Un Noël au Maroc

Un sapin qui trône fièrement au milieu du salon, orné de guirlandes scintillantes… Le chocolat chaud au pied de la cheminée pour fuir le froid glacial qui sévit au dehors… Les toasts de foie gras disposés sur les plateaux en argent, sortis spécialement pour l’occasion… Tant de choses que je ne vivrais pas cette année… Après, il faut voir le bon côté des choses : c’est aussi dire bye bye aux pubs Lidl avec les réductions « Spécial Réveillon » qui passent 47 fois par jour à la radio, au stress intense qu’impliquent les courses de Noël à la dernière minute (parce que t’avais oublié que le cousin du frère de ton oncle viendrait) et surtout, soyons francs, au temps de merde (me faites pas croire que trois flocons par an vous font aimer la grisaille perpétuelle que nous inflige l’hiver en région parisienne).

BREF : si vous survolez mentalement la mer Méditerranée pour vous rendre au Maroc, vous pourrez m’imaginer me promenant dans les champs d’oliviers qui s’étendent à perte de vue, sous les rayons timides d’un soleil couchant, avec une simple veste.

Revenons à nos moutons : ici, Noël n’est pas vraiment inscrit dans la tradition locale… Et je ne vous cache pas que, malgré les quelques contraintes que cet événement peut impliquer, il y a tout de même un petit manque pour ma part… L’ambiance festive, les décorations qui illuminent la ville, les sablés parfois trop cuits mais on s’en fiche parce que c’est « home made », les MULTIPLES événements publiés sur « Anciens et Nouveaux » (vous avez même un gala !) et surtout le paroxysme du mois de décembre : le Réveillon, l’occasion de se réunir avec les êtres qui nous sont chers… Ok… Je l’avoue… ça me manque carrément… Mais la culture marocaine est si riche et si généreuse que j’ai trouvé de quoi sécher mes larmes !  Je vais tenter de vous faire voyager en quelques lignes : fermez les yeux et plongez dans les avenues bruyantes du souk de Fès, perdez-vous dans les mille et une ruelles que vous offre la médina et dans lesquelles se bousculent commerçants, familles et enfants. Admirez le défilé des voiles colorés qui s’offrent à vous, laissez-vous surprendre par des découvertes toujours plus étonnantes (au tournant à gauche, votre regard se pose sur un cheval décoré de franges rouges).

Prenez une grande bouffée d’air (pas trop tout de même parce qu’on ne va pas se mentir, ce n’est pas non plus l’air des Alpes) et savourez l’odeur délicate des pâtisseries au sésame qui se mêlent aux effluves épicées de la Harira. Enfin, laissez-vous bercer par le chant de la mosquée (bon…Je vous avoue qu’au début, ne m’y attendant pas, j’ai un peu flippé) et finissez la journée face au coucher de soleil qui teinte les massifs lointains du Moyen-Atlas de nuances violettes.

Bien sûr ça fait peut-être un peu cliché… Bien sûr tout n’est pas rose comme ma plume semble le dépeindre… Mais la majorité d’entre vous a conscience des malheurs que connaît notre monde (enfin j’espère) alors je préfère m’attarder sur l’aspect positif des choses et ne pas vous plomber le moral en vous disant que c’est la merde… Par exemple, en vous parlant du bonheur que je ressens chaque soir lorsque je passe acheter mes fruits et légumes dans le petit marché juste à côté de ma maison dans lequel se côtoient nombre d’échoppes ouvertes sur la rue…Lorsque je discute une demi-heure avec mon primeur autour d’un thé alors qu’il m’explique comment faire le meilleur des tajines… Lorsque le chauffeur de taxi met un «  Nossa nossa asi voce me mata » à fond uniquement pour me faire plaisir… Tant d’échanges qui contribuent à remplir mon quota de joie quotidienne.

Et puis, entre colocataires, on a trouvé un moyen de préserver un soupçon d’esprit de Noël malgré tout : avec de magnifiques tissus trouvés au souk, nous avons entrepris l’élaboration de chaussettes (un peu bancales) dans lesquelles chaque jour l’un met un petit présent dans celle de l’autre (avouez-le vous êtes jaloux de notre calendrier de l’avant revisité).  

Bon… Je vais être honnête avec vous, il y a tout de même un petit truc qui m’a un chouïa chagriné… Au Maroc m’est revenu dans la tronche à quel point cette tradition qui symbolise le partage a été utilisée par l’industrie pour faire du fric : j’ai même ressenti un léger dégoût lorsque je suis rentrée dans un centre commercial Carrefour (une infrastructure luxueuse à côté d’immeubles qui peinent à tenir debout : LOGIQUE). Alors oui… Il y avait effectivement un sapin… Mais c’était  plutôt une opération commerciale aux accents néocolonialistes qu’une volonté de partage culturel… Attention, quand je dis « néocolonialistes », je ne sous-entends pas que parler de Noël au Maroc est tout de suite l’expression d’un impérialisme occidental (certains affirmeront en me lisant que l’emploi de ce terme est quelque peu excessif  et sachez que la critique est tout à fait acceptable car il est fortement discutable : beau thème de débat avec Michou). C’est simplement la façon dont cette fête, qui avant tout est une occasion de se réunir, est détournée que je trouve écœurante…

En France, nous nous doutons bien que le capitalisme aime à transformer les fêtes de fin d’année en stratégies marketing… Mais tout ça est compensé par la bonne foi avec laquelle les familles les célèbrent. Ici, comme ce n’est pas la culture locale, et bien on ne voit que la partie « tout est bon pour faire de la money money » qui ne donne pas très envie de découvrir plus en profondeur ce que signifie « fêter Noël ».   Je ne vais pas finir sur une note négative tout de même : vous savez qu’il y a de la neige aussi au Maroc ? (Voix hystérique d’une gamine de 5 ans). J’ai même eu l’occasion de faire des courses de luge sur les pentes du Haut-Atlas ! Je pourrai encore vous parler longtemps des locations de skis improvisées en bord de route, des paysages ocre qui contrastent avec le blanc épuré des montagnes…

Mais je dois vous laisser (parce qu’une 3A, ça passe vite, surtout quand on la commence en novembre). Pour finir, je pense que l’esprit de partage qu’incarne Noël n’est pas forcément une question de sapin, de chocolat ou de foie gras (même si tout ça est fort sympathique)…Venez au Maroc et vous vous en rendrez compte bien assez rapidement ! 😉

Elodie Collot

Crédits photo : Ilyas Essadek

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