Environnement et biodiversité : des enjeux plus que retentissants

« Environnement et biodiversité : les enjeux de demain ». C’est sous cet intitulé que Nicolas Bériot, chargé de mission auprès de la Direction des affaires européennes et internationales du Ministère de la transition écologique et solidaire, s’est présenté en amphithéâtre Cocteau pour conduire la dernière conférence de la Semaine Evénement en ce vendredi 10 janvier. Au vu de son discours, la préservation de l’environnement et de la biodiversité ne constituent pas les enjeux de demain. Bien au contraire, ce sont des défis plus qu’immédiat.

« Immergez-vous en pleine nature. Au milieu de l’océan. Au cœur d’une forêt. C’est ici qu’on se sent bien, qu’on se sent relié à l’univers, au cosmos ». Tels sont les premiers mots du passionné de l’environnement, qui en a fait son métier. Ingénieur de formation spécialisé en météorologie, Nicolas Bériot s’est dirigé en 2009 vers l’ONERC (Observatoire National sur les Effets du Réchauffement Climatique) en tant que secrétaire général. Il y découvre les négociations environnementales au sein du GIEC et de la COP 15 : des documents sans substance, vides, technocratiques. Pourtant, « c’est de la vie dont on parle ».  Vie, diversité, évolution : ce sont d’ailleurs les trois valeurs qui le guident sur le chemin du rétablissement de l’équilibre planétaire.

Etat des lieux : dramatique

S’appuyant sur les rapports de l’IPBES et du GIEC, Nicolas Bériot alerte. Le premier rapport (IPBES, mai 2019) met en avant la croissance démesurée de la production humaine et notamment de la production agricole industrielle entraînant la perte d’écosystèmes tropicaux, une réduction drastique des stocks de poissons, une diminution des forêts de 50% depuis les années 1990… Quant au taux de disparition des espèces,  il est si important que nous faisons actuellement face à la sixième extinction de masse. Le rôle des peuples autochtones est aussi considérable : « 40% des aires protégées dans le monde sont dans leurs mains » rappelle Nicolas Bériot. Les différents rapports du GIEC sont tout aussi inquiétants. La rapidité du changement climatique est plus que visible : sécheresses, fonte des glaciers, hausse du niveau marin de 3mm par an…

Face à ces chiffres, Nicolas Bériot est clair sur les causes : « La répartition du pouvoir actuel est problématique avec des multinationales plus puissantes que les Etats. Le système financier, lui, favorise la concentration des décisions. Au final, le financier s’impose sur l’économie qui s’impose sur la société. Tout ça échappe au contrôle politique. ». Les traités commerciaux internationaux sont absurdes, coupés du vivant : l’animal, le végétal et le minéral ne sont vus que par le prisme de l’exploitation. Pourtant, il faut sortir de la croissance infinie, les seuils sont déjà dépassés, comme le montre le « jour de dépassement » qui se rapproche chaque année de plus en plus. La pertinence de celui-ci est tout de même posée : il s’agit avant tout d’un outil de synthèse et de communication, qui omet plusieurs paramètres. Nicolas Bériot précise : « Je ne suis pas contre la croissance, je suis pour l’évolution. Le vivant est toujours en croissance. C’est simplement une autre forme de croissance qu’il nous faut ». Face à ces défis, que faire, tout de suite ? « Il faut d’abord arrêter les fausses solutions : les aménagements à la marge, le repos permanent sur les solutions technologiques ou l’idée de la fuite en avant ».

Prise de conscience : imminente

Cette énumération ne fatigue pas Nicolas Bériot : « Les raisons d’espérer et d’agir sont là avec cette prise de conscience croissante. Les catastrophes montrent l’urgence à tous ». Ce dernier a en effet déjà en tête les prochaines dates fatidiques sur le sujet : juin 2020 et la tenue du Congrès mondial de la nature à Marseille (11-19 juin). Pour lui, des victoires voient le jour, peu à peu. Au Paris Peace forum de septembre dernier, on a par exemple affirmé que « le capitalisme néolibéral est définitivement décrédibilisé ». Le développement de l’associatif avec ce qu’il appelle les « créatifs culturels », la montée des pays émergents ou encore les positions prises par les leaders spirituels sont à la source de cette prise de conscience. Par ailleurs, les récents arrêtés des différents maires contre l’épandage des pesticides soulignent une prise de pouvoir à la base de l’échelle citoyenne. « Les questions qui déterminent la vie ne sont pas posées démocratiquement » assure-t-il. Peut-être faudrait-il alors davantage parler de rupture que de transition ? « Qui y a-t-il vraiment à négocier dans le fond ? », répond Nicolas Bériot. Sa proposition est claire : continuer de jouer sur les espaces de liberté, prendre le pouvoir au niveau de l’individu ! De même, si la force coercitive de la police empêche la création d’espaces comme les ZAD, le passionné encourage à agir à toutes les échelles. Pour autant, il est nécessaire de parler de transition écologique dans le sens où il est important d’intégrer chacun, surtout les plus vulnérables, dans ce parcours. 

Perspectives envisageables : multiples

« Les solutions sont là » explique Nicolas Bériot : créer une nouvelle économie, symbiotique, mettre en œuvre la notion de « forever industry », commencer au niveau local, développer la permaculture… C’est-à-dire s’intéresser à tous les éléments de notre environnement. Les nouveaux métiers et entreprises sont également là pour encourager le génie écologique, construire autrement avec des biomatériaux, produire des nouvelles générations de plastique ou des batteries alternatives comme le graphene. « Cela passe aussi par une nouvelle éducation, une nouvelle démocratie, un nouveau droit à l’image de la notion d’écocide » ajoute Nicolas Bériot. Pour autant, cette ambition écologique peut être freinée avec la croissance démographique. La population mondiale a en effet doublé depuis 1970. Mais le passionné l’affirme, « la planète pourrait nourrir 9 milliards de personnes ». Le réel problème, ce n’est pas notre nombre mais la façon dont la question de la croissance démographique, en lien avec l’ambition écologique, est traitée.

Pour conclure, Nicolas Bériot rappelle qu’il faut avant tout « être responsable, sobre » et « garder une boussole ». C’est, à chaque fois, se demander : est ce que cela profite au vivant ? Est-ce que cela permet son évolution ? Des questions simples mais nécessaires pour se relier à nouveau à Gaïa, pour penser d’abord au bien commun. « L’univers n’est pas un fait mais bien une histoire ». En un mot : il faut co-créer avec l’univers.

Lola Uguen

Photo de couverture : magazine Le Chou Brave

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