indépendantistes, ce qu’il ne souhaite pas pour l’instant.

Une variable est toutefois à prendre en compte : l’essor de l’extrême-droite de Vox, passé de 24 à 52 sièges entre avril et novembre 2019. Il y a quatre ans, ce parti n’existait pas. Il est aujourd’hui troisième force politique du pays. Alors que les dépouilles de l’ancien dictateur Franco ont quitté El Valle de los caídos à la fin du mois d’octobre, un débat autour de la mémoire du franquisme a été relancé dans le pays. Cela intervient quelques mois seulement après la sortie d’un film documentaire poignant, « El silencio de los otros ». On y voit des citoyens espagnols, pour la plupart âgés, qui cherchent à faire reconnaître la responsabilité des crimes commis pendant la dictature pour les faire condamner. En effet, en cherchant à tourner la page de quarante ans de franquisme, l’Espagne avait fait voté en 1977 une loi d’amnistie, qui s’appliquait autant aux prisonniers politiques (leur permettant d’être libérés) qu’aux bourreaux de la dictature (les crimes ne pouvaient pas être jugés). 

Marceau Taburet.


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