Sorcières

Ce matin, je me suis levée avec une obsession; je voulais finir mon livre.
Cette envie peut sembler digne d’un rat de bibliothèque érudit et renfermé dans sa lecture qui lui permet une forme de prolongement de soi.
Pourtant, ce livre est bien loin de me procurer tant de plaisir, il me procure du malaise, remet en question toutes mes références et mes repères que j’ai construit, il fait mal, il touche là où ça pique.
Je ne l’ai pas choisi, il est venu à moi, comme un appel, une sonnette d’alarme.
Ma meilleure amie, avec qui je partage beaucoup si ce n’est tous mes principes et valeurs, m’en a parlé comme d’un nouveau souffle lui permettant de reconsidérer les relations hommes femmes. Au début, sceptique, je me disais qu’il s’agissait d’un livre de bas étage poussant les femmes à « être une meilleure version d’elle même », à dire « à bas les hommes », à essentialiser les comportements humains sur quelques caractéristiques communes.

Pourtant, elle a commencé a me parler de la socialisation des petits garçons qui grandissent avec l’envie ardente d’explorer le monde, de se développer en tant qu’individu tout en faisant fructifier leurs affaires.
Ces derniers existent alors pour eux en prenant la parole même lorsqu’ils n’étaient pas sûr d’eux, en clamant leur vérité intérieure. Ces derniers pouvaient alors se permettre de ne pas assister a des réunions de familles capitales comme Noël, pourtant si chères aux yeux de certains.
Les femmes, elles, seraient davantage socialisées en comprenant que leur accomplissement personnel vient du fait de trouver une personne de confiance permettant leur sécurité et « l’amour » si recherché.

Le livre explique assez justement que plus une société est patriarcale, plus le degré de romantisme y sera élevé. Il conduira les femmes à vouloir et à rechercher l’amour éternel, la reconnaissance de leur mari.
Par la suite; la jeune femme subira de nombreuses pressions sociales l’invitant à avoir des enfants.
En effet, cette dernière doit se dévouer à un autre qu’elle, lui permettant d’exprimer ses « qualités profondes » telles que l’altérité, l’empathie, la serviabilité. Elle s’oubliera peu à peu.
Cette pression d’exerce dès le plus jeune âge, le livre précise qu’une adolescente se forcera plus facilement en public à sourire à un enfant comme si ce dernier était la plus « belle chose qu’elle n’ait jamais vu ». Le sourire est très recherché chez les femmes car cette dernière doit être heureuse ou bien « faire semblant » et , si elle ne l’est pas, elle pourra utiliser le yoga, la méditation, les jus detox , le fitness mis à sa disponibilité pour mener à bien cette recherche de « bonheur », qui s’apparente plus à une volonté de rechercher la minceur et la tonicité plus qu’à réellement s’épanouir.

Ce livre fait l’objet d’un immense travail selon moi.
En effet, il parle à la fois de faits historiques comme la corrélation entre la chasses aux sorcières et la défiance des femmes indépendantes ayant du pouvoir pendant le Moyen-Age et la Renaissance. Il s’appuie sur des travaux féministes des années 70 tels que Gloria Steinem, Simone de Beauvoir, Colette Cosnier…
Il s’appuie enfin sur des travaux sociologiques très pertinents sur la maternité, le milieu médical (notamment la violence obstétricienne) et la vieillesse (car oui les hommes et les femmes ne sont pas égaux face à l’âge).
J’aime également le fait que l’autrice, journaliste au Monde diplomatique, se dévoile à la fin de son livre en expliquant qu’elle aussi a cru pendant longtemps à cette dissociation structurelle faites entre les hommes de raison, de science et les femmes davantage en proie a leurs pulsions et à leurs émotions. De plus, cette dernière ressentait toujours un malaise lié au fait de ne pas s’intéresser à l’économie et de ne rien comprendre à la géopolitique. Le syndrome de l’imposteur l’a plusieurs fois poussé à questionner sa position au sein de la rédaction du Monde diplomatique qui « était un honneur pour elle », alors qu’elle avait déjà prouvé ses compétences depuis de nombreuses années.

En conclusion, ce livre peut donner le vertige par la profondeur de ses arguments, par sa transversalité ainsi que par l’intemporalité du rapport de force inégal entre hommes et femmes (qui trouve sa source chez Platon et Socrate).
Toutefois, l’autrice adopte un ton assez optimiste malgré ce bilan bien sombre, elle propose des solutions et montre que dans le passé des femmes se sont distinguées par leur désir de conquête du monde, d’insolence et d’indépendance.
Je voulais vous transcrire ici les quelques lignes de Simone de Beauvoir qui a refusé de dire amen a ses schémas établis et à la maternité :

« Je chéris ma liberté, je pouvais rentrer à l’aube ou lire au lit toute la nuit, dormir en plein midi, rester claquemurée vingt-quatre heures de suite, descendre brusquement dans la rue. Je déjeunais d’un bortsch chez Dominique, je dînais a la Coupole d’une tasse de chocolat. J’aimais le chocolat, le bortsch, les longues siestes et les nuits sans sommeil, mais j’aimais surtout mon caprice. Presque rien ne le contrariait.
Mon bonheur était trop compact pour me retrouver dans une chair issue de moi, je n’ai pas eu l’impression de refuser la maternité, elle n’était pas mon lot. »

Finalement, en reprenant le mot du livre, le but de la vie n’est il pas « l’apprentissage du plaisir pour soi, de la vacuité, de la disponibilité aux autres et au monde »?

Chloé Moreau

Le livre en question : Sorcières, Mona CHOLLET

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Image de couverture issue du site La vie est un roman.

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